‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 71 sur 761 · MORALE SOCIOLOGIQUE : EXPOSÉ DRE · texte numérisé non relu

MORALE SOCIOLOGIQUE : EXPOSÉ DRE

l’on interroge la conscience morale, on arrive à déterminer des points suivants « 19 Jamais, en fait, la qualification de moral wa été appliquée à un acte qui n’a pour objet que l'intérêt de l'individu, ou la perfection de l'individu entendue d’une façon/purement égoïste. 29 Si Pindividu que je suis ne constitue pas une fin ayant par elle-même un caractère - moral, il en est nécessairement de même des individus qui sont mes semblables et qui ne diffèrent de moi qu’en degrés soit en plus, soit en moins. 3° D’où l’on conclura que, s’il y a une morale, elle ne peut avoir pour objectif que le groupe formé par une pluralité d'individus associés, c’est-à-dire la société, sous condition toutefois que la société puisse être

considérée comme une personnalité qualitativement différente des person

nalités individuelles qui la composent. La morale commence donc là où commence l’attachement à un groupe quel qu'il soit (1).

Cela posé, on peut expliquer les caractéristiques du fait moral :

10 La société est bonne et désirable pour l'individu qui ne peut exister en dehors d’elle. Cependant comme elle est supérieure à limdividu, … celui-ci ne peut la désirer sans faire quelque violence à ses tendances | individualistes. |

20 Elle est une autorité morale qui communique à certains préceptes leur caractère obligatoire (2). « Une autorité morale, c’est une réalité” psychique, une conscience, mais plus haute et plus riche que la nôtre et dont nous sentons que la nôtre dépend. » Or « la société présente ce caractère, parce qu’elle est la source et le lieu de tous les biens intellectuels qui constituent la civilisation » (5). Ainsi considérée la société est autre chose que la simple somme des individualités qui la composent ; elle est transcendante par rapport aux individus. En effet, « s’il existe une morale, un système de devoirs et d'obligations, il faut que la société

soit une personne morale qualitativement distincte des personnes indi-

viduelles qu’elle comprend et de la synthèse desquels elle résulte. On remarquera l’analogie qu’il y a entre ce raisonnement et celui par lequel Kant démontre Dieu. Kant postule Dieu, parce que, sans cette hypothèse, la morale est inintelligible. Nous postulons une société spécifiquement distincte des individus, parce que, autrement, la morale est sans objet, le devoir sans point d’ attache. Toute cette argumentation peut, en définitive, se ramener à quelques termes très simples.

Elle revient à admettre que, au regard de l’opinion commune, la morale ne commence que quand commence le désintéressement, le dévouement. Mais le désintéressement n’a de sens que si le sujet auquel nous nous

subordonnons a une valeur plus haute que nous, individus. Or, dans le …

(1) (2) DURKHEIM, Détermination…, Ibidem, p. 115, Ctkp. 126436. (5) DURKHEIM, Discussion, Ibidem, p. 192. — Cf. Détermination.…, Ibidem, p. 132-133.

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