MORALE ÉVOLUTIONNISTE DE SPENCER
A) Morale dite scientifique. — Les partisans de cette conception estiment qu’il ne faut pas établir des règles d'action en dehors de la constatation des faits et des données de la science. La Morale doit donc . être l'application technique des lois inflexibles que la Psychologie ét”. * la Sociologie ont déterminées. A ce prix, elle sera scientifique. «On n'ira pas, disent les partisans de la Morale scientifique, chercher ‘dans les traditions morales, dans les préjugés, des solutions imposées d'avance aux recherches scientifiques : on n’érigera pas en maximes impérativés les données confuses et suspectes de la conscience individuelle : on observera, du dehors, les lois générales du monde et de la vie ; et de ces lois on déduira celles qui, à leur escient ou à leur insu, régissent nécessairement la conduite des hommes. Herbert Spencer et Darwin nous offrent … ce dernier type de morale. C’est la morale traitée suivant la méthode . des sciences naturelles (2). » Durkheim nous présentera un autre type de Morale scientifique. tu
B) Morale Évolutionniste de Spencer (?) : FU.
I. Exposé : pour identifier l'intérêt particulier et l'intérêt général, S. Mill recourt à l'influence combinée de l'éducation et de l'opinion, # qui doivent associer ces deux idées dans l’esprit et les rendre indisso- | lubles. Spencer, trouvant ce moyen inefficace, invoque pour opérer cette conciliation une loi de la nature. C’est, d’après lui, une loi nécessaire et naturelle de l’évolution que les sentiments altruistes sortent peu à peu de l’égoisme et finissent par prédominer. L'élément primordial de la .
moralité c’est la poursuite instinctive du plaisir; mais l’expérience
montre à l’homme que le plaisir immédiat est souvent désavantageux ; 1 il diffère alors sa jouissance pour la rendre plus sûre et plus durable. # L'homme d’ailleurs est fait pour vivre en société ; afin de s'adapter . au milieu social et pour en bénéficier, il doit sacrifier certaines jouis- »
(*) ÉM. Bourroux, Questions de Morale et d'Education, pp. 41, 42-43, Paris, 1895.
(2) Ém. BouTroux, Questions …, P. 44. ñ C) H. SPENCER, Les bases de la Morale évolutionniste. — CARRAU, Etudes sur la théorie # de l’évolution, V° Étude. — Caro, Problèmes de morale sociale, Ch. vr, VII. — FOUILLÉE, :
Critique des Systèmes de Morale contemporains, L. I.
ce Joe MORALE ÉVOLUTIONNISTÉ DE SPENCER 59 sances personnelles. Il recherche d’abord le bonheur d'autrui, l'intérêt ï général pour les avantages qu'il lui procure. Peu à peu l'habitude finit » par rendre inconsciente cette fin intéressée ; alors l’homme poursuit le bonheur d'autrui sans retour égoïste : telle est l’origine des sentiments altruistes. Ils se consolident progressivement et sont transmis héréditairement. Aujourd’hui, il y a encore conflit entre les instincts égoistes et les tendances altruistes. La formule de la loi morale est présentement : « Vis pour toi et pour les autres. » C’est l’égoaltruisme. Mais, en vertu
même de la.loi nécessaire de l’évolution individuelle et le un Jour.
viendra où les tendances altruistes subsisteront seules ; alors tout conflit entre l'intérêt particulier et l'intérêt général aura disparu : ce sera le triomphe complet de l’altruisme, et la formule définitive sera : « Vis pour les autres. »
IL. — Critique : 10 La nature, d’après Spencer, est égoïste; s'il en est ainsi, il est impossible que, soumise à la loi fatale de l’évolution, elle devienne jamais désintéressée. En nous les tendances égoistes.
luttent contre les tendances altruistes. Les unes et les autres se valent
puisqu'elles sont également le résultat de la nécessité : alors pourquoi.
sacrifierait-on l’égoisme à l’altruisme ? Pour arracher l’homme à l’égoisme
et faire prévaloir l’altruisme, il faut un principe en dehors et au-dessus
de lintérêt général : 1l faut que la raison me montre que le bonheur général Pemporte sur le bonheur particulier. Mais ce point de vue
rationnel est interdit à l’utilitarisme, qui ne se place qu’au point de vue
de la sensibilité.
20 On ne peut faire sortir l’altruisme de l’égoisme (Ps. 50, $ IT). Aussi les morales de l'intérêt général restent-elles au fond égoiïstes. < 30 « Si le dernier mot de la morale scientifique ne se rencontre
Des
dans nombre de travaux récents où l’évolutionnisme et le darwinisme
morale n’est, à la lettré, que l'histoire naturelle de la moralité, sans aucun mélange d’ hypothèses érigées en règle impérative. Les sciences natu-
- relles recherchent les lois qui régissent la formation et les changements ss des divers êtres de la nature. Elles nous font voir, sans aucune idée . préconçcue, par quelles phases successives ils ont passé pour parvenir
. à leur état actuel. On applique purement et simplement cette méthode . dé recherche à l'étude de l’être moral. On montre comment nos sentife ments moraux, qui nous apparaissent comme simples et innés, sont, en réalité, dérivés et complexes ; et, tant par synthèse que par analyse. on cherche à les relier aux causes mécaniques de Punivers. - … & Dès lors, la méthode est absolument scientifique, et la morale - comme science est véritablement fondée.: Mais le résultat auquel on
fsont développés dans un sens scrupuleusement naturaliste. La vraie
n arrive est évident, et il est proclamé par le naturalisme lui-même : il n'y
pas encore dans le darwinisme proprement dit, nous le trouvons enfin,