LA VÉRITÉ TUEUR
A) Exposé. — De tous les ERA TRS qui se sont efforcés de résoudre.
le problème de l’origine des idées et de justifier la valeur objective de . la connaissance intellectuelle, celui de saint Augustin nous parait le 4 plus satisfaisant. À cette question : Comment atteignons- nous la vérité | nécessaire et immuable ? Platon répond : par la réminiscence ; Aristote . et l'École, par l’abstraction et la vertu de l’intellect agent ; ‘d’autres, par l'innéité : saint Augustin, par l’action illuminatrice de Dieu. Selon! : Jui, nous voyons la vérité immuable à la lumière divine. On a FR ISRpECUES
19 D’après les Ontologistes, l'âme verrait l’Être divin lui-même et en Lui, les vérités éternelles qu’Il contient. — Cette interprétation est | certainement fausse, car saint Augustin rejette formellement toute eision en Dieu durant cette vie. Il avait d’abord semblé l’accorder par exception à Moïse et à saint Paul; mais il a même exclu cette faveur exceptionnelle (. De plus, il ne présente pas Dieu comme : un objet. perçu, mais comme la cause produisant la lumière qui nous fait percevoir." Voulant opposer son propre système à à la réminiscence platonicienne,. saint Augustin s'exprime ainsi : « La nature de l’âme intellectuelle est ainsi faite que, par une disposition du Créateur, elle est naturellement unie aux choses intelligibles et ainsi les voit dans une lumière incorpo®| relle spéciale, comme lœil charnel voit ce qui lenvironne dans l& lumière corporelle, ayant été fait capable de recevoir cette lumière et, adapté à elle. » Il est manifeste que ce n’est pas en Dieu, soleil de l'âme,” que nous voyons la vérité, mais dans la lumière sui generis qu’il nous s envoie, comme notre œil ne voit pas dans le soleil les objets environ nants, mais dans les rayons lumineux qui viennent de son foyer (?). … |
Î (1) S. AUGUSTIN, De Trinitate, L. II, C. xvr, dans Patrologia Latina, T. XLII, col. 862. — In Joannis Evangelium, Tract. III, $ A7, PL, TX XKV COLA h (?) .….Potius credendum est mentis intellectualis ita conditam esse naturam, ut rebus ‘ intellectualibus naturali ordine, disponente Conditore, subjuncta sic ista videat in quada: n luce sui generis incorporea, quemadmodum oculus carnis videt quæ in hac corporea luce circumadjacent, cujus lucis capax eique congruens est creatus. (S. AUGUSTIN, De Trinitate, ê, L. XII, C. xv, P. L., T. XLII, col. 4011). — Le P. CHARLES BOYER, dans sa remarquable étude sur l’Idée de Vérité dans la Philosophie de $. Augustin, n’entend pas ainsi la théorie d la Vérité illuminatrice. Pour lui « Dieu nous éclaire par le fait même que notre propre intelligence nous éclaire. Notre intelligence n’est en effet rien d’autre que la Lumière divine tempérée selon l’infirmité de notre être. » (Opere citato, p. 206). C’est l'interprétation qu'ont généralement donnée les Scolastiques (cf. infra, 2°). Mais nous croyons ave
… Mais, à s'en tenir là, il faudrait dire que saint Augustin n’a pas même . abordé le problème de l’origine des idées, qui fut pourtant sa constante préoccupation. Car le problème demeure entier : il s’agit de savoir comment l'intelligence parvient à percevoir la vérité éternelle.
incapable de percevoir la vérité. Mais Dieu produit dans âme, à l’occa-
| la détermine à connaître. Cette influence divine agit selon les besoins
. et les circonstances ; elle ne fournit donc pas une fois pour toutes à
AU
sous l'impulsion de la connaissance sensible.
… rent : on comprend la transcription, l'impression d’une image, les com-
“ paraisons du sceau, du soleil, du maître qui parle intérieurement, de l'ange quand il illumine les hommes (De Genesi ad litieram, L. XIL,
….S 58), l’affirmation d’un secours nécessaire, nist Deus intus adjuverit
…(Epistola CXX ad Consentium, $ 2, P. L., T. XXXIIL, col. 453). Sur la
Æ. PorTALtÉ qu'elle est erronée. La lumière, dont parle S. Augustin, nous semble être une lumière particulière, distincte de notre intelligence. Pour le prouver, il suffira d’analyser le texte cité plus haut. Nous le choisissons parce que, d’après le P. Boyer lui-même, c’est Ph un texte où il [S. Augustin] a dû s'exprimer avec exactitude, puisqu’il présentait son
“propre système pour remplacer la réminiscence platonicienne ». (Ibidem, p. 199). Or de ce texte il résulte avec évidence que pour $. Augustin la lumière divine en question n’est pas notre intelligence, mais une lumière spéciale, une lumière créée qui s’en distingue. La compa-
“corporelle, ainsi l'intelligence ne se confond pas avec la lumière incorporelle De plus, MS. Augustin les contradistingue nettement, car il dit que l'intelligence voit dans la lumière … incorporelle, et, pour qu'on ne puisse s’y méprendre, il ajoute dans une certaine lumière spéciale (in quadam luce sui generis\). Pour plier le texte à son interprétation, le P. Boyer en est réduit à violenter la construction de la phrase en rapportant à l’âme ces mots sui
generis enclos dans l’incise relative à la lumière, et, ce qui est pire encore, à traduire ainsi : dans une certaine lumière incorporelle de même nature qu’elle-même» [l’âme].Or sui generis est une expression consacrée, qu'on ne doit pas détourner de son sens naturel. Cen’est donc
que, de vive force, qu’on peut ramener le texte augustinien à l'interprétation donnée par
les Scolastiques.
(1) Cf. S. THoMAs, Summa theologica, P.I*, Q.LXX XIV, Art. V.— Lux autem ista, qua
É mens nostra intelligit, est intellectus agens (Quæstiones disputatæ : III. De Spiritualibus : Creaturis, Art. X). — Th. M. Z1GLIARA, Della l'uce intellettuale, T. I, C. xr-x111, Rome, 1874.
J:-B. FRANZELIN, De Deo uno, Thes. XI, $ II et III, p. 140-148, Rome, 1870. — AB,
EPIDT, De Ontologismo, p. 192-225, Louvain, 1874.
30 La véritable théorie augustinienne est celle de l’ilumination de.
sion des perceptions sensibles, une représentation des vérités éternelles
“raison alléguée le montre clairement : de même que l’œil charnel est distinct de la lumière
intelligence des idées innées, qui de l’état virtuel passeraient en acte
LA
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comparaison du soleil, voir RUE LT, CNRS LA XXXIL, col. 877 » (4). “ | De plus et surtout cette interprétation s'appuie sur une Héor À similaire de la volonté. Selon saint Augustin, l'intelligence, pour atteimdren la vérité, a besoin de la lumière de Dieu, comme la volonté, pour pratiquer la vertu, a besoin de sa grâce (St one la grâce s'exerce d’une façon éfécline. il en sera de même de l’illumination intellectuelle. à B) Avantages. — Nous avons constaté en Psychologie (179, B)M % que l'intelligence dégage, par l’abstraction et Ja généralisation, des. données fournies par l'expérience, les idées d’être, d'unité, de cause,” de fin, etc. Puis, analysant ces notions premières, elle perçoit des rapports : absolus, nécessaires, universels, et les formule en jugements : vg. com parant la notion psychologique de cause avec la notion d'effet, V elle saisit entre ces deux notions un rapport absolu, nécessaire, ñ universel et l’exprime en disant : Tout ce qui commence d'être a une. cause. (Psyen:, 183, $\B,:I1,-B). ii On tranche fort bien de cette façon la question de l’origine 2 L logique des notions et principes premiers ; mais la question métaphysique | 4 de la valeur objective de ces notions et principes reste ouverte. La théorie. 4 de la connaissance part de ce fait que nous percevons de l'être, de l’unité, M de la vérité, de la causalité, ete. Or ce fait implique que notre intelli- ? gence est en relation avec l’Être en soi, l'Unité en soi, la Vérité en soi, la Causalité en soi. Comment s explique cette relation Re 4 La théorie de l’abstraction et de l’intellect agent ne paraît pas suffire à résoudre cette question ultime. On se demande, en effet : comment à les êtres contingents et relatifs peuvent-ils servir de fondement pour découvrir la vérité nécessaire et absolue ? Les Péripatéticiens répondent. que l'intelligence, considérant les êtres contingents, en faisant abstrac=u tion de leur existence et de leurs propriétés individuelles, perçoit leurs. essences et les rapports nécessaires et universels qui en découlent Soit. Mais tout ce travail n’aboutit qu’à des généralités et à des abstrac=" tions. Il faut quelque chose de plus pour justifier la valeur objective des notions et principes premiers. Il faut montrer comment nous pou-h vons atteindre le vrai en soi, le bien en soi, le beau en soi, seul fondement inébranlable de nos opérations intellectuelles. Or la théorie augusti- à nienne de l’illumination nous fournit la solution cherchée, puisque c’est Dieu lui-même qui produit dans l’âme la représentation des vérités à