L'ÊTRE NÉCESSAIRE EST PARFAIT
vallée, soit qu’il y en ait, soit qu’il n’y en aït point, sont inséparables
lune de l’autre ; au lieu que de cela seul que je ne puis concevoir Dieu que « comme existant, il s'ensuit que l’existence est inséparable de lui, etpartant *
Kant répond : l'existence est, dit-on, renfermée dans le concept «
même. Mais il y a là un sophisme, si l’on prend le terme existence dans
le sens d’existence réelle, extérieure à nous. En effet l’attribut doit ” être de même nature que le sujet. Si le sujet est simplement conçu et «
conçu et non réel : l’un et l’autre n’ont d’existence que dans l'idée. Ce qui . liés qu’ils sont inséparables, mais en restant dans le même ordre : si le « sujet parfait est dans mon esprit, l’attribut existant y sera nécessairement aussi; si le sujet parfait est dans la réalité, l’attribut existant W y Sera nécessairement aussi. Mais il est impossible que le sujet soit dans l'esprit et que l’attribut soit dans la réalité. Bref, autrement dit, cet argument cache le sophisme qui consiste à passer de l'existence idéale à l’existence réelle, d’une idée à une chose. |
Conclusion : quoique l'argument ontologique ait satisfait des.
dire, si on le complète, comme fait Leibniz, en montrant la possibilité M
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de l'être parfait ? Leibniz procède ainsi : L’être dont l’essence implique :
à À l'existence, existe, s’il est possible ; or Dieu est l’être dont l'essence # implique l'existence ; donc Dieu existe, s’il est possible. — Leibniz # prouve ensuite la possibilité de l’'Étre nécessaire : si-Dieu n’existe pas, M rien n’est possible ; mais beaucoup de choses sont possibles, puisqu'elles 4
l'existence réelle, mais il devient a posteriori, car ce complément est un retour à la preuve cosmologique. Donc, finalement, il n’y a pas de preuve a priori de l’existence de Dieu (2). | | "4
76. — L’ÊTRE NÉCESSAIRE EST PARFAIT L'argument cosmologique prouve l'existence d’un Être nécessaire «
et éternel, mais sans déterminer explicitement quelle en est la nature. . L'argument par le mouvement prouve l'existence d’un premier moteur éternel et distinct de la matière, mais sans en déterminer non plus . l'essence. L’argument des causes finales prouve l'existence d’une intel-
(7) DESCARTES, Méditations métaphysiques, Ve.
(?) C. DE BEaupuy, L’Argument de S. Anselme est a posteriori, dans REVUE DE PHILO=
SOPHIE;: 1908, T. I, p. 120-133. ;
| L'ÊTRE NÉCESSAIRE EST PARFAIT DIN ligence supérieure, ordonnatrice de monde, mais sans déterminer si elle est ou n’est pas infinie, unique, créatrice et distincte de l’univers. Il faut voir maintenant s’il est possible de lever cette indétermination qui es sur les arguments fournis par la contingence, le mouvement et les causes finales, C'est-à-dire s’il est possible de démontrer, en les rapprochant et les complétant, que l’Étre nécessaire est nécessairement parfait. Pro- Dons par degrés. pi I. — Cette intelligence ordonnatrice, dont la preuve LG a démontré la réalité, est-elle douée du pouvoir moteur ? son existence est- elle nécessaire ? ; … À) — Par le fait même qu’elle est ordonnatrice, cette cause doit: être capable de mouvoir les êtres à son gré, sinon elle n'aurait pu les "| disposer d’unè manière plutôt que d’une autre ; partant elle eût éteiee pop d'y mettre de l’ordre. sn … B) — Cette intelligence ordonnatrice et motrice est en même temps À nécessaire et éternelle. En effet, ou elle n’a pas en elle-même sa raison uffisante, ou elle l’a en elle-même (autrement dit : ou elle reçori d’un autre l'existence et ses qualités, ou elle ne les reçoit pas). Si elle n’a pas. en elle-même sa raison suffisante, elle est produite par une cause possédant, d’une manière formelle ou éminente, tout ce qu’elle contient elle | même, parce que l'effet tenant sa réalité de sa cause ne peut lui être upérieur. La même question se pose au sujet de cette cause et ainsi de « suite jusqu'à ce qu’on arrive enfin à une cause première, nécessaire, “éternelle, puisque nous avons vu qu’une série indéfinie de causes secondes, contingentes est contradictoire. Donc il existe un Être nécesaire, éternel, doué d'intelligence et de puissance motrice.
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ue IL. — Avançons. Cet Être nécessaire, éternel, intelligent, moteur, est parfait. Donnons quelques preuves :
A) — Cet Être étant nécessaire n’a pas commencé. Ceci posé, de
deux choses l’une : ou bien il est sujet au changement, ou bien il est Soustrait au changement. S’il est sujet au changement, il a subi la loi : du temps : il faut donc qu’il ait duré un temps infini, ce qui implique contradiction. Ou bien il est soustrait au changement, alors on ne peut … lui appliquer la loi du temps, c’est-à-dire la succession et la mobilité : est donc immuable. Or l’immutabilité implique la perfection. Sup- Posons en effet que l'intelligence ordonnatrice soit imparfaite. Au lieu de tout embrasser dans un acte intuitif pur, elle sera condamnée, comme otre intelligence, à des combinaisons et mouvements discursifs. Du. même coup la voilà soumise à la loi du changement et de la suCCessiOn ; elle tombe dans le temps, elle n’est donc plus l’être nécessaire dont nous É vons prouvé l'existence.
…. B) — L’Étre nécessaire est celui dont l’essence implique Péritel ‘4 uisqu il est a se, de soi et par soi. Or si tel degré fini de perfection oh
574 VALEUR DES PREUVES RATIONNELLES. Lo (27) à
quait aussi l'existence, le degré immédiatement supérieur limpliquerait | a fortiori, et ainsi de suite : ; nous arriverions à cette affirmation absurde. d’un nombre infini d'êtres nécessaires actuellement existants. L'Être nécessaire est donc par essence infiniment parfait. €) — Où trouver une raison suffisante pour limiter la perfection de l'Ëtre premier nécessaire ? Pourquoi borner sa perfection à tel degré, plutôt qu’à tel autre ? En effet, d’où lui viendrait la limite ? Elle né. peut lui venir : ni de son essence, car cette essence étant l’Étré ne rejette. par elle-même aucune perfection, mais les comporte toutes. Si l'obstacle : à la perfection venait de l'essence, c’est qu’alors elle renfermerait quelque | contradiction intrinsèque. Or, dans cette hypothèse, l'Être nécessaire ne pourrait pas plus exister qu’un cercle carré ; — ni de sa propre volonté, car il ne s’est pas fait lui-même, ce qui répugne ; — ni d’une volonté. étrangère, car cette volonté, nécessaire et éternelle comme l’Étre qu’elle limite éternellement, qui l'empêche alors d’être parfaite ? À son sujet, il faudra renouveler les questions posées à propos du premier Être. nécessaire, et ainsi de suite, sans fin, ce qui répugne. La raison nous. oblige donc à conclure que FÉtre nécessaire et éternel est nécessai- rement l’Étre infini, l'Être parfait. | .
Conclusion générale. — On peut résumer les preuves, qui ont été . proposées en disant : L'existence de Dieu est attestée par toutes les # puissances de l’homme. La raison l’affirme comme suprême intelligible, | seule raison suffisante de tout ; la volonté l’affirme comme suprême \ | législateur, qui lui a imposé la loi morale ; le cœur enfin l’affirme comme le suprême désirable, dont la periection absolue attire invinciblement. 1 C’est ainsi qu'on peut redire avec Bossuet : « La connaissance de nous- \ mêmes nous doit élever à la connaissance de Dieu (?). »