LE CRÉATIONNISME : OBJECTIONS ET RÉPONSES
On doit donc dire que le but prochain de Dieu, en créant le monde, à été la félicité des créatures raisonnables. | | Mais, en communiquant sa bonté aux créatures, Dieu a dû se proposer, comme fin dernière, sa gloire extrinsèque. La gloire intrinsèque de Diet consiste dans la nécessaire complaisance que lui cause la vue de ses per: fections infinies, dont la possession le rend pleinement heureux. Sa gloire extrinsèque consiste en ce que ses perfections manifestées au a sont reconnues par les créatures raisonnables. L’ensemble des œuvres créées forme une splendide manifestation de la sagesse, de la bonté et de la puissance divines. Sans doute, Dieu n’était pas obligé de créer4 sans doute, la gloire de son nom publiée pas la création ne peut rien ajouter à sa félicité qui est absolument parfaite ; cependant, étant donné qu'il crée, il ne peut assigner à la création d’autre fin dernière que là manifestation de ses perfections, car, par le fait même qu’il crée, il man feste sa sagesse, sa bonté et sa puissance. Il doit vouloir par conséquent que les créatures raisonnables rendent témoignage à ses perfections écrites dans la moindre de ses œuvres ; autrement ces créatures r'aiSONs nables seraient indépendantes de lui, le seul indépendant. Cette nécessaire recherche de sa gloire extrinsèque n’implique d’ailleurs en Dieu ni amouf propre ni ambition. | Ur (4 En effet : a) cette gloire extrinsèque ne peut lui procurer re accroissement de bonheur ; — b) les créatures y trouvent leur avantage} car Dieu, en se proposant sa gloire, se propose aussi le bien des créatures: En exigeant des hommes qu’ils reconnaissent ses perfections et qu’ainsi ils le glorifient, Dieu leur impose un devoir qui leur est utile, is cette reconnaissance et cette glorification sont le moyen infaillible pouf eux d'atteindre leur fin dernière et partant leur propre félicité. Reste donc que Pacte créateur est essentiellement un acte d’amour désintéressé. un acte de bienveillance. ‘0 Conclusion. — Il résulte de ce qui précède que le concept de création
ne renferme aucune contradiction : la création est possible. En outre elle est, nous l’avons établi, la seule solution raisonnable du problème des rapports entre le fini et l'infini. C’est la raison elle-même qui nous l’impos@ comme une réalité nécessaire. Sans doute nous nous heurtons là à un mystère ; mais c’est le lot inévitable de l'intelligence humaine, dès qu’elle cherche à pénétrer la nature intime des êtres créés et, a fortiorts l'essence infinie de Dieu. « Car nous ne devons point trouver étrange qu'il ÿ ait en sa nature, qui est immense, et en ce qu’Il a fait, beaucoup: de choses qui surpassent la capacité de notre esprit (1). » En
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(*) DESCARTES, Les Principes de la Philosophie, Ire Partie, $ "25;
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SECTION II
La Providence.
“ La Providence, c’est l’action par laquelle Dieu conserve et gouverne:
Hé monde conformément à ses attributs ; c’est la manifestation dans le monde de la Bonté, de la Sagesse et de la Puissance de Dieu. La Prowi-
dence est rejetée par le fatalisme qui attribue tout à un destin inexorable Ou au hasard capricieux ; par le panthéisme qui ne reconnait pas d’attri- Fe . 4 . . . . .
buts moraux en Dieu; par Aristote qui soutient que Dieu ne saurait
tout en admettant la Création, nie la Providence : le monde une fois éréé par Dieu se conserve par ses propres forces et se gouverne par ses ropres lois. Voltaire et certains philosophes du x vire siècle étaient