‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 594 sur 761 · L'ÉVOLUTIONNISME : EXPOSÉ · texte numérisé non relu

L'ÉVOLUTIONNISME : EXPOSÉ

beau nom de « naturalisme chrétien » (?). 117 "ES

l'unité, à la monère, atome éternel d’où tout ce qui existe est descend

D sa 4 = | PER Le < LA

théologien très averti, qui est aussi un vrai savant (1), a pu donner le]

Remarque : il ne faut pas confondre entre eux : PURES

jo Le Monisme de Hæckel : d’après lui, il existe dans la nature entière un grand processus évolutif, un, continu et éternel. Tous les phénomènes de la nature, sans exception, depuis le mouvement d corps célestes jusqu’à la croissance des plantes et à la conscience Le Jhomme, arrivent en vertu d'une seule et même loi de causalité. Bre tout est réductible à la mécanique des atomes. Cette conception mécani

du monde est appelée par Hæckel Monisme, parce qu’il ramène tou

par une série d’évolutions progressives. C’est une des formes de lÉvol jionnisme universel. — Nous exposerons (90) celle que Spencer a préconis 90 Le Transformisme de Lamarek ou Lamarekisme : ilexplique l'origine des espèces organiques par des transformations graduelles, de sorte qi tous les organismes complexes des végétaux et des animaux actue dérivent d’une seule forme primitive ou du moins d’un très petit nom ù de formes. C’est un cas particulier de l’évolution. Le Monisme a la pr tention de tout expliquer ; le‘ Transformisme se borne à expliquer développement de la vie. !

30 Le Transformisme de Darwin ou Darwinisme : DARwIN n’a pi imaginé le transformisme ; c’est l'œuvre de Lamarck ; mais il a con la Théorie de la sélection naturelle pour expliquer les transformati0 successives des êtres vivants et l’origine des espèces. ou 4 Le Lamarckisme et le Darwinisme sont des théories transformist spéciales aux disciples de Lamarck et de Darwin. Mais «le Transformisnil réduit à son essence ultime » implique simplement « la croyance \ l'existence d’une connexion physique expérimentale entre les vivan connexion de nature encore indéterminée » ($ IV). | 4

90. — $ V. L'ÉVOLUTIONNISME ©) S A EXPOSE DU SYSTÈME DE SPENCER, L'idée d'évolution, entendue dans un sens large, n’est pas nouvelle

(2) « Cet esprit de naturalisme chrétien à toujours été en honneur dans l'Église, et € n’est qu'aux époques de décadence qu'on à pu le voir faiblir dans une certaine mesux Sous le nom de naturalisme chrétien, j'entends exprimer la tendance à attribuer à l’actio naturelle des causes secondes tout ce que la raison et les données positives des nn d'observation ne défendent pas de leur accorder, et à ne recourir à une intervention spécia de Dieu, distincte des actes de son gouvernement général, qu'en Cas d’absolue nécessité: (H. ne DorLonot, Le Darwinisme.…, Ir° Partie; p:149). "

(2?) P. TEILHARD DU CHARDIN, Comment se pose..., Ibidem, p. 540-544. ET

(3) L. Rowre. Doctrines et problèmes, Ch. 111. — A. LALANDE, La dissolution 0pp0s à l’évolution dans Les sciences physiques et morales. — J. HALLEUX, L'Evolutionnisme 4 morale. — G. Ricxar», L'idée d'Evolution dans la nature et dans l’histoire. 18

sg > 4

L'ÉVOLUTIONNISME : EXPOSÉ A NOT Les physiciens d’Ionie expliquaient Punivers par les transformations. Suecessives d’un élément primitif. Les Péripatéticiens, les Stoïciens, 1 Alexandrins sont plus ou moins évolutionnistes. Un grand nombre. de philosophes et de savants modernes ont repris cette conception. Bacon, Pascal, Leibniz y ont recours. A la fin du xvine siècle, Turgot èt Condorcet se firent les défenseurs de l'idée de progrès, voisine de telle d'évolution. La théorie de Laplace, la philosophie de Comte, le

transformisme de Lamarck et de Darwin, tout pénétrés de l’idée d’évolution, préparèrent les voies à lévolutionnisme universel de Hæckel : 2 de Spencer.

… L'œuvre de Herbert Spencer est donc une vaste synthèse, où sont venues se fondre certaines idées qui avaient déjà cours dans la philosophie et dans la science. Spencer voulut constituer une philosophie :

scientifique. Pour Laplace, l’évolution est la loi de la formation originelle de notre monde planétaire ; pour Lamarck et Darwin, elle est la loi de ” nature vivante ; pour Spencer, elle est la loi de toutes choses : en vertu s seules forces mécaniques, groupant ou dispersant des atomes inertes eux-mêmes, tout s'explique, depuis les mouvements stellaires et la ite d’une pierre jusqu’à la croissance des végétaux, la conscience de: iomme êt l’organisation sociale. Matière, vie, pensée, individu et ociété, tout évolue, … L'évolution c’est le passage de lhomogène à l’hétérogène, du simple: ‘complexe, par des différenciations et des intégrations successives. A) — Monde primitif : à l’origine l’univers était une masse confuse, 10tique, où toutes les parties étaient homogènes. Peu à peu, par suite. étions inconnues, cette masse\s’est divisée en plusieurs parties qui t commencé à se différencier. Le monde est alors devenu hétérogène, mposé d'éléments divers. Mais, en même temps qu'ils se diversifiaient, Ces éléments apprenaient peu à peu à se coordonner entre eux. Ainsi, dla confusion primitive se substituait une organisation rudimentaire. 2 monde allait done de l’homogénéité confuse à lPhétérogénéité coordonnée, « c'est-à-dire devenait à la fois plus multiple et plus un ». “ B) — Minéraux : la masse primitive a’ainsi formé des nébuleuses, quielles-mêmes en se dissolvant ont produit les astres. La théorie de place est une première application de la loi d'évolution. La nébuleuse mitive, qui occupait tout l’espace où se meut aujourd’hui notre Système solaire, s’est condensée et différenciée jusqu’à ce qu’elle ait. nné naissance à ce système, composé d’astres distincts, mais solidaires uns des autres. La Zerre est un de ces astres. D’abord en ignition, elle. refroidie peu à peu et en se refroidissant se divisa ; par suite de S refroidissements progressifs se formérent les différentes couches nierrain, la variété des minéraux, les continents, les mers et tous les nomenes physiques. |

628 | L'ÉVOLUTIONNISME : EXPOSÉ | Au.

C) — Végétaux et Animaux : les minéraux se modifièrent et 5e compliquèrent sous l'influence de combinaisons chimiques, jusqu'à c qu’un jour une action chimique plus complexe fit jaillir la vie sous Ia forme rudimentaire du protoplasma. Ce protoplasma primitif ne contient aucun élément qui ne soit dans la matière brute : toute la différence est, dans une plus grande complexité. Il grandit peu à peu, puis se divisas Mais les cellules, formées par la division d’une même cellule-mèn s’associèrent : le protoplasma simple et diffus donna ainsi naissance à corps composé, c’est-à-dire aux cellules unies par le double progr dans la multiplicité et dans l'unité. Il y a toujours différenciation eb intégration : plus grande est la diversité des éléments composants, ph frappante est l’unité qui les coordonne. C’est ainsi que se formèrent les pégétaux et les animaux. Une fois formés, ils se développèrent de la même façon, en accroissant leurs membres et en les coordonnant en v de l'entretien de l'existence commune. Pour assurer leur existence, © organismes durent lutter entre eux, car la quantité d’aliments répand sur la surface de la terre est insuffisante à nourrir tous ses habitants: Il faut done qu’un certain nombre périssent pour que le reste survivé Ceux-là subsisteront qui auront le plus d'avantages dans la lutte pour la vie. Ces avantages sont de deux sortes ; les uns sont transmis à l'être par les organismes de ses ancêtres : ils constituent pour lui des caractères héréditaires ou innés ; les autres sont acquis par lui-même au cours di son existence ; car, pour vivre, il est obligé de s'adapter à son milieu or, pour s'adapter, il doit souvent se modifier. L'adaptation et l’hérédité sont les deux grands facteurs de l’évolution des êtres vivants. Ceux qu ont les caractères héréditaires les plus parfaits ou qui ont su le mie s’adapter, survivent seuls, comme si la nature les avait choisis : c’est sélection naturelle des meilleurs, c’est le résultat de la lutte pour la vie (8% $ II, A, B). Et comme, pour vaincre ses rivaux, il faut que l’être se pers fectionne sans cesse, on conçoit la continuité du progrès chez les êtr vivants. L'apparition du système nerveux marque une phase impoñ tante de l’évolution, car le système nerveux domine les autres organes centralise leurs efforts, et c’est par son perfectionnement que s’est fall surtout le progrès de l’animalité. | AR D) — Hommes : à une époque préhistorique, après des essais mnon brables, l'humanité est issue de l’animalité. C’est un développemen extraordinaire du système nerveux qui a permis l’apparition des form les plus hautes de la pensée. Il en est de l’esprit de l’homme comme d formes organiques : il s’est compliqué et diversifié de plus en plus dans son évolution. La nature et la pensée humaine nous apparaissent main® tenant comme deux mécanismes qui s'accordent parfaitement ; mi

l'adaptation du cerveau humain et par conséquent de la pensée àn

nature est l’œuvre des siècles. Le procédé essentiel de cette évolutio

‘omme de l’évolution organique, c’est la sélection naturelle sous Paction je la concurrence vitale, puis l’hérédué, qui fixe les résultats acquis. (y à aussi lutte pour la vie entre les idées, et celles-là survivent au ‘onflit qui sont conformes aux rapports naturels des choses : tôt ou tard a vérité vaincra l'erreur.

… Cette loi de l’évolution se retrouve dans l’histoire de l'humanité ; ‘est elle qui régit toutes les formes de l’activité humaine :

“ 1° Activité sociale : à leur origine les sociétés forment des ensembles lomogènes d'individus qui ont mêmes facultés et mêmes fonctions : ‘hacun d'eux est guerrier, pêcheur, chasseur, constructeur. Le travail je divisa sans nuire à la solidarité sociale qui grandit avec l’hétérogénéité 3s fonctions. Les gouvernés se distinguèrent des gouvernants, et peu

aire.

…. 20 Activité scientifique et artistique : les premiers savants rêvaient ine science universelle, et l’art primitif enveloppait tous les arts. C’est

Prooressivement que se sont constitués des sciences particulières et des

arts distincts.

#30 Activité morale : étant donnée la vie de l’homme en société, il en fésulte que l’altruisme naît forcément de l'égoïsme. L'homme vivant à société remarqua que, s’il cherchait à faire le bonheur de ceux avec squels il vivait, il jouirait par contre-coup des émotions agréables des tres et que ceux-ci, par une réciprocité naturelle, chercheraient à faire m bonheur (Ps., 50, $ II, MoraLe, 27). Tout ce qui est connaissable, st-à-dire les phénomènes, est du domaine de la science et soumis à la

l'absolu ou de linconnaissable, dont nous ne savons qu’une chose : Wil est. La croyance à l’omniprésence de quelque chose qui passe l'intelligence n’a rien à redouter de la logique la plus inexorable ; Woilà une vérité de la plus grande certitude possible. Cette vérité, sur âquelle les religions s'accordent entre elles et avec la philosophie qui Ombat leurs dogmes particuliers, c’est que la puissance, dont l'univers

e là le nom d’Agnostieisme donné à la philosophie de Spencer. $ B. — CRITIQUE DE L'ÉVOLUTIONNISME

» 11 faut une cause pour expliquer : l’existence de cette masse nébulaire b chaotique, d’où seraient sorties toutes choses; — le mouvement

CPE | e . ( COMCAUAR nitial de cette masse ; — la direction de ce mouvement ; — l’apparition

er

(1) H. SPENCER, Les Premiers Principes, Part. I, Ch. 11, $ 14. Traduction CAZELLES, + 47-48, Paris, 1871. NL ME

à peu s'établit la séparation des pouvoirs, exécutif, législatif et judi-.

i d'évolution. Au-dessus de ce domaine il y en a un autre, c'est celui

est Ja manifestation, est pour nous complètement impénétrable (2).

vY

Page 1