LA QUESTION SOCIALE : SOLUTION DE L'ÉCOLE LIBÉRALE
- A)- Solution de l’École libérale (1) : | U 19 Thèses fondamentales. —— À l’encontre des Socialistes, l’École bérale prétend que l’organisation actuelle est bonne, parce qu’elle repose sur le principe de la libre concurrence, source féconde de pros-
lharmonie sociale.
À en croire l’École libérale, les lois économiques, telles que la loi de Poffre et de la demande ou de la libre concurrence, sont aussi naturelles et nécessaires que les lois qui régissent le monde physique ou biologique, , et par elles-mêmes elles sont bienfaisantes. I1 faut donc bien se garder - d'y toucher. Écoutons quelques-uns des chefs : « L'ordre et l’harmonie “règnent dans le monde du travail en vertu des lois et des tendances naturelles. (*). » « Notre évangile se résume en ces | quatre mots : Laisser faire, laisser passer (*).» D’autres libéraux, moins : intransigeants, ve. Paul Leroy-Beaulieu, admettent une intervention discrète de l’État en certains cas : V8. pour protéger le travail des femmes t des enfants. Mais ils regardent toujours la liberté comme une sorte
-le temps suffisent pour résoudre toutes les difficultés sociales qui sont humainement résolubles » (4).
Pendant trop longtemps le libéralisme économique a régné sans nteste à l’Institut, au Collège de France, dans les Écoles officielles de Droit. Aujourd’hui, il est vivement combattu par une « École sageent éclectique, qui se prononce pour une action plus étendue de l'État ns l'ordre économique » (5). La lourde part de responsabilité qui lui É revient dans la crise sociale arrivée à l’état aigu, a détaché de lui les économistes de l’École libérale qui repoussent son intransigeance.
20 Critique. — a) Le libéralisme économique a eu en effet le tort d'accepter comme un dogme irréfragable cette supposition : la liberté ie - individuelle, abandonnée à elle-même, sans frein, est à elle seule capable de conduire sûrement la société à sa fin naturelle. Un pareil principe n’est
Politique ou en Morale. Car la liberté est une force, très précieuse sans doute, mais qui a besoin d’être protégée contre ses propres écarts toujours :
Lure.
(7) Cf. CH. ANTOINE, Cours... Ibidem, Ch. virr, 198-219. … (*}J. GARNIER, Traité d'Économie politique, n° 347, p. 245, Paris, 18685. ! (3) G. DE MozinanRt, Les Lois naturelles et l'Économie politique, Part. I, Ch. v, p. GE aris, S. d. (1887).
- (*) P. LeROY-BEAULIEU, Essai sur la Répartition des Richesses…., Conclusion, p. 562, au bas, Paris, 18885. > | Re 3 mm. (f) « Cette École a pour chefs deux économistes de haute valeur, Cauwès et Gide : ” €ile à pour organe la Revue d'Économie politique... » (CH. ANTOINE, Cours…., Ibidem, Ch. VIT, Aït. I, D. 207). - ee
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périté et sur le respect des lois naturelles qui produisent nécessairement
de panacée : le même écrivain affirme en effet que « la liberté et.
= acceptable dans aucun domaine, pas plus en Économie sociale qu'en
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possibles : conséquemment elle doit être dirigée et. contenue par à 4 loi divine d’abord et ensuite par les lois humaines. “à b) Il y a sans doute un ordre économique, qui résulte de la nature | et de l’homme et du monde extérieur. Mais l’erreur de l’École libérale M consiste à professer que, les lois économiques se suffisant à elles-mêmes, « le concours de la religion, de la morale et de la législation ne leur est pas nécessaire. C’est là une exclusive injustifiée et nuisible, car l'influence combinée de ces trois forces sociales unies aux forces économiques n’est : pas de trop pour assurer l’harmonie dans nos sociétés si complexes et « si divisées. Les progrès matériels et scientifiques doivent être subor-. donnés au progrès moral de l’homme, et l’homme tout entier doit se. subordonner à sa fin dernière (1). Tel est l’ordre essentiel des choses « voulu par Dieu, que l’École libérale a méconnu. Rien ne saurait prescrire | contre lui. Les convulsions sociales, qui bouleversent le monde contemporain, attestent, avec une sinistre évidence, qu’on ne peut s’y sous- À traire impunément.
B) Solution de l’École catholique (as L.
I. — Tendances communes : l’École catholique soutient, à l'encontre 3 du Libéralisme et du Socialisme, que le moyen de résoudre la question « sociale c’est de recourir à la liberté individuelle et à l’association profes-« sionnelle, mais aidées par l’État et éclairées par les enseignements de : l'Église. L'Encyclique Me Léon XIII Rerum novarum (16 mai 1891) sur la Condition des ouvriers a été accueillie comme la charte Droit 4 social chrétien. | L'École catholique estime que les principaux remèdes aux maux de. $ la Société doivent être demandés à la Morale et à la Religion. Elle est” : unanime à combattre les erreurs du Socialisme et le sophisme du Libé-« ralisme préconisant la non-intervention absolue de l'État: unanime“ aussi à approuver et à promouvoir certaines mesures sociales, V£. la nécessité des associations ouvrières, le patronage, l’épargne, la mutua-« : lité, l'obligation du repos dominical, etc. , : à 1. Les deux Groupes : parmi les catholiques socIaux se sont peu. 4 à peu dessinées deux tendances distinctes qui ont donné naissance à » deux groupes : Ë 10 ORIGINE ET Composirion : le premier se rattache à l’École d’Angers, le second, à l’École de Liège, parce que c’est aux Congrès d'Angers à
(7) « Le souci des progrès de la science est grand chez nous ; mais la question morale 4 mous à paru planer au-dessus de tout. ». (ÉMILE PICARD, Secrétaire de l’Académie des Sciences, Allocution prononcée au banquet donné à Londres, le 11 octobre 1918, à l’occasion
‘4e la Conférence interalliée des Académies, par le Gouvernement anglais et présidé par Lord Balfour.) RE (?) Cf. CH. ANTOINE, Cours..., Ibidem, Ch. x, p. 259-294,
et de He qu'ont été formulés les principes dont s’inspirent les deux : . crdupes. L'un et l’autre regardent la liberté et l'autorité comme les & deux facteurs essentiels de l’ordre économique et social. Mais, pour l'École d'Angers, la liberté est le facteur qui doit prédominer : pour L l'École de Liège, c’est l’autorité.
L'École d'Angers a pour principaux représentants : Mgr Freppel, = Claudio Jannet, Charles Périn, le comte d'Haussonville, Émile Keller, : Gustave Théry, Augustin Béchaux, Paul Hubert- Valleroux, Alexis . Delaire, Joseph Rambaud, ete. (1).
de Cabrières, Albert de Mun et les membres des Cercles catholiques, Léon Harmel, le marquis de La Tour du Pin, l'abbé Winterer, le P. de Pascal, les écrivains de l'Action populaire ), les, Secrétariats soCtaur,
Ch-S. Devas, Lilly : en Italie, Mgr Nicotra, l’'économiste G. Toniolo, le P. Liberatore, fe P: Steccanella et la Civilià cattolica ; en Allemagne: Mgr de Ketteler, G. Fr. de Hartling, les Pères Lehmkubl, H. Pesch, Cathrein, Meyer et les écrivains des Stimmen aus Maria: Laach devenus les Sévmmen der Zeit; en Belgique, Mgr Doutreloux, l'abbé - Pottier, le Père Rutten, le P, Vermeersch, Arthur Verhaegen ; en Suisse, - G. Decurtins, le Père Weiss : en Espagne, Mgr Sancha y Nervas, le Père Vicent, BR. de Cepeda, Orti y Lara; en Irlande, le Lyceum ; en
furent les membres les plus en vue. Son organe, en France, a été l’Assocation catholique, jusqu’en 1908 et, à partir de 1909, Ze Mouvement Social dirigé par les écrivains de l'Action populaire, qe a cessé de paraître … en 19144.
20 DIFFÉRENCES : pour connaître les différences qui séparent les
Doiome sociale.
+ protéger les droits et à réprimer les abus : « Que l’État intervienne dans
le monde du travail pour la protection des droits de chacun, pour la répression des abus manifestement contraires à la loi divine et morale,
pd
rod faut signaler encore, comme se rattachant plus ou moins à l’École d'Angers : les Unions de la Paix sociale, qui eurent Le Play pour fondateur-et ont pour organe la