INSURRECTION ET RÉSISTANCE
fonctions ; on ne l’est pas si l’on résiste aux empiétements d’un pouvoir. despotique, parce que ses injustices et ses violences lui enlèvent la consé: cration du droit qui le rendait respectable et intangible. Saint Thomas a condensé toute cette doctrine en quelques lignes lumineuses : « Le gouvernement tyrannique n’est pas juste, parce qu'il n’est pas ordonné au bien commun, mais au bien particulier de cel qui gouverne. Aussi le renversement de ce régime n’a pas le caractét d’une sédition, sauf peut-être dans le cas où le renversement se ferai! avec tant de désordre qu'il entraînerait pour les sujets plus de dommag que la tyrannie même. Mais c’est bien plutôt le tyran qui est séditie ‘en entretenant des discordes et des séditions dans le peuple qui lui es soumis afin de pouvoir plus sûrement le dominer (1). » Sauf quelques rares exceptions, les grands philosophes et théologiel antérieurs au xiIx° siècle n’ont pas craint de faire écho à l’enseignemen du Docteur angélique : GERsON (2), BELLARMIN (*), SUAREZ ( ÿ LEssrus (5) et, s’il fallait citer les auteurs du xix® siècle, depuis BALMÈS (6) jusqu’au cardinal ZiGLiarA (7), la ts en sérait inters k minable (£). | Voici l’une des raisons qui déterminent leur assentiment : « De mêmé que tout individu a le droit inné de pourvoir à sa conservation et, pal conséquent, de se défendre à main armée contre la violence d'u injuste agression, sans toutefois dépasser la mesure que légitiment besoins de la défense, ainsi un peuple, que son unité sociale constit en personne morale, doit nécessairement être muni He la nature d même droit essentiel. Le droit naturel de défense s'étend en effet toute créature raisonnable et par suite, 4 part ou a fortiorr, à une persos nalité humaine collective (°). »
Bref, la société est dans un cas de légitime défense : « Si un roi, di Suarez, ‘changeait en tyrannie sa puissance juste, en abusant au préil ul
(:) S. THoMas, Summa theologica, 2° 2%e, Q. XLIIJ, Art. II, ad 3um, (?) J. GERSON, Decem Considerationes Principibus et Dominis utilissimæ, Consider. a omnia, Paris, 1606, P. IV, col. 827-828. | (3%) BELLARMIN, Apologia.. pro Responsione sua ad Librum Jacobi, Magnæ Britanni Regis, C. x1rr1. — Disputationes de Controversiis Fidei : Coniroversia V, de Mere Ecclesiæ Militantis, L. III, De Laicis, C. vi. ; (“)} SUAREZ, Defensio Fidei Catholicæ et Apostolicæ adversus Anglicanæ sectæ errores. s“ LAALT CATLR SÙ3- (5) Lessius, De Perfectionibus Moribusque Divinis Libri XIV, bre X, C. Êe n° 9. Cf. De Justitia et Jure, Sect. II, C. 1x, Dub. 8. (‘) BALMÈS, Le Proiestantisme comparé au Catholicisme, Ch. LIV-LVI. | (7) ZiGLiARA, Summa Philosophica, T. III, Philosophia Moralis, L. II, C. 11, Art. VE $ 7 sqq.
(8) Cf. Attitude des Catholiques en face de la violence légale, par un Professeur de Théologie (M. DE LA TAILLE), Paris, 1906, 1907 2, Ce travail a été publié aussi dans les ÉTUDES : (1906), T. CIX, p. 670 sqq.
(9) TE: MEYER, Institutiones Juris Naturalis, Part II, n° voi Fribourg-en-Brisgau, 1500