L’UNITÉ
W Après avoir examiné la notion d'unité nous étudierons quelques
notions voisines ou opposées : Division, Multitude, Identité, Distinction. « A) Définition. — L’être un est celui quiest indivisé en soi. L'unité ajoute à l'idée d’être une négation ; ce n’est pas cependant une -idée purement négative, parce qu’elle suppose l’idée d’être qui est positive, et y surajoute l'absence de division, ce qui indique une perfection, donc quelque chose de positif. j | W Ii ne faut pas confondre l’unité avec l’unicité, car, outre la négation de toute division, l’unicité dit négation de ressemblance dans un genre donné. Ex. : le soleil est unique dans notre système planétaire.
LS B) Division. —— On distingue l'unité d’indivisibilité et l'unité de composition.
à 40 L'unité d'iNpivisigiuiTéÉ exclut, non seulement la division actuelle, mais la possibilité même de la division ; vg. Dieu, l’âme. 20 L'unité de composirion exclut, non pas la possibilité d’une division, mais la division actuelle. Elle est de quatre sortes :
Wa) Naturelle : qui résulte de l’union de plusieurs éléments destinés par la nature à composer un tout ; vg. l’homme : le corps et l’âme sont @rdonnés à constituer le composé humain ; — eau, composée d'hydrogène et d'oxygène. |
" b) Artificielle : qui résulte de l'union de plusieurs éléments agencés par l’art humain de facon à former un tout ; vg. une maison, une machine, un poème. : |
… «) Morale : qui résulte de l'union de plusieurs personnes formant une société ; vg. famille, cité, armée. Le lien qui les unit dépend de leur nature d’êtres intelligents et libres.
. d) Physique : qui résulte de la juxtaposition de plusieurs choses ; ve. un monceau de sable, une masse d’eau. C’est un agrégai : de toutes les formes d’unité, c’est la plus imparfaite, parce que le lien qui rapproche les divers éléments leur est extrinsèque.
C) L’être et l’un sont convertibles. — Tout être est un, c’està-dire n'est pas divisé en lui-même, mais est divisé de tous les autres : Indivisum in se et divisum a quolibet alio. 11 en doit être ainsi, car un “objet divisé en lui-même ne serait pas un être, mais un ensemble d’êtres,
ne constitueraient pas plusieurs êtres, mais formeraient un seul être composé. Cette unité est, comme l’être lui-même, transcendantale et analogue : aussi s’applique-t-elle à tous les êtres, mais plus ou moins parfaitement (B). L'unité n’ajoute pas quelque réalité à l'être, mais Seulement une négation : l'absence de division. C’est pourquoi on peut
ét, d'autre part, des objets, qui ne seraient pas divisés les uns des autres,
dire : Tout être est un, et tout un est être. Ens et unum convertuni D) Multitude. — La notion de pluralité ou de multitude impliqu 19 Pindivision intrinsèque des êtres compris dans la multitude ; 2 division extrinsèque, qui fait que chacun d’eux est mis à part des aut La multitude dit donc une pluralité d'êtres séparés ou du moins lement distincts entre eux, comme les habitants d’une ville, les : doigts de la main. | n A E ‘8 Le nombre est une collection d'unités qui ont entre elles que point commun. Ex. : cent arbres. On peut le définir : Une multi mesurée par l’unité. fi ma E) Identité. — L'identité, c’est la négation de la diversité. La négation de la diversité individuelle ou numérique, c’est l'identité pron prement dite : l’homme passe par l’enfance, la jeunesse, l’âge mûr ets vieillesse, sans cesser d’être essentiellement conforme à lui-m — La négation de la diversité spécifique, c’est l'identité de natu Ex. : Pierre et Paul sont spécifiquement identiques. — La négation la diversité générique, c’est l’identité de genre. Ex. : l’homme et la ête sont génériquement identiques. — La négation de la diversité qualitatives c'est l'identité dans la qualité, c’est la ressemblance ou similitude | Ex. : tous les hommes de race blanche se ressemblent sous le rapport! de la couleur. — La négation de la diversité quantitative, c’est l'identité. dans la quantité, c’est l'égalité. Ex. : cas d’égalité de deux triangles.
Par distinction on entend l'absence d’unité.
La distinction peut être réelle ou logique : ER
I. — Distinction réelle : c’est l'absence d'unité entre plusi choses. Elle est : |
a) Adéquate : quand deux .choses ne sont réellement identiq dans aucun de leurs éléments ; ve. deux êtres existants, deux arb deux pierres, etc., sont adéquatement distincts, parce que Ia réalité chacun est tout entière en dehors de la réalité de l’autre.
b) Inadéquate : quand deux choses ne sont que partiellement ide tiques. Ex. : le tout et ses parties, comme l’homme et l'âme, qui sont | madéquatement distincts. à
IT. — Distinction logique ou de Raison : c’est l'absence d'unité. entre plusieurs concepts d’une même chose. Quand deux choses sont réellement distinctes, leur distinction est l’œuvre de la nature et. par conséquent existe indépendamment de notre pensée. Deux choses sont, au contraire, logiquement distinctes, dans la mesure où leur distinct
-6Sb l’œuvre de la raison. D’après les Scolastiques, la Distinction de r'aisÜr est double : | +4
… À) Distinctio rationis ratiocinantis où Distinciio sine fundamento re : elle existe quand-la même chose est exprimée par des concepts qui ne diffèrent formellement d'aucune manière (nullo modo formaliter Hversi), c'est-à-dire par des concepts dont la définition est identique : 1$ le concept d'homme et le concept d'animal raisonnable. Le second dest que le développement du premier.
ë B) Distinctio rationis ratiocinatæ ou cum fundamento in re, qu'on lomme aussi Distinctio virtualis : elle existe quand la même chose est sxprimée par des concepts qui diffèrent formellement de quelque manière laliquo modo formaliter diversi), c’est-à-dire par des concepts qui n’ont pas la même définition. C’est ainsi qu'on distingue dans l’homme, ui est un animal raisonnable, les concepts d’animalité et de rationalité. \insi, encore, les attributs divins (intelligence, volonté, toute-puisince, etc.), bien qu’ils ne se distinguent pas réellement de Dieu, mais constituent une seule et même réalité infiniment parfaite, peuvent être distingués vurtuellement, parce que leurs concepts diffèrent et montrent la même réalité sous des aspects divers (78, C).
| Les SCOLASTIQUES appellent la première distinction : rationis ratio- Ginantis : ils mettent le verbe à l'actif et ajoutent : sine fundamento
miné par la chose, elle tient des deux ; elle est donc mitoyenne. “Remarque. — -Un indice certain de la distinction réelle entre les choses, c’est leur mutuelle séparabilité, c’est-à-dire une séparabilité telle “que chacune puisse exister à part de l’autre : vg. la main par rapport fu reste du corps. Car rien ne peut se séparer de soi-même et exister en A: |
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