‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 476 sur 761 · RS L · texte numérisé non relu

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Les recherches sur la nature de l’espace et du temps ont abouti \ un grand nombre de systèmes, dont nous allons examiner les prinpou , . |. — Newton (!) et Clarke (?) : pour eux l’espace et Ë temps sont ares éternels, infinis. Ils les distinguent de la substance divine, mais ils en font des attributs divins. Dieu est partout et est toujours : ci constitue l’espace et le temps ». L'espace est l’étendue infinie de Dieu ; le temps est sa durée infinie. | Critique : Leibniz a fort bien réfuté cette théorie ( ). Les attributs de heu ne se distinguent pas de l'essence divine ; chaque attribut que nous concevons en Dieu, c’est l’essence divine considérée sous un aspect spécial : il est donc simple et immuablé comme elle. … 1° Or l’espace est divisible puisqu'on peut y assigner des parties ; en faire un attribut divin, c’est dire qu'il y a en Dieu multiplicité de parties, ce qui répugne à sa parfaite simplicité, excluant jusqu’à la possibilité même de toute division.

… 29 Le temps est aussi divisible et il implique une succession d'instants à trois positions : passé, présent, avenir ; faire du temps un attribut

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(:) NEWTON, Principes mathématiques, Scholium generale, à la fin.

de (2) S. CLARKE, . Traité de l'existence et des attributs de Dieu, Ch. v. — Correspondance avec Leibniz (Cf. Œuvres philosophiques de Leibniz, Édit. JANET, T. L p.759, $ 10.)

ï #) Correspondance avec Clarke (Cf. Œuvres de Leibniz, Édit. JANET, PET D: Re $ 50 ; pe de $ 10.)

avant toute expérience, comme une loi constitutive de sa nature. —*

intérieurs, c’est que la sensibilité interne leur impose la forme de temps

divin, c’est introduire dans l’essence de Dieu, avec la divisibilité, la succession et le changement, ce qui répugne à sa simplicité et à son immutabilité. : | 1

IT. — Descartes (1) : l’espace s’identifie avec l'étendue des Corps le temps avec la durée des événements ; ce sont des modes inséparables des choses. Supprimez les corps ou les événements, vous supprimez par là même l’espace et le temps. | TS

Critique : la suppression des corps ou des événements n’entrai=

nerait la suppression que de l’espace et du temps réels. mais non de ?

l’espace et du temps absolus, qui sont, le premier, la possibilité indéfinie de l’extension en longueur, largeur et profondeur ; le second, la possis bilité indéfinie de la succession dans le passé ou dans l’avenir 4

III. — Gassendi (?) : l’espace et le temps sont des réalités indé pendantes des êtres qui sont dans l’espace et le temps. Il les considèré comme des êtres incréés, éternels, qui ne sont ni substance ni accident} mais quelque chose d’intermédiaire. HEURE

Critique : le temps et l’espace, ainsi entendus, sont ace ysb ol à moins qu'ils ne soient Dieu lui-même, puisqu'ils’ sont incréés, “di

pendants, éternels. Maïs alors on retombe dans les contradictions de la doctrine de Clarke. — Gassendi confond entre eux l’espace absolu e j l’espace réel, le temps absolu et le temps réel, et il suppose gratui tement qu’il y a une réalité intermédiaire entre la substance et l'accident: |

IV. — Kant (°) : ce sont les formes a priori de la sensibilité. Si nous nous représentons la coexistence des phénomènes extérieurs, c’est qu

la sensibilité externe leur impose la forme d'espace qui existe en elle,

CE

De même, si nous nous représentons la succession de nos phénomène

qui est également a priori et est inhérente à sa nature même. Aussi comme ces idées d'espace et de temps sont en nous antérieurement à la connaissance des phénomènes, elles n’ont aucune valeur objective. ce sont des conditions subjectives de nos représentations (6). À

Critique : a) Les idées d'espace et de temps ne sont pas des condi {ions a priori de l'expérience, car elles en résultent, comme nous l'explis querons (39) ; elles ont donc par là même un fondement objectif. #

b) Il est vrai, d’ailleurs, que notre esprit ne peut se représenter les. phénomènes extérieurs que dans l’espace et les phénomènes intérieurs

(*) Les Principes de la Philosophie, II° P., $ 10 sq. E

(*) Syntagma : Physica, Sect. I, L. IT, C. 1 sqq. — Cf. G. SORTAIS, La Philosophie modernes depuis Bacon jusqu'à Leibniz, T. II, p. 97-102. | E

(*) Critique de la raison pure : Esthétique transcendantale. — Cf. GARNIER, Traité des facultés de l’âme, T. III, L. IX, Ch. v, 8 6, 7, 8 —)Ém. Borrac, L'Espace d'après Clarke et Kant, dans REVUE PHILOSOPHIQUE, 1877, T. IL, p. 185-188. | à

8) fi NATURE DE L'ESPACE ET DU TEMPS 503

que dans le temps : mais ces idées sont des types généraux que l'esprit a dégagés des étendues et des durées concrètes et qu’il leur applique ensuite, en toute occasion; comme vg. les caractères de lanimalité, LS tirés de l’analyse des divers individus réels, sont toujours applicables ‘ à tel et tel animal. ; …. Solution proposée : parmi les théories exposées jusqu'ici, les unes {Newton et Clarke — Descartes — et, en dernière analyse, Gassendi)

soutiennent l’objectivité absolue de l’espace ; les autres (Kant et aussi! Mes Associationnistes) (!) ne voient dans l’espace et le temps que des

lconceptions toutes subjectives. Pour nous l’espace et le temps ne sont

ni des substances ou modes réels, ni des formes «& priori; ce sont des

relations ayant un fondement dans les choses. Cette théorie se tient à

tévale distance de l’objectivité absolue et de la pure subjectivité. On en

trouve les données dans Leibniz. Elle nous semble admissible, pourvu

qu'on l'interprète dans un sens réaliste (?). | jé L'espace est un rapport de coexistence, le temps un rapport de suc-

“cession ; ils sont donc des ordres, des systèmes de relations. L'espace, c’est la relation qui résulte de la coexistence des corps : c’est l’ordre des : phénomènes coexistants, en tant qu'ils sont situables les uns par rapport laux autres. Le temps c’est le rapport qui résulte de la succession des choses : c’est l’ordre des phénomènes successifs (%). Spatium fit ordo \coexistentium phænomenorum, ut CUS successivorum (*).

& Temps et espaces réels : s’il s’agit de corps étendus ou de phéno- -mènes successifs existants, leurs rapports de coexistence et de succession sont actuels ; alors l’espace et le temps sont réels, par conséquent M iinpenss, finis, relatifs.

En Temps et espace absolus ou idéaux : si l’on considère les corps et les tphénomènes comme simplement possibles (5), leurs rapports également

fe LES

(1) S. Mic, Examen de la philosophie de Hamilton, Ch. 111, XI, XII. Fe CC) Certains prétendent que Leibniz l'entend dans un sens idéaliste. Cf. A. FARGES, = LL'Idée du continu dans l’espace et Le temps, p. 206, Paris, 1895. — D. Nys, La Notion d'espace, as “p. 121-125, Bruxelles, 1922. — CL. PrAT, Leibniz, Ch. V, $ v, p. 218-220, Paris, 1915. RC) Pour moi j'ai marqué plus d’une fois que je tenais l’espace comme quelque chose de purement relatif, comme le temps ; pour un ordre des coexistences, comme le temps est ün ordre des successions. L'espace n’est autre chose que cet ordre ou rapport, et n ’est rien du tout sans les corps, que la possibilité d’en mettre... » (LEIBNIZ, Réponse à la seconde réplique de M. Clarke, $ 4-5, Édition JANET, T. I, p. 743).

(*) Lettres de Leibniz au Père des Bosses, Lettre NX dit. ERDMANN, p. 6895 co? $ Explicationem.

(5) LEIBNIz à nettement marqué ces deux aspects de h question : « Le temps 4 l’espace sont de la nature des vérités éternelles qui regardent également le possible et l’existant. » (Nouveaux essais sur l’entendement humain, K, II, Ch. x1v, $ 26; etau Ch: x11r, S 470

de l’espace : « C’est un rapport, un ordre non seulement entre les existants, mais encore “entre les possibles comme s'ils existaient. Mais sa vérité et sa réalité est fondée en Dieu, comme toutes les vérités éternelles. » — Spatium absolutum aliquid imaginarium est . nihil reale ei inest quam distantia corporum (Lettre XX X au P. des Bosses. Ed. Erdmann, = p. 740, col. 1). 0

sont de même nature ; — D) nécessaire, car,

Bourguet, Hanovre, 2 juillet 1916), Œuvres, Édit.

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