‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 39 sur 761 · B. — OBJECTIONS · texte numérisé non relu

B. — OBJECTIONS

On a fait deux objections principales à la doctrine des directions . d'intention. Elle aboutirait : Re :

I. — A Ja légitimation de cette maxime machiavélique : La fin justifie les moyens. | | |

Réponse : cette maxime est évidemment abominable, puisqu'elle signifie qu’on peut user de tous les moyens, fût-ce le vol, homicide, etc., . pour réaliser une fin bonne en soi. C'était déjà la calommie lancée par ‘le paganisme contre les chrétiens et repoussée par S. Paul : Æt non. (sicut blasphemamur, et sicut aiunt quidam nos dicere) faciamus mala « ut veniant bona (1). Elle a été ressassée depuis, surtout par les jansénistes (2), à l'adresse des Jésuites. Il est pourtant manifeste que c’est. une doctrine de tout point condamnable, car : | Ésl

a) La volonté ne peut changer la nature des choses : si le moyen. est connu comme mauvais, quoi qu’on dise ou qu'on fasse, il restera toujours mauvais. La fin juste ne peut légitimer des moyens injustes ;"

sans quoi la justice se contredirait elle-même : elle serait à la fois juste et injuste. | | |

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(1) S. PAUL, Episi. ad Roman. Ch. 111, v. 8. Ê (?) PASCAL, Les Provinciales, VII® Lettre. — On peut voir dans l'édition de MAYNARD les injustices de Pascal qui a cité plusieurs textes tronqués. Cf. MAyNARD, Pascal, II° P.

Ch: x. ; , » 7x |

pb) La volonté en employant des moyens mauvais est mauvaise,

ip arce qu'elle n’évite pas, comme elle y est obligée, le mal, c’est-à- dire

l'emploi de moyens injustes.

Wii TL A des appréciations d’une “cons leute indulgence. Réponse :

si celui qu’on doit juger n’a pas voulu mal faire, même en agissant mal, on ne peut dire qu’il a mauvaise volonté. Son acte n’est donc mauvais | que matériellement. Sans doute, au for extérieur, la société doit surtout \tenir compte des actions, parce qu’elle ne peut atteindre directement Lies intentions et qu’elle doit exciter les citoyens à veiller sur leur conduite. Un chasseur, voulant tuer un lièvre, tue un homme. La morale Pabsout, puisque l'intention mauvaise fait défaut, mais la loi peut le condamner

pour homicide par imprudence. ;

Conclusion : la moralité est. avant tout conditionnée par l'intention ;

mais elle dépend aussi de son objet qui doit être bon en soi ou du moins

être indifférent (13), et enfin, secondairement, des circonstances qui

naue son but, sa matière, ses circonstances, tout en lui soit bon ; il est . Mauvais dès qu’un seul ‘de ces éléments fait défaut, et plus ou moins, selon limportance de l’élément absent. C’est le sens de la maxime : Bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu. | Remarque : l'intention est : a) Actuelle, quand elle existe au moment ‘de Paction. | | b) Virtuelle, quand, sans exister actuellement, elle continue dans les effets dus à son influence: ve. l'intention du voyageur qui veut arriver à telle ville et dont chaque pas est posé en vertu de cette intention remière, bien qu’il n’y songe plus.

PC) Habituelle : quand, après avoir été interrompue (elle ne continue donc ni en elle- -même, n1 dans ses effets), elle n’a pas été révoquée.

A) Degrés (1) : notre devoir ne va pas au delà de notre savoir. hacun de nous n’est obligé à faire que le bien qu’il connaît comme obhgatoire. Or la conscience peut être, vis-à-vis de son objet, le bien, S tous les états où peut se trouver la raison théorique vis-à-vis: du 1 spéculatif (Loc. 114). Elle peut être droite ou erronée, CértErIEs uieuse ou probable. La conscience morale est : 1. — Droite : quand son jugement est d'accord avec la loi morale. IT. — Erronée, quand elle nous représente des actes autrement ils ne sont d’après la loi morale, c’est-à-dire comme bons et permis, md ils sont mauvais et défendus : comme illégitimes, quand ils sont | s.. L'erreur peut être soit : a) invincible : vg. conscience de l'enfant,

# he du droit naturel par M. B., Livre V.

laccompagnent. Pour qu’un acte Soit moralement bon, il faut donc …

du sauvage ; dans ce cas, étant inévitable, elle est involontaire, donc. exempte de faute; — b) vineible : étant évitable, elle est coupable.

© III. — Certaine, quand elle juge de la légitimité ou de lillégitimité d’une action sans crainte raisonnable d'erreur. | GE

[V. —— Douteuse, quand elle hésite entre plusieurs devoirs, parce .

qu’elle voit des raisons pour et contre qui s’équilibrent ; mais ce doute. absolu est rare. | V. __ Probable, quand elle penche d’un côté plutôt que de l’autre. B) Éducation : puisque la conscience est failhble et sujette au

à doute, c’est un devoir pour chacun de l’éclairer et de la Pos Cette éducation est sans doute l’œuvre de l'intelligence, mais plus À encore de la volonté et des bonnes habitudes, parce que ce sont de passions qui obscurcissent la notion du devoir. (Loa. 124, RACE J

‘ C). Règles de conduite. Voici les principales : dr e J [.-— Il y a obligation de suivre non seulement une conscience droite, mais aussi, dans le cas d’ignorance invincible, une conscience erronée, parce que nous devons toujours faire ce que nous croyons bon et 4

ce que nous croyons Mauvais. . ‘ re ?

II. — On ne doit pas agir d’après une conscience vinciblement erronée, car, de même que l'erreur volontaire est coupable, les conséquences des l'erreur le sont aussi. Alors on est tenu d’éviter l'erreur et de redresser, ainsi sa conscience. ï | ER

III. — On ne peut agir avec une conscience douteuse. Celui qui. accomplit ou omet une action, bien qu’il doute s’il est légitime ou non de l’accomplir ou de l’omettre, s'expose volontairement au danger de; mal faire. Cette disposition est évidemment mauvaise, “puisqu'elle, implique l'acceptation d’un mal possible. Que faire alors ? Ou ne pas! agir si on le peut ; ou sortir du doute. — Comment ? En prenant conseil,

si c’est possible. Si le conseil est impossible et s’il y a nécessité d'agir, il faut sortir du doute et se former une conscience pratiquement certaine. Comment ? Au moyen du Probabilisme. AS MA

D) Probabilisme. — La conscience, d’abord perplexe en présence d’une obligation probable (c’est-à-dire dont l'existence n’est pas démon: trée), acquiert la certitude pratique en vertu de ce principe qu’une loi douteuse n’oblige pas : Lex dubia non obligat. Telle est la doctriné morale du Probabilisme. ae ‘4

Les moralistes catholiques sont unanimes à admettre le princip sur lequel est fondé le Probabilisme. Il est manifeste en effet qu’uné loi, qui n’est pas suffisamment promulguée, n’oblige pas. Or une loi dont l'existence est révoquée en doute par des raisons d’une sérieust probabilité, n’est pas suffisamment promulguée (?). st

PS a le . #

(1) Cf. Suarez, De Bonitate et Malitia humanorum Acluum, Disput. x11, Sect. vetw

Mais l'accord cesse quand il s’agit de déterminer quel degré d’incer-

puisse regarder l’obligation comme moralement douteuse et, conséuemment, laisser à l’homme sa liberté d’action : vg. accepter ou refuser

n legs sur la foi d’un testament dont la validité est probable. Voici

s solutions diverses ; :

$ À. — Solutions extrêmes et insoutenables : |

19 TuriorisME (de Tutior, plus sûr) : on doit toujours suivre l'opinion

plus sûre, c’est-à-dire celle qui favorise la loi, à moins que l'opinion

opposée ne soit certaine. |

+ 20 Laxisme (de Laxus. large) : on peut suivre l'opinion moins sûre,

| pourvu qu'elle ait quelque probabilité.

é ne soit d’une probabilité égale.

3° PROBABILISME : on n'est pas tenu de suivre le parti plus sûr, quand le parti favorable à la liberté est vraiment et solidement probable. Nous adoptons cette troisième Opinion, parce que seule elle applique logiquement le principe fondamental. En effet, aucun des deux partis

présence n'étant certain, il n’y a pas, même dans la probabilité la lus haute, une raison suffisante pour constituer une obligation de Conscience, car c’est à la certitude seule que l'obligation est attachée : utrement l’incertain produirait le certain, ce qui répugne, puisque, ns ce cas, la conclusion dépasserait les prémisses. Reste donc qu’on

Peut, pour agir, se contenter d’une probabilité sérieuse, et conséquemment

on n’est pas tenu de recourir au Probabiliorisme, ni à l Équiprobabilisme. : | | Remarques : I — On peut donc agir d’après l'opinion moins pro-. ble, mais il est mieux de suivre opinion plus probable : ce n’est une question d'obligation, mais de perfection, parce que l’opinion S probable est plus sûre, étant plus favorable à la loi.

IL: — Il est des cas où le Probabilise n’est pas de mise, c’est-à-dire Von doit suivre le parti le plus probable : c’est quand il s’agit d’une. w’on est obligé d'atteindre ou quand la loi ordonne de prendre les ens les plus sûrs pour arriver au but : vg. entre deux bons remèdes médecin est tenu de prescrire le meilleur, parce que le malade a un

itude dans l'existence ou l'application de la loi est nécessaire. pour qu’on

AY

droit certain à être traité de la façon la plus efficace pour obtenir 124 guérison. Pa ra 74

III. — On ne peut, dans le même acte, user de deux opinions probables ! contradictoires, car alors il est certain que l’un des deux partis simul- * tanément pris violerait la loi. Exemple : Je ne puis accepter un héritage | sur la foi d’un testament probablement valide, et en même temps me . dérober aux charges qu’il impose, pour ce motif que sa validité n’est … pas certaine (1). |

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(2) JaAwerT, La morale, Li. TITI, Ch. 111. — U. MAynARD, Pascal, IIe P., Ch: 11, $ 9% J. BerrrAND, Blaise Pascal, p. 199 et sq. — LE BaAoneLeT, La question liguorienne : Proba bilisme et Equiprobabilisme. — LEHMKUHL, Theologia moralis, T. I, Theologia moralis spé cialis, Tractatu II, Sect. II, C. 11, Art. II, p. 98, $ 156 sqq. Fribourg-en-Brisgau, 1910 +} — J. BrucKkER, dans ÉTuDEs, 1902, T. II, p. 831 sqq. ; 1903, T. IV, p.561 SI. — BALLERIN et PALMIERI, Opus theologicum morale, T. I, p. 159 sqq., $ 71 sqq., Rome, 1889. ‘à

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