‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 413 sur 761 · RELATIVISME : $ I. — LE PHÉNOMÉNISME · texte numérisé non relu

RELATIVISME : $ I. — LE PHÉNOMÉNISME

. Hume a distingué plusieurs phases dans la connaissance : …—. a) Nous sommes pratiquement certains de la réalité des objets qui nous environnent. Ce sont les données fournies par le bon sens, voix de

ba nature (1) :|

|“. b) On est naturellement porté à donner une valeur objective théobrique à ces données. Mais la réflexion philosophique nous montre que ice sont de simples sensations qui ne représentent pas des choses. Hume | applique le principe de Berkeley : Esse est percipi. Mais ce nrincipe que MBerkeley restreignait aux sensations, Hume l’étend aux idées, parce que, ditil, toutes nos idées dérivent des impressions sensibles. Aussi, pour Mui, «une pierre, un arbre, etc. sont des collections dè sensations. Le moi est un faisceau de différentes perceptions qui se succèdent. » C’est pourquoi son système a reçu le nom de Phénoménisme.

M La réflexion philosophique nous empêche d’affirmer théoriquement érités de sens commun ; mais elle ne nous empêche pas d'y croire. … c) Tout ce qui concerne l'essence des choses et tout ce qui dépend du principe de raison suffisante est Aors de la portée de notre esprit. Ainsi lanotion de cause nous est inaccessible (?). Elle se réduit pour nous au: retour régulier des mêmes phénomènes (Psycm., 183, $ À, III). C’est | pourquoi les sciences de la nature ne sont que des généralisations d’expéhriences sensibles, qui n’ont qu'une valeur empirique, parce que la | relation de cause à effet nous échappe.

« En Mathématique cependant les généralisations ont un caractère “absolu, parce qu’elles n’appliquent aux données de l'expérience que Le principe de contradiction et qu’elles n’affirment pas l'existence de | leur objet. |

— Dans ces conditions, la Métaphysique est impossible, puisque l'esprit ne peut atteindre la nature des choses. Ceux qui s’y aventurent entrent . dans la « région des sophismes et des illusions ».

Hamirron, SruartT Mic, SPENCER. BAIN, LEWES ont développé le L système de Hume. D’après eux, tout est relatif à nos sensations : les | corps, le moi, l’absolu ne sont que des représentations subjectives.

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Re) .« Le sceptique doit adhérer au principe de l'existence des corps, bien qu’il ne puisse, parsaucun argument philosophique, en maintenir la vérité. La nature ne nous a pas laissé ici la liberté du choix, et elle a sans doute considéré que cette croyance était une affaire de trop d'importance pour être confiée à la garde de nos spéculations et raisonnements incertains. »

= Lhus the sceptic.. must assent to the principle concerning the existence ofbody, tho’he Cannot pretend by any arguments of philosophy to maintain its veracity. Nature has not left this to his choice and has doubtless esteem'd it an affair of too great importance to be |. trusted to our uncertain reasonings and speculations. (HUME, À Treatise of Human Nature, mn; Part IV, Sect. II, au début. Édition GREEN et GRosE, T. I, p. 478, Londres, 1898). LS … (:) Humr, À Treatise of Human Nature, L. I, P. III, Sect. IL, III, IV.

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Stuart Mill dit, par exemple : « Mon esprit n’est qu’une série de sen timents ».(7). « La matière est une possibilité permanente de sensa” tions » (?). C’est la théorie de la Relativité absolue de la connaissance (Psycu. 76). Ne Re B) Réfutation. — Cette théorie doit être rejetée, parce qu'elle à le tort de nier : : D I. — La réalité objective des corps : nous avons vu en Psychologie (95, 96) que les qualités sensibles sont significatives des qualités existant en dehors de nous. Si rien de semblable ne correspond dans les corps. à la perception que nous en avons, il ne s’ensuit pas que rien de réel n’y corresponde : les qualités sensibles étant des effets réels supposent une cause réelle. Cette cause n’est pas en nous, elle est donc hors de: nous. Mais, quoi qu’en dise Berkeley, ce ne peut être Dieu, car il serait À contraire à sa sagesse et à sa véracité de nous rendre dupes d’une illusion. invincible. Comment prêter à Dieu un pareil rôle ? (Mérapx. 30, 1) IT. — La réalité de l'esprit comme eause et substance. En effet cette négation : | * | Li 19 Est contraire au témoignage de la conscience : car celle-ci : F. a) Nous montre la permanence du moi opposée à la succession des phénomènes, l'unité du moi et son identité opposées à la multiplicité des phénomènes. La conscience nous fait donc connaître le moi comme substance. | | 730 b) Nous montre aussi le moi comme produisant certains act (PSY ER LE B). 2 20 Est incompatible avec la mémoire, car la mémoire suppose un sujet un, identique, pouvant envisager toute la série des événements passés (Ps. 76, 107, $ I, B). Une collection d’états de conscience n’est pas possible sans un principe collecteur. : Fr" C) Objections. — Les Relativistes font valoir contre la réfutations précédente ces deux arguments : : 5 TI. — L'esprit humain ne peut rien connaître de ce qui existe en soi, aucune cause, aucune substance, car il n’a aucun moven de connaissance approprié à un objet absolu comme les substances et les causes. En ef ñ les sens et la conscience ne nous font connaître que des phénomènes relatijs les uns aux autres. | Tr Réponse : 10 Il y a une connaissance expérimentale autre que celle des phénomènes : c’est la connaissance intuitive et immédiate qué l'esprit a de sa propre existence en tant qu'il est le sujet auquel se rapportent tous les phénomènes. Quand l'esprit se saisit ainsi lui-même,

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| : L 2200 (9 S. Mirr, La Philosophie de l'emällon, Ch. xu1, p. 229, Ch. x1, p. 220. Draduef{ CAZELLES, Paris, 1869. 2 PS

il saisit quelque chose d’absolu, d’existant en soi, le principe même de la pensée. Toute erreur est impossible, car il y a identité entre le sujet “connaissant et l’objet connu (Ps. 68).

… 20 L'esprit atteint l'absolu non seulement par la conscience que nous “avons de nous-mêmes, mais encore par la connaissance de certaines | vérités imdépendantes des circonstances de temps, de lieux, de per- “sonnes : vg. les vérités arithmétiques, les principes premiers. | II. — L'esprit ne peut rien connaître absolument, c’est-à-dire rien kde rigoureusement conforme à la réalité. En effet, les choses nous étant extérieures, nous ne pouvons les connaître que par l'intermédiaire des “impressions qu’elles produisent sur nous ; nous n’en connaissons donc ‘que les apparences. Or la conformité rigoureuse des apparences aux thoses est impossible à concevoir, car l’esprit est de moitié dans les phénomènes qu’il perçoit, et sa nature s’y exprime autant que celle des choses.

Réponse : nous concédons que la connaissance sensible est relative. “L'âme ne perçoit en effet les choses qu’au moyen des impressions qu’elle. Érecoit : les sensations ne sont que les signes et non les images de la réalité (Psyc., 96). Mais, outre la connaissance sensible, il y a la Connaissance rationnelle. La raison, en interprétant la signification des sensations, peut acquérir des choses une connaissance réelle et absolue, c’est-à-dire les connaître telles qu’elles sont en elles-mêmes. …. Conclusion. — Nous rejetons donc le système de la relativité absolue de la connaissance : mais nous admettons une certaine relativité relative. Nous rejetons le relativisme absolu, car nous avons prouvé que l'esprit peut connaître : | 10 Quelque chose d’absolu : le moi, les vérités arithmétiques, les principes premiers. | 20 Quelque chose absolument, la réalité telle qu’elle est, au moyen + de la connaissance rationnelle.

Mais il faut reconnaitre qu'il y à du relatif dans la connaissance … humaine. En effet on peut dire d’abord d’une façon générale, après Aristote, que la connaissance, étant l'acte commun de Pobjet connu et du sujet connaissant, sera toujours dépendante de nos facultés de - connaître. Ainsi :

… a) La connaissance sensible est relative à nos sensations, comme -on l’a expliqué : elle ne nous montre pas les choses extérieures telles qu’elles sont en elles-mêmes, mais à travers nos sensations. … b) La connaissance rationnelle nous fait bien connaitre la réalité - telle qu’elle est ; mais elle est inadéquaie ; on peut dire qu’elle est relative en ce sens que l’imperfection de nos idées est la conséquence néces- … saire de la nature bornée de notre intelligence. Mais qui dit incomplète … ne dit pas inexacte. Nous ne connaissons pas adéquatement l'essence

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