LE TRANSFORMISME : CRITIQUE
lui donner pour père un individu qui offre la première ébauche de cette. qualité ; il faut trouver une mère en qui se rencontre la même qualité ;, autrement cette qualité s’affaiblit dès la seconde génération et disparait à la troisième ou quatrième. Ce double choix est nécessaire non seulemen au début, mais constamment : c’est à cette condition que se précisera I caractère que l’on veut perpétuer dans une race. Pour que la sélection” naturelle obtint le même résultat, il faudrait que la nature fût capablem de choix, mais elle est aveugle. L’animal agit sous Pinfluence d’un, instinct irréfléchi. Comment admettre qu’un animal, dont la constitutions -offre quelque particularité utile, ira chercher et découvrira un autres individu doué du même avantage ? Comment admettre surtout qué cette recherche et cette découverte se renouvellent autant de fois qu'il est nécessaire pour produire et fixer une variété ? Il serait étrange que l'homme intelligent et la nature aveugle, agissant par des voies opposée , 4 aboutissent aux mêmes résultats. 2 Ce n’est pas assez dire, car la nature aboutirait à des résultats bien supérieurs : elle arriverait à produire des espèces, tandis que l'homme n’à réussi qu’à produire des races, en fixant des variétés. Avec un père et une mère de l'espèce canine, la sélection artificielle a créé de nombreu es races de chiens, mais jamais un autre animal. 4 Les produits hybrides, qui proviennent de deux espèces voisines, ou bien sont stériles après un petit nombre de générations (comme les mulets), ou bien sont indéfiniment féconds (comme les léporides mais alors leurs descendants reviennent promptement au type Tièvre ou au type lapin. Ce fait d’interstérilité entre deux espèces voisines est, de l’aveu de Darwin, « inexplicable » dans la théorie ‘transformisten Quatrefages regarde ce fait capital comme la preuve manifeste de fixité des espèces. — | à De plus l’histoire, aussi haut qu’on puisse remonter dans l’étude passé, confirme la permanence des espèces. Certaines ont disparu aucune des survivantes n’a subi de transformations (Cf. les descriptie: d’Aristote, les monuments de l'Égypte, ete.). Si donc la sélection natu relle, sous l’action de la concurrence vitale, n’a produit, de mémoi d'homme, pendant soixante ou soixante-dix siècles, aucune modifie cation notable, de quel droit les transformistes lui accordent-ils un si merveilleuse efficacité dans le passé ? Ils répliquent que, dans les périodes géologiques antérieures à la nôtre, la sélection naturelle, disposant d'u temps illimité, a pu agir efficacement. — Mais Le temps par lui-mêm ne produit rien ; il n’est qu’une condition qui permet à une force desse“ développer ; si donc pendant soixante-dix siècles la sélection naturelle. n’a rien fait, ce n’est pas avec un temps indéfiniment prolongé qu'elle fera quelque chose. C’est une supposition gratuite qui n’a rien de scientifique. | : É:
(89) LE TRANSFORMISME : CRITIQUE | 619 B) Réponse aux arguments particuliers :
faveur du transformisme, car :
149 Au dire de Darwin lui-même, nous ne savons pas si un organe, rudimentaire ou inutile chez l'adulte, n’a pas exercé une fonction chez chez l'embryon.
. 20 Il peut se faire que les organes rudimentaires, comme les ailes de lapteryx, servent à une fin encore inconnue.
‘de plan, qu’elle sert à manifester (Logique, 82, $S$ II, III).
D 40 Ces organes peuvent être le résultat d’une dégradation subie | |
‘dans l'espèce même, intra eamdem speciem.
Le 5° L’explication darwinienne sur la cause de l'atrophie de ces organes
(certains organes : vg. l’oie de Magellan et la frégate ont des pieds palmés pour nager et ne nagent pas ; un pic d'Amérique (Colaptes campestris) a des pieds grimpeurs et ne grimpe pas.
" [If — Il est certain, d’après Darwin lui-même, que tous les animaux ne passent pas par les différents états de leur soi- disant ancêtre. Cepen- Want les lois de la nature sont générales, et si l’explication du développement embryologique était celle que supposent les darwinistes, elle ne devrait pas souffrir ces exceptions. Agassiz a remis les choses au point : En tant qu'œufs, dans leur condition primitive, tous les animaux se
Faits caractéristiques, ceux-ci présentent des particularités telles que
Suite de phases rappelant tous les types inférieurs du rêgne animal, mais il subit simplement une série de modifications spéciales aux inimaux de l’embranchement auquel il appartient . Pre
II — On a apporté plusieurs faits contre la série paléontologique :
1° Certaines espèces ont persévéré, sans transformation, à travers les temps géologiques. Pourquoi certains types ont-ils progressé, tandis
que d’autres sont demeurés stationnaires ? pourquoi existe-t-il encore
des amibes, des méduses et même des poissons et des reptiles ?
tous les groupes.
I. — La persistance d'organes rudimentaires n’est pas une preuve en.
nest pas juste; on dite bien des cas où le non-usage n’a pas atrophié
30 Cette persistance &ailleurs s’explique suffisamment par l’unité.
ressemblent. Mais aussitôt que l'embryon commence à montrer quelques.
8 type peut se distinguer... Aucun animal supérieur ne traverse une
M 20 L'ordre d'apparition des espèces n’est pas conforme au degré de Complication de l’organisme : dès le cambrien on voit des êtres de presque
39 Les groupes nouveaux apparaissent brusquement, sans être ame-
nés par des formes intermédiaires qui les relient à d’autres. — On n’a
pas retrouvé ces Intermédiaires nécessaires pour justifier le transior-
À fs, ts €) 1e FA PA De l’Espèce et de la Classification en Zoologie, Ch. 11, $ VIII, Traduit de anglais, re VoGËLI, p. 278-279. Paris, 1869.
620 CÉTLÉ TRANSFORMISME ÿ CRITIQUE is ESS (89 #4
misme. Darwin l’a reconnu loyalement : « Le problème de la filiation des R
ne les types spécifiques, noyés dans cette multitude d'intérmédiéires À
espèces dans les couches fossilifères reste, quant à présent, inexpliqué, . # insoluble, et l’on peut continuer à s’en servir comme d’un argument sérieux contre les opinions émises ici. » M. Contejean, quoique transtor miste, dit de son côté : « Il faut admettre que les nombreuses étapes qui … marquent la transformation entre deux types spécifiques voisins sont. représentées chacune par une forme particulière qu’on devrait retrouver à l’état fossile. Ces formes de passage seraient, donc innombrables ; en. 1
ne pourraient plus être distingués les uns des autres, ou, en d’autres « termes, n’existeraient pas. Or c’est le contraire qui a lieu. » É
Pressés par ces objections, certains transformistes ont imaginé Ia théorie des émigrations. Quand on leur dit : vg. on ne connait aucune" forme intermédiaire entre l’hipparion et le cheval, ils répondent : l'être | que vous cherchez ne peut se trouver que dans une région éloignée de, celle où vécurent ces animaux ; autrement il ne se fût pas transformé. Mais cette hypothèse est tellement gratuite et arbitraire qu’elle est # rejetée par beaucoup de darwinistes. Aussi d’autres, comme Naudin, recourent à des transformations brusques et ils apportent en preuve les | modifications produites soudainement chez les plantes et même chez. certains animaux. Mais ces modifications n’ont jamais lieu qu entre des : races ou des variétés d’une même espèce. n
IV. — Le lien qui unit entre elles les formes vivantes est manifeste : :4 mais le fait de son existence ne tranche pas la question de son origine :4 est-il idéal ou le résultat d’une descendance commune ? On peut admettre: | que le transformisme explique aussi bien que le créationnisme les ressem-# blances qui unissent les espèces voisines ; mais il ne rend pas aussi aisé ment compte des différences anatomiques | et physiologiques qui les” séparent. | 4
V. — Admettons qu’on établisse l'interfécondité des espèces et. ‘À qu’on découvre les innombrables intermédiaires des transformations k successives, il restera toujours à expliquer : 4
19 L'origine des êtres vivants : depuis la réfutation des générations | ‘4 spontanées par Pasteur, c’est une vérité acquise à la science que les) | êtres organisés reçoivent toujours la vie de corps déjà.vivants, que par conséquent la vie ne résulte pas de l’évolution d'éléments physico-, chimiques : Omne vivum ex vivo (46). Il faut donc recourir à un princip transcendant, en dehors et au-dessus de la matière, à un être créateur | du principe vital.
20 La plasticité des êtres vivants : comment sont-ils capables de | s'adapter aux conditions de leur existence ? Comment peuvent-ils se développer régulièrement au milieu des influences diverses qu’ils subis: sent ? Cette plasticité offre éminemment le caractère de la finalité. I iaus
ne
“ni dans l’animal, doit être en dehors et au-dessus d’eux, dans une Pro-
le règne organique n'est de nature à nous impressionner autant que l'unité de plan qui apparaît dans la structure des types les plus divers. -D’un pôle à l’autre, sous tous les méridiens, les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles, les Poissons révèlent un seul et même plan de structure. Ce plan dénote des conceptions abstraites de l’ordre le plus élevé, il "dépasse de bien loin les plus vastes généralisations de l'esprit humain, et il- Va fallu les recherches les plus laborieuses pour que lPhomme parvint | kseulement à s’en faire une idée. D’autres plans non moins merveilleux |se découvrent dans les Articulés, les Mollusques, les Rayonnés et dans bles divers types de plantes. Et cependant ce rapport logique, cette | admirable harmonie, cette infinie variété dans l’unité, voilà ce qu’on nous représente comme le résultat de forces auxquelles n “appartiennent | ni la moindre parcelle d'intelligence, n1 la faculté de penser, ni le Doro êde combiner, ni la notion du temps et de l’espace (1). » | | VE faut noter enfin que le transformisme n’est qu’une hypo-
|thèse contestable et contestée, que trop souvent l’on rejette ou que lon
ladmet pour des raisons extrascientifiques. Voici la déclaration faite par Yves Delage, professeur d'anatomie et de physiologie comparées “à la Sorbonne : « Je reconnais sans peine qu’on n’a jamais vu une espèce
eu lieu. J'entends ici une vraie bonne espèce, fixe comme les AL “naturelles et se maintenant comme elles, sans le secours de l’homme.
L'auteur, qui est cependant transformiste, ajoute en note : « Je mt ici la première personne pour montrer que je parle en mon nom et non en celui des Transformistes, dont beaucoup seront sans doute scandaà lisés en lisant cette déclaration. Je suis cependant absolument convaincu
qu'on est ou n’est pas transformiste, non pour des raisons tirées de.
l'histoire naturelle, mais en raison de ses opinions philosophiques. S'il
“existait une hypothèse scientifique, autre que la descendance, pour expliquer l’origine des espèces, nombre de Transformistes abandonneraient
leur opinion actuelle commeinsuffisamment démontrée (2). »
… Nous laissons aux spécialistes le soin d'apprécier la juste valeur de ces objections et de ces réponses. Mais nous avons à à juger le transsen A
porn du point de vue philosophique.
| (2) Fan AGASSIZz, De l’Espèce et de la Classification en Zoologie, Ch. 1, $ IV, p. 23-24. ne (?) Y. DELAGE, La structure du protoplasma.…., p. 184. !
LE TRANSFORMISME : CRITIQUE | 621 Les | : 14 me | | » s . s 57 * ; y reconnaître les marques d’une intelligence qui, n'étant ni dans la plante,
Pridence qui dirige les êtres vivants vers une fin qu’ils ignorent. C’est ce qu’ exprime fort bien un naturaliste américain, L. Agassiz : « Rien dans,
en engendrer une autre, ni se transformer en une autre, et que l’on n'a aucune observation absolument formelle démontrant que cela ait jamais :
Conclusion. — Le transformisme absolu, it rejette toute inter-
#: formisme modéré, qui pain l'intervention de Dieu our créer la vie. q F
propositions suivantés : |
Agassiz, etc. Beaucoup d’autres soutiennent le contraire. D’après un
66227 4! TEE PRANSFORMISME ? CRITIQUE ON TS vention créatrice de Dieu, est contraire à la raison et à la foi. Le trans- |
des espèces végétales et animales, est un système possible en Soi : 1l ne répugne donc ni à la raison ni à la foi. Telle est, d’après Henri DE! DorLonor, professeur de Géologie à l'Université de Louvain et ancien. proiesseur de Théologie au Séminaire de Namur, la doctrine fonda mentale de Darwin sur Porigine des espèces, « qui se résume dans les deux.
«19 La première origine des êtres vivants est due à une niluon col spéciale du Créateur, qui a inspiré la vie à un sets ou à un petit nombre : d'organismes élémentaires. 4
€ 20 Ces organismes, évoluant dans la suite des. siècles, ont donne naissance à toutes les espèces organiques qui existent actuellement, et | dont les vestiges nous sont conservés à l’état fossile (?). » 4
À priori ce système est possible. Est-il réalisé dans Ja nature ? C’est . aux faits de répondre. Un certain nombre de savants ont repoussé | même le transformisme ainsi tempéré, parce qu’ils ne le trouvaient pas suffisamment prouvé par les faits : vo. Cuvier, de Quatrefages, Flourens, \
éminent professeur au Muséum d'Histoire naturelle, Albert Gouaryil «les espèces secondaires (qui ne seraient que des variétés et des races) \ sont transmutables ; mais elles dérivent d’un certain nombre de classes primordiales et irréductibles qui ont Dieu pour auteur immédiat » (7.1
René Zeiller, le maître de la Paléobotanique en France, « était arrivé M finalement à cette conviction, partagée par beaucoup de naturalistes de à : nos jours : Nous n° avons pas d'autre manière FN ES les faits observés à
(2) fn DE DORLODOT, Le Darwinisme au en de vue de l’ Orthodoxie catholique : I. L Oriz 1 gine des Espèces, p. 10, Bruxelles et Paris, 1921. — L'auteur ajoutedansunenote: «Lorsque nous parlons des opinions de Darwin, nous ne faisons jamais allusion qu’à celles qu’il à exprimées dans les écrits publiés par lui-même et qu’il à maintenués jusque dans ses de nières éditions, et non aux doutes, plus ou moins passagers, dont on peut trouver les trac dans sa volumineuse correspondance » (p. 151, note 1). — On sait que Darwin a étendu théorie transformiste jusqu’à l'homme. (Cf. Fe descendance de l’homme). Cette extension paraît à un grand nombre d’exégètes catholiques se heurter au texte de la Genèse relatif u à là création de l’homme (C. 11, v. 7). C’est aussi notre sentiment. Cependant un certa ti À nombre de catholiques estiment qu’on peut appliquer la théorie transformiste au COTPS de l’homme. Ainsi.semble penser le Père THEILARD DU CHaRDIN (Cf. Les Hommes fossiles, SK? dans ÉTUDES, 1921, T. J,-p. 877). M. DE DorLopor annonce la publication.d’un second volume sur la Descendance de l’homme. S'il est permis de préjuger son opinion d’ après les Ù : tendances du premier volume. on peut conjecturer qu’i! sera favorable.à cette extension. ra
(*) A. Gaupbry : « Les êtres animés ne sauraient avoir produit eux-mêmes leurs forces | vitales, car nul ne peut donner ce qu'il n’a pas. Quand nous imaginerons toutes 1es forces physiques ou chimiques, elles ne feront pas une force vitale, et surtout une force A pensante. C’est donc la cause première, c’est-à-dire Dieu, qui crée les forces » (Essqi de ni paléontologie philosophique, Conclusion, p. 208-209). | l
ge par la notion da transformisme, et ce transformisme inévitable, son mécanisme nous échappe » (1).
f. IV. — COMMENT SE POSE AUJOURD'HUI LA QUESTION jé DU TRANSFORMISME ?
il faut noter que le système transformiste a lui-même évolué. De là l'intérêt qui s'attache à cette con : Comment se pose aujourd’hui
k (89) LE TRANSFORMISME" : POSITION ACTUELLE DE LA QUESTION 623
Actuellement les naturalistes sont presque tous transformistes. Mas |
la question du transformisme ? Pour y répondre, nous laisserons la
| ons à un géologue de profession, qui est en même temps familiarisé - avec la Théologie.
« Par rapport à ce que tenaient les initiateurs de la doctrine transfor- « miste, nos vues actuelles sur la nature découvrent une évolution biolo-
” pique : : 10 beaucoup plus compliquée dans son processus qu'on ne le | me d’abord ; 20 mais, en même temps, de plus en plus certaine dans son existence; 30 pourvu qu’elle soit comprise comme une relation très
Là | générale Fe dépendance et de continuité physiques entre formes orga-
“nisées (2). » C’est ce troisième point qu'il importe ici de mettre en.
Fi lumière. AU
« Depuis le plus petit détail jusqu’ aux plus vastes ensembles, notre
| ei ne peut être due qu’à un phénomène de croissance. Voilà. la
grande preuve du Transformisme et la mesure de ce que cette théorie a de définitivement acquis (). »
M «Ce qui fait le transformiste, qu’on se le dise bien, ce n’est pas
| d'être darwiniste ou lamarckiste, mécaniciste ou vitaliste, mono ou poly- … phylétiste. Ce n’est pas même de croire (si paradoxale que puisse paraitre cette affirmation) que les vivants descendent les uns des autres par géné-
inébranlable, une conviction qui n’a jamais cessé de grandir sous des
(1) G. BonNier, René Zeiller et la Paléontologie végétale, dans la REVUE HEBDOMADAIRE,
M Bisept. 1917, D..1177.
discussions de surface, c’est au fait d’une liaison physique entre les vivants. Les vivants se tiennent biologiquement. Ils se commandent organiquement dans leurs apparitions successives, de telle sorte que ni
“ration proprement dite Ce à quoi tiennent, tout à fait au fond, les ÿ naturalistes actuels, — ce à quoi ils $ Onde comme à une conviction
(2) PIERRE TEILHARD DU CHARDIN, Professeur de Géologie à l'Institut catholique de . je
2 Dr. II, p. 525. Pour le développement des deux premiers points, voir p. 525-539. - (5) P. TEILHARD, Comment se pose.…, Ibidem, p. 538-539.
“] Paris, Comment se pose aujourd’hui la question du Transformisme, dans ÉTUDES, 1921,
l’homme, ni le cheval, ni la première cellule, ne pouvaient apparaître
ni plus tôt ni plus tard qu'ils ne Pont fait. Par suite de cette connexion enregistrable entre formes vivantes, nous devons chercher et nous pous vons trouver un fondement matériel, c’est-à-dire une raison scientifique, de cet enchainement. Les accroissements successifs de la vie peuvent être l’objet d'une histoire. » Voilà la « foi » suffisante et néces= saire pour faire un transformiste. Tout le reste est dispute entre systèmes, ou bien encore passions étrangères, indûment mélangées à ‘une question: d'ordre scientifique. ‘ . « Réduit à cette essence ultime, compris comme la croyance en l’existence d’une connexion physique, expérimentale, entre les vivants (connexion de nature encore indéterminée), le transformisme apparait. comme extrêmement inoffensif et comme extrêmement fort. Il ne saurait, porter ombrage à aucune philosophie et, par ailleurs, il occupe une posi-. tion qui semble inexpugnable..….. Pour que le transformisme fût dansereux à la raison et à la foi, il faudrait qu’il prétendit rendre inutile l'action du Créateur, réduire le développement de la vie à une opération, purement immanente à la nature, prouver que « le plus peut sortir, par lui-même, du moins ». Trop d’évolutionnistes, en fait, ont commis. cette lourde méprise de prendre leur explication scientifique de la vie
pour une solution métaphysique du monde... Il est temps de laisser
définitivement de côté un problème aussi mal posé. Non, le transiormisme scientifique, à strictement parler, ne prouve rien pour ou contre Dieu. Il constate simplement le fait d’un enchaînement dans le réel.s
Il nous présente une anatomie, point du tout une raison dernière, de law vie. Il nous affirme : « Quelque chose s’est organisé, quelque choses
a crû. » Mais il est incapable de discerner les raisons ultimes de cette” croissance. Décider si le mouvement évolutif est intelligible en soi, ou”
s’il exige, de la part d’un premier Moteur, une création progressive eti continue, c’est une question qui ressort à la métaphysique...
«Il est assez facile de critiquer le transformisme. Comment se fait- il. qu’on ait tant de peine à trouver une solution qui permette de s en. passer ?.. Un seul moyen logique est donné aux non-transformistesM d'expliquer l'unité et l’enchainement de la vie : c’est d’admettre unes liaison zdéale des formes. C'est de soutenir que. la loi de succession desw vivants est toute concentrée dans une pensée créatrice qui dévelop-m perait en des points successifs, successivement posés, le dessin qu’elle a. conçu dans sa sagesse. Les formes vivantes, dans cette hypothèse, 4 s’appelleraient les unes les autres à l'existence uniquement en vertu d’un relais logique existant dans la pensée divine. Elles seraient des points cosmiquement indépendants les uns des autres par leur origine, mais disséminés harmonieusement sur un faisceau de courbes fic tives. ni