‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 397 sur 761 · À. — LEURS RAPPORTS · texte numérisé non relu

À. — LEURS RAPPORTS

I. —— L'Art est distinct de la Morale : l’art a sa fin propre,

immédiate, qui est de produire l’émotion esthétique dans l’âme pa | l'expression du beau. La fin propre de la morale, c’est la pratique du

bien. Or le bien et le beau quoique liés étroitement sont distincts (4).

IT. — L’Art n’est pas indépendant de la Morale. En effet :

. La morale, représentant l’ordre essentiel des choses, da fin dernière, a un domaine universel : elle s'étend à Part, comme à tout le reste D'ailleurs il n’y a pas deux consciences, celle de l’homme et celle dé Partiste. L'art n’est donc ni étranger, ni supérieur à la morale ; il lu est subordonné ; par conséquent l’art ne justifie pas et ne sanctifie pas tout. C’est pourquoi la maxime l’art pour l'art () est fausse, si lo entend par là l'indépendance de l’art vis-à-vis de la morale, si Po prétend que l'artiste a pour but exclusif de plaire sans se soucier de la moralité. Mais, si l’on veut dire que l’art a un objet propre, une fins spéciale, et si l’on admet que cette fin spéciale doit être, comme toute sn | de rie humaine, subordonnée à la fin dernière; uivoque, < |

III. —— L’Art doit respecter la Morale, ne pas lui nuire 3 c'est son devoir négatif. Pour cela il doit respecter la nature de l'homme: conserver, dans le déploiement des facultés esthétiques, l’ordre normal,

(2) S. AuGusriN, De Doctrina . Christiana, Le LV; LC. KXEVTITe

ÉCJEUCr LONGHAYE, Théorie des Belles-Letires, L. I, Ch.) -— BRUNETIÈRE, Discours | de combat, 17e Série, L’Art et la Morale. — C. A -C. ner Esthétique et Morale — LL. ARRÉAT, La Morale dans le drame, l'épopée et Le roman. — E. FErR1, Les Criminels dans l'Art et la Littérature. — J.-P: DURAND DE Gros, Nouvelles Recherches sur l’ Esthétiqu et la Morale. — A.-D. SERTILLANGES, L'Art et la Morale. #

(3) A,.-Ep. CHAIGNET, Les Principes de la Science du Beau, II° P., $ 4, p. 340 sqq. = CH. LÉVÊQUE, La Science du Beau, IIIe P., Ch. 1. — TôPFFER, Réflexions elmenus prop 8 d'un peintre génev ois, L. V, Ch. xxiv. — A. CASSAGNE, Théorie de l’ Art pour l'Art en Francew chez les derniers Romantiques et chez les premiers Réalistes.

L'ART ET LA MORALE At!

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1e pas exalter les sens aux dépens de l'esprit, n’agir sur les sens que pour teindre l'esprit. En procédant autrement, P art manque son but.

es limites du vrai et du bien, il choque la raisonetscandalisela conscience:

| plaisir artistique est par à même gâté. (15, VII, $ A). |

& IV. — L’Art ne peut se contenter d’une neutralité reslectueuse : : aucune œuvre artistique ne peut se tenir dans une position ioyenne entre nuire à la morale ou lui profiter, parce que toute œuvre Bart agit plus ou moins sur l’âme du spectateur ou de l'auditeur ;

>on ne peut agir sur l’âme des autres qu’en bien ouen mal, car aucun &te libre n’est moralement indifférent. L’art ne peut donc s’en tenir bla neutralité ; comme d’autre part il ne doit pas nuire à la morale $ III), reste à se demander s’il n’a pas un pas de plus à faire et à prendre osition. -

… V. — L’Art doit servir la Morale : la morale représentant la fin (érnière, l’art, comme tout le reste, ne pêut être que moyen par rapport elle: or la condition du moyen c’est de seroir. L'art doit donc prêter la morale un Concours positif, direct ou indirect, en perfectionnant la lâture humaine par le contact de la beauté véritable, qui attire et ansforme en elle-même (1).

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