ACTE ET PUISSANCE
A) Définition. — Chez les êtres créés, on entend par :
a) Acte, ce qui les perfectionne. — b) Puissance, le principe dont . l'acte est la perfection. Ex. : un bloc informe de pierre peut devenir « une statue; c’est donc une statue en puissance ; quand un sculpteur. lui a donné une forme humaine, c’est une statue véritable, une statue. \ en acte. ; B) Division. — 10 La puissance est dite : a) logique, si elle indique. ! simplement quelque chose de possible (17, A), mais n’existant que dans notre esprit ; — b) réelle, si on la considère, en dehors de notre esprit, M dans un être qui la possède. Ex. : un bloc de marbre est transformé en statue dans l’imagination de l'artiste en vertu d’une puissance logique ; 4 ce bloc devient statue, sous l’action du sculpteur, en vertu d’une puis- « sance réelle. 4
29 La puissance réelle est”: a) active : c’est la faculté de produire. | quelque chose ; vg. l’homme a la faculté de connaître ; — b) passive : M c’est la faculté de recevoir ou subir (en latin pati) une modification :. | vg. un bloc de marbre peut devenir une statue, un tombeau, un autel. 4 — Autre exemple : le feu, en chauffant de l'eau (qui est en puissance: # passive par rapport à la chaleur), passe de la puissance active (c’est-à-dire à du pouvoir qu'il a de chauffer) à l'acte de cette puissance active qui est. l’action de chauffer.
(*) Ipse [Deus] essentiam suam perfecte cognoscit ; unde cognoscit eam secundum omnerm: *
modum quo cognoscibilis est. Potest autem cognosci non solum secundum quod in se est. «
sed secundum quod est participabilis secundum aliquem modum similitudinis a creaturis. | Unaquæque autem creatura habet propriam speciem secundum quod aliquo modo participat
divinæ essentiæ similitudinem. Sic igitur in quantum Deus cognoscit essentiam ut sic: 3%
imitabilem a tali creatura, cognoscit eam ut propriam rationem et ideam hujus creaturæ. (S. THOMAS, Summa theologica, 1° P., Q. XV, Art. I, $ Unde plures ideæ.) *]
(?) Cf. S. SCHIFFINI, Principia philosophica ad mentem Aquinalis, Metaphysica Generale Disp. IV. ï
© Conséquences. — 1° De la définition de l'acte et de la puissance,
h ressort que l'acte est un perfectionnement de la chose, puisqu 711 fait que la chose recoit l’opération et l’acte pour lesquels elle est en puissance. Par conséquent, un être est d'autant plus parfait qu'il est plus en acte ; “des lors un être qui serait foujours en acte, c’est-à-dire n'ayant besoin d'aucun perfectionnement, serait un acle pur, Sans aucun mélange de “passivité, serait donc la perfection souveraine et absolue. Cet acte pur ne se rencontre qu'en Dieu, il est Dieu même. Dans toute créature, au contraire, il y a mélange de puissance et d’acte, il y a passage de Ja puissance à l'acte. Dieu seul est ; tout être contingent change, devient, se fait. La puissance est conçue comme limitant l'acte (20, p. 409).
… 20 Aucune puissance, comme telle, n’est capable de s’actuer ellemême : pour passer de la puissance à Tacte il lui faut l’aide d’un être déjà actué : « Rien ne peut être on de la puissance à l’acte, si ce n’est var quelque chose qui est en acte.
… 30 L'acte précède la puissance. Cela est vrai : a) soit que l’on considère l'ensemble des choses contingentes, car cet ensemble, n'ayant pas en soi sa raison d’être, n’a pu venir à Pacte, à l'existence que par l’intervention d’un être qui fût lui-même en acte, qui fût un acte pur, qui üt Dieu ; — b) soit que l’on considère un être contingent en particulier,
ar l’actuation d’un être en puissance est un effet qui exige toujours “üne cause en acte pour le produire.
… Lo L'activité est dans l’agent, mais le résultat de cette activité, action, la chose faite, n’est pas dans l'agent comme tel, mais dans le patient. Ex. : le maître et le disciple. Le disciple est en puissance passive, bar rapport à la science à acquérir. Le résultat de Penseignement du naître sera de faire passer le disciple de la puissance passive à l'acte, bde la possibilité de savoir à la science.
A) Définition. — L’essence est ce par quoi une chose est ce qu’elle ést, et, conséquemment, ce qui la différencie de tout ce qui n’est pas elle. Elle répond à cette question : Qu'est cette chose ? Les êtres contingents, “qu'ils soient substantiels ou accidentels, forment des groupes qui se distinguent les uns des autres par des caractères intimes possédés en “commun, qui sont génériques et spécifiques (Loc., 11, $ A, IT). Ces pro- priétés sénériques et spécifiques constituent l'essence ou nature des êtres contingents. Ainsi l'essence de l’homme, qui est un animal doué de raison, se distingue de l’essence de la bête, qui est un animal privé de raison. |
Les essences, étant plus ou moins générales, ne peuvent être perçues par les sens qui ne saisissent que le singulier : elles ne peuvent Pêtre que par l'intelligence. Aussi les appelle-t-on snielligrbles. |
L'existence est l'actualité de l’essence, c’est-à-dire ce en vertu de quo une chose existe. ‘à
B) Comparaison. — L’essence dans les êtres contingents est indéte rminée par rapport à l'existence; elle peut la recevoir ou ne pas recevoir. L'existence lève cette indétermination en réduisant en” acte la capacité de l'essence à passer de l’état possible à l’état actuel. II y donc, dans l’ordre logique, entre l’essence et l’existence la corrélation qui y a entre la puissance et l'acte (20, p. 469, 20).
En Dieu seul l'existence et l’essence ne se distinguent pas, parce q Dieu est essentiellement existant : il est de l’essence de l'être parfait d'exister nécessairement. Dans les êtres créés, au contraire, l'essence n'implique pas l’existence, puisqu’étant contingents ils n ont pas toù jours existé et qu'ils auraient pu ne pas exister. L’existence est chez et une addition accidentelle à l’essence. Pour exister, il a fallu que Die réduisît leur possibilité en acte; tandis que Dieu, étant l'Être de s@ l'Être nécessaire, ne peut pas avoir de cause, ne peut pas ne pas exister son essence et son être sont identiques. 4
Les créatures étant mélangées de puissance et d’acte, leurs opér | tions se distinguent de leur être. Dieu étant acte pur, son opératif | et son être sont la même chose. 1
C) Caractères des essences. — Elles sont immuables et nécessai AS di:
10 En tant qu elles existent dans l’Intelligence divine, parce qu ’ell | sont une imitation, un reflet de l’essence de Dieu. Elles ne dépendent pas de sa volonté ; autrement il faudrait dire que Dieu peut réaliser contradictoire et l'absurde, faire par exemple que le triangle, qui essentiellement composé de 3 angles, en ait 4. —Les choses ont ét créées par Dieu d’après les idées qu’il en a de toute éternité; dom les essences des choses, en tant que connues par l'intelligence ii sont éternelles. 4
20 En tant qu'elles existent dans la nature, si l'on considère les principes prochains qui les constituent . Ex. : un triangle n’aura jamaif plus de trois côtés, quelle que soit la longueur de ses côtés, ou la matière dont ils sont faits. ç.
D) Propriétés de l’essence des choses. — 19 pu unes, constitutives de l’essence, sont invariables, comme elle ; vg. dans l'âme humainë l'unité, la simplicité, la spiritualité, l'immortalité. 4
20 Les autres, Rue aux opérations, sont variables ; ve. sensibilité intelligence, volonté : s différentes formes de l'activité de l’âme «a
sujettes aux An ne
« A) Position de la question. — On admet sans difficulté qu'entre l'essence seulement possible et son existence, c’est-à-dire son état de
réalisation, il y à une distinction réelle. Mais c'est une question, très
controversée parmi les Scolastiques, de savoir si, dans l'être fini et
contingent, Fppose existant, l’essence et l’existence sont réellement
Mistuinctes ; ou s’il n’y a entre l'essence et l'existence qu’une distinction
pirtuelle ou distinchion de raison ayant un fondement dans la réalité
disunciio rationis cum fundamento in re). 11 faut entendre par là que
la chose elle-même fournit à l'esprit un motif pour établir une distinction
entre les ‘concepts d'essence et d’existence, lesquels, en fait, ne consti-
tuent qu'une seule et même réalité.
B) Solutions. —— L'École thomiste se prononce généralement pour ladistinction réelle. L'École franciscaine, SuAREz et ses disciples, nombre
autres Scolastiques (4) se contentent, de la distinction virtuelle. Cette seconde Opinion nous semble beaucoup plus probable.
D II faut rejeter la distinction réelle, car :
W 1° Cette opinion renferme une contradiction. Il est contradictoire,
en effet, de parler d’une essence réelle et d’une essence qui n existe pas par elle-même; car, si elle est réelle, comme on le concède, elle est hors du néant par sa propre réalité ; or si elle est hors du néant par sa Hopre réalité, c’est dire qu'elle existe par elle-même.
n:20 L'existence, supposée réellement distincte de l'essence, est une: its : elle a par conséquent une essence propre.
» Ceci posé, de deux choses l’une : ou bien l’essence propre de l’exis-. ténce existe par une autre existence réellement distincte, ou elle existe’ par élle- -même.
… Si elle existe par une autre existence, cette autre existence a aussi son essence propre, et ainsi à l'infini, ce qui répugne, de l’aveu même Les adversaires.
Si elle existe par elle-même, il y a donc au moins une essence finie qui existe par elle-même. Il faut en dire autant de toutes les essences imies, car si les arguments, apportés pour prouver la nécessité de la distinction réelle, ne valent pas pou l'essence de l’existence elle-même, is ne valent pas davantage pour les autres essences.
… II. — La distinction réelle étant rejetée, reste la distinction virtuelle Ou distinciion de raison inadéquate ayant un fondement dans la réalité.
Li > ae
(1) Cette question controversée a été traitée à fond par le Père J. PIGCIRELLI dans. l'ouvrage : Disquisitio metaphysica, theologica, critica de distinctione actuatam inter essentiam existentiamque creati entis intercedente, ac præcipue de mente Angelici Doctoris circa eamdem: |: His Naples et Paris, 1906. — Cf. D. PALMIERI, Ontologia, C. 11.