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. donc qu’à provoquer une émotion esthétique d’un ordre peu relevé.
nature ; — la poésie, quand elle emploie le vers, s'éloigne de la réalité
rien retrancher ; pas de choix, pas de modifications : voilà la théorie: Pour réfuter cette théorie il faut établir les deux propositions suivantes # 10 L'art doit imiter la nature. — 20 L'art ne doit pâs se borner à à limis tation de la nature.
ÏJ. —— L’Art doit imiter la nature. En effet : LÉ j 49 L'art a commencé par l’imitation en tout pays. à 20 L'art est toujours une imitation, car il emprunte à la nature à a) Les éléments qu 1l met en œuvre : lignes, formes, couleurs, sons, etc Il n'appartient qu’à Dieu de créer la matière et la forme ; l'artiste se borne à modifier la matière préexistante (Psvcu. 490 1h b) Le 172 de ses sujets.
39 Autrement l'art n’aboutirait qu’à des abstractions pleines del sécheresse ou à des fantaisies désordonnées. | Beauté de l’imitation : l’art qui vise avant tout à limitation de la réalité n’est qu’ un art inférieur, note le principal mérite est celui dei la difficulté vaincue. 3 En admirant l’œuvre d’art, nous na avec le talent de À l'artiste qui rivalise d’habileté avec la nature. C’est le charme de certains: tableaux de genre des écoles flamande et hollandaise. Mais, dans Rien des cas, le plaisir produit par l’imitation/est amoindri ou annulé : VE. sis l'objet reproduit est insignifiant, laid ou immoral, sa copie sera Se rente, hideuse ou répugnante. Par conséquent C est à tort que Boileau, a dit :
Il n’est pas de serpent ni de monstre odieux, Qui par l’art imité ne puisse plaire aux yeux. | L'artiste, qui vise à limitation scrupuleuse de la réalité, n aboutit à
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Une autre conséquence inacceptable de la théorie de limitation c’est u d'identifier l’art à la science, car il n’y a pas de meilleur moyen pour à reproduire fidèlement la réalité que d’en avoir une connaissance cts à | scientifique. “4
L’imitation plus ou moins servile de la nature ne produisant qu’ un | art inférieur, et d’autre part l’imitation exclusive étant chimérique, + il reste Fu limitation n’est pas le dernier mot de l’art.
IT. L’Art ne doit pas $e borner à l’imitation de la nature. La étions stricte de la nature n’est ni réalisée ni réalisable par aucun art ; le fût-elle, elle ne serait pas désirable. LC ê
A) Elle n'est pas réalisée. En effet : : | ne 4
19 Dans certains arts l imitation est presque complètement absentes vg. l’architecture ne cherche pas à imiter fidèlement les lignes qu elle” reproduit ; —- la musique n'imite qu'accidentellement les bruits de la
20 Même dans les arts dits d'imitation (peinture, sculpture, théâtre), *
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44 convention a une large part; vg. dans la peinture : différence des dimensions, cadre; — dans la sculpture : immobilité absolue, d’ordi- Mnaire uniformité de couleur, yeux sans prunelle; — dans la poésie dramatique : loin de copier servilement la conversation, elle l’altère avec intention (vers, rimes, musique) ; l’Iphigénie de Gœthe en prose est bien inférieure à son Iphigénie en vers. — Autres conventions pour Je temps, le lieu, le décor de la représentation. | “30 Dans les arts imitatifs l’imitation est un moyen et non une fin. — PB) Elle n’est pas réalisable. En efiet :
Mu 40 Rivaliser avec la nature, c’est pour l’art se condamner à une Minfériorité inévitable : :la nature est complexe, ondoyante, vivante. omment en reproduire les mille détails, les nuances variées à l'infini, a puissance, le mouvement et la vie ? Surtout, comment l’égaler ? “l'art ne peut égaler l'éclat d’une fleur, comment égalerait-il l'éclat du “soleil? L'art, forcément, simplifie et immobilise. Pour compenser son infériorité l’art doit dépasser la nature en l’imitant : il ajoute à la réalité é resplendissement de la vie idéale.
réalistes en face du même paysage : toutes les reproductions seront différentes et cependant le modèle est unique (1). L'artiste idéalise oujours plus ou moins : il fait plus beau ou plus laid que nature. » Tout le monde fait instinctivement de l’idéal, même dans la vie milière, car nous faisons spontanément un triage parmi les réalités e nous voyons. Que dix personnes soient témoins d’un naufrage, leur récit, identique quant au fond, variera pour les détails; chacun ne “prend et ne retient du même spectacle que ce qui l’a frappé et dans la esure où il l’a frappé. Il en est ainsi a fortiori de l'artiste, âme vibrante :
est ce qui fait l'originalité des œuvres d'art. » C) Elle ne serait pas désirable, fût-elle réalisable. En effet :
… Bacon. En voici le sens direct. En rapprochant certains corps, l'homme leur permet d’agir
L art, c’est donc l’action de l'homme venant en aide à la nature. cf. G. SorTAIS, La Philos Sophie moderne depuis Bacon jusqu'à Leibniz, T. I, p. 315, Paris, 1920.
«20 La nature ne nous apparaît qu’au travers de notre esprit: chacun “la voit d’après ses dispositions innées et acquises. Il s’ensuit qu'aucune, “œuvre d'art ne peut être la simple copie d'un objet ; elle est nécessai- |} Tement aussi l'expression d'un état d'âme. Mettez vingt-cinq peintres F
il marquera les choses qu'il reproduit de son empreinte personnelle SCA ” de raison d’être : il ferait double emploi. La réalité sera toujours plus
* (1) TÔPFFER, Réflexions et menus propos d’un peintre génevois, L. EV, Ch. v. — On cite quelquefois à l'appui de cette doctrine le mot de Bacon : Ars, sive additus rebus homo (De Augmentis Scientiarum, L. II, C. 11). Mais ce n’est là qu’une extension de la pensée de
4 S uns sur les autres et fournit ainsi à la nature la possibilité de produire des Corps nouveaux
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19 Si l’art n'avait pour objet que limitation du réel, il n'aurait plus . :
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vraie que la reproduction la plus réaliste. On préférera toujours la. violette des champs à limitation de ses formes par le pinceau. 20 Si l’imitation était le tout de l'art, le chef-d'œuvre serait d'atteindre. à l’illusion complète ; ce serait le trompe-l’œil (vg. raisins de Zeuxis).… Or la recherche trop exclusive de l’imitation empêche l’art d'arriver à son but : l'émotion esthétique. En effet, un objet trop exactement reproduit paraît être réel ; dès lors on le prend au sérieux, on le traite: comme une réalité ; il ne provoque pas l’activité de jeu : c’est pourquoi ilne produit pas d'effet esthétique, il n’est pas beau. Même si l'illusion. est trop complète, on est mécontent d’avoir été dupé. Bien plus, s’il s’agit d’un drame, le sentiment esthétique disparaît pour faire place à un sentiment pénible : « Si je croyais, dit Cousin, qu’Iphigénie est en effet sur le point d’être immolée par son père à vingt pas de moi, je sortirais de la salle en frémissant d'horreur. » | | 2 3° Si donner l'illusion du réel était le but de l’art, un beau moulage. l’'emporterait sur une belle statue, la photographie sur la peinture. Conclusion : l'artiste doit surpasser la nature en limitant. La réalité doit être embellie, mais rester reconnaissable. Il faut donc idéaliser. - Comment ? à 4 19 En choisissant parmi les éléments à reproduire ceux-là seulement * qui sont expressifs. Le beau, qu'offre la réalité, est en effet mêlé à quantité d'éléments insignifiants ou laids. L’art le dégage de ces entours COMPro- « i mettants, qui l’empêchaient de ressortir. | 7 + 29 En perfectionnant les éléments choisis. | 155 es 30 En faisant tout converger à la manifestation du caractère dominant qu'on veut mettre en relief (45, V) (1). a La puissanceet la fécondité de Part lui viennent de sa liberté d’allure : | étant affranchi des conditions qui entravent, dans la nature, la réali- » sation de la beauté, à savoir la réalité, la matérialité, les lois de l’espace … et du temps, les exigences de lutile, « il lui est facile, dit Aristote, de M faire des choses que ne peut faire la nature » se “2
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$ B. — FICTION ET 1DÉAL ee
La fiction n’a pas de lois : elle défigure la nature : elle est en dehors -
de la réalité. C’est une combinaison arbitraire et capricieuse d'éléments «
empruntés à la nature : ve. un centaure. L'idéal est une beauté plus …
__ parfaite que la réalité ; il est au-dessus de la nature, mais dans le même … |
sens qu’elle : c’est la nature dégagée de ses imperfections. Ils diffèrent … par : | À
en. 4