ANALOGIE DE L’'ÊTRE
A) Notions préliminaires. -— Un terme (il faut en dire autant
d’un concept) univoque est celui qui, appliqué à plusieurs, exprime chez
tous un objet formel tout à fait identique : ve. le mot homme appliqué
…. à Pierre, à Paul, etc., est univoque, parce qu'il signifie chez tous la même nature humaine.
Un terme équivoque est celui qui, appliqué à plusieurs, exprime en
chacun un objet formel tout à fait différent ; vg. le mot taureau désigne à la fois un animal et une constellation ; : callus en Jatin, signifie coq et.
français. Ce sont des mots équivoques par hasard (æquivoca casu). Un terme analogue est celui qui, appliqué à plusieurs, exprime un
- objet formel qui n’est pas tout à fait différent, c’est-à-dire qui est en. partie le même, en partie divers. Les Scolastiques appellent aussi les
termes analogues équivoques à dessein (æquivoca consilio). Îl y a analogie d'attribution quand l’objet formel exprimé par le mot
“ convient à Pun des analogues principalement et absolument, aux autres
MWArSect. I.
(1) BossuerT, Logique, Li. I, Ch. x111. — SUAREZ, Disputationes Metaphysicæ, Disp. LIV,
A \ fe
462 ANALOGIE DE L'ÊTRE na F5 : d6)
imparfaitement ct. par suite de leur relation avec le premier qu’ on.
appelle analogum princeps.
Cette attribution est extrinsèque ou intrinsèque Elle est :
10 EXTRINSÈQUE : quand le concept analogue n’est réalisé proprement que dans un seul des objets qu’il désigne et ne convient aux autres. qu'improprement à cause de leur rapport avec le premier : ve. sain se w dit proprement de l’animal, ét improprement de la nourriture, de l'air, « d’une médecine, qui peuvent entretenir la santé de l'animal ou la lui w
rendre.
Dieu est l'Être a se, c’est-à-dire indépendant de toute cause;
la créature est l'être ab alio, c’est-à-dire dépendant d’une cause. La M substance est l’être qui est per se, c’est-à-dire indépendant d’un sujet »
d’inhérence ; l'accident est l’être qui est in alio, c’est-à- -dire ii d’un sujet d’inhérence. (Psycx., 182, $ À, I).
Ces qualificatifs a se, ab alio, per se, in abie: indiquent les manières 4 dont la notion commune d’être s’applique à Dieu et à la créature, à la M substance et à l’accident. Or il est manifeste que ces manières ne sont «
ni ünivoques, car a se et ab alio, per se et in alio impliquent des concepts divers ; ni purement équivoques, car Dieu et la créature, la substance
et l'accident conviennent. entre eux dans le concept de l'être considéré »
d’une facon indéterminée : ils ont tous une essence (aliquid quod est), et cette ressemblance quant à l'être est le fondement que le concept universel d’être a dans la réalité. Le terme ‘et le concept d’être sont
donc analogues. C’est ‘une AIS CAR par dénomination
intrinsèque.
Il y à analogie d’attribution, quand le concept signifié par le mot, M convient à l’un des objets principalement et absolument, aux autres. # par relation à l’analogum princeps. Or la notion d’être convient à Dieu M principalement et absolument, mais aux créatures dépendamment de #
Dieu ; elle convient à la substance principalement et absolument, mais
à l'accident dépendamment de la substance. Dieu est l’analogum princeps |
par rapport à tout ; la substance, par rapport à l’accident.
Il y a attribution par détermination intrinsèque, quand le concept 4 exprimé convient intrinsèquement à tous les analogues, quoique d’une
façon différente. Or le concept d’être se réalise, quoique diversement,
en Dieu et dans les créatures, dans la bé et dans les act
dents : esse a se diffère de esse ab alio ; esse per se diffère de esse in alto.
20 INTRINSÈQUE : quand le concept analogue est réalisé dans tous | s les objets qu’il désigne, mais parfaitement dans l’un et imparfaitement, par participation, dans les autres. C’est, disons-nous, le cas du concept M d’être appliqué à Dieu et aux créatures, à la substance et aux accidents.
B) Démonstration d’une Analogie par attribution intrinsèque :