LE GOUT
Ja seconde est, dans une certaine mesure, commune à tous. Le goût se : | montre, à des degrés divers, dans l’homme ordinaire, l'esprit cultivé, à Me dilettante, le critique, lartiste. Le goût est une faculté complexe : est un heureux mélange de raison et de sensibilité. Les créations de l'imagination seraient des œuvres incohérentes si lartiste ne savait | pas mesurer la convenance réciproque de leurs- parties et leur rapporë à l'effet total qu'il veut produire ; son bon goût lui fait discerner entre les images et les idées évoquées celles qui s'adaptent le mieux à Pexpresion de son idéal. L’imagination créatrice implique donc le goût. D'autre n part, sans une certaine dose d'imagination, on ne peut sentir et goûter M les beautés de l’art, car pour cela il faut pouvoir sympathiser avee = l'artiste, être capable de participer à sa création, de la refaire en esprit. = C'est le seul moyen de comprendre les œuvres artistiques et de les interpréter. : | :
We I. — Unité : « Le. goût considéré dans la foule, c’est la direction + “oénérale des appréciations portées en matière d’art en un temps ,où “un lieu déterminé » (1) : vg. goût francais ; goût du xix® siècle. Le rôle 0 du goût est de juger d’après les exigences de la nature humaine et les règles qui en découlent nécessairement. Le goût est donc un, certain, A …immuable, parce qu’il a pour base les exigences de la nature humaine, “qui sont invariables et partout les mêmes. La Bruyère a raison : CI y … : a un bon et un mauvais goût et l’on dispute des goûts avec fondement (2). » | | mt — Obiection : en fait, pourtant, les goûts diffèrent avec les individus, les pays, les époques. Des goûts et des couleurs on ne dispute pas: . Le : | … : Réponse : il est cependant des points sur lesquels tout le monde est d'accord ; il y a des beautés qui s'imposent à l’admiration univer- | Maselle; vy. les chefs-d’œuvre d'Homère, de Démosthène, de Phidias; de Michel-Ange, de Raphaël, de Bossuet, etc. L'unité dont nous parlons s'applique aux lois fondamentales de l’art et à leurs conséquences immédiates. ie . Les variations qu'on objecte proviennent de causes accidentelles, qui gâtent la droiture du jugement : influence ,du climat et de l’éducation ; préjugés de race, de secte el d'école ; orgueil, sensualisme. …. Ces tendances mauvaises faussent la rectitude naturelle de l'esprit, is qui, laissé à lui-même, irait droit au vrai. Nous avons, à propos de la conscience morale, réfuté une objection analogue tirée des variations à “des jugements moraux (Morare, 12). | |
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(1) G. Loncnays, Théorie des Belles-Lettres, L. I, Oh. v, $ IIL- (?) LA BRUYÈRE, Les Caractères, Du goût.