/ MORALE SOCIOLOGIQUE : EXPOSÉ
monde de l'expérience, je ne connais qu’un sujet qui possède une réalité morale plus riche, plus complexe que la nôtre, c’est la collectivité. Je me \ trompe, il en est un autre qui pourrait jouer le même rôle : c’est la * divinité. Entre Dieu et la société, il faut choisir: Je n’examinerai pas ici léS raisons, qui peuvent militer en faveur de l’une ou de l'autre solution qui sont toutes deux cohérentes. J'ajoute qu'à mon point de vue, ce choix me laisse assez indifférent, car je ne vois dans la divinité que la société transfigurée et pensée symboliquement ». (!). En conséquence, « les règles morales ne sont effectivement obligatoires que quand elles sont reconnues comme telles par l'opinion commune. Aucune démonstration théorique ne peut leur conférer ce caractère, qui ne peut leur venir que des sentiments conformes de tous » (?).
On a objecté à Durkheim que cette manière de concevoir la morale, | excluant la possibilité de la juger, asservit l'esprit à l'opinion régnante. En effet, si la morale est le produit de la collectivité, elle s'impose néces- : sairement à l'individu qui n’a qu’à l’accepter aveuglément, sans avoir.
le droït de s’insurger contre elle. $
Voici, en substance, la réponse donnée à cette objection.
La science des mœurs nous fournit les moyens de juger lopinion morale et de la redresser. Car la société, que la morale nous prescrit de vouloir, ce n’est. pas la société telle qu’elle s’apparaît à elle-même dans la conscience collective, mais la société telle qu’elle est réellement ou tend réellement à être. Or la conscience, que la société prend d’ellemême dans et par l’opinion, peut être inadéquate à la réalité sousjacente, à la véritable réalité sociale. Il peut arriver en effet, par suite
+ d'un trouble passager, que l’un ou l’autre des principes fondamentaux. . de la morale s’éclipse pour un temps de la conscience publique. Mais la science des mœurs est là, pour en appeler de cette conscience momenta- . nément troublée à ce qu’elle était antérieurement d’une façon permanente, opposer cette permanence à la crise passagère où le principe en » cause a sombré, et, faisant ressortir l'harmonie de ce principe avec. telle condition essentielle de l’organisation sociale actuelle, prouver que … sa éconnaissance prolongée compromettrait l'existence de la société. | peut arriver-aussi qu’à côté de la morale consacrée par la tradition . surgissent des tendances divergentes. La science des mœurs permet de juger ces morales opposées : elle montrera, par exemple, que la morale … traditionnelle est une survivance accidentelle qui ne correspond plus à l'état présent de la société, tandis que les aspirations nouvelles sharmomisent au contraire avec les changements survenus. | Il est donc des cas où il est loisible de juger l'opinion morale courante
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(1) DuRKHEIM, Détermination.…, Ibidem, p. 128- 129. (2) DURKHEIM, Discussion, Ibidem, D. de
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et même où l’on peut se croire obligé de la combattre, non seulement * ‘par des paroles, mais par des actes, c’est-à-dire en n’y conformant plus : sa conduite. : | pe Ho Mais on doit maintenir que jamais il ne peut être voulu d’autre morale :
que celle qui est réclamée par l’état social du temps. V ouloir une autre morale que celle qui est impliquée dans la nature de la société, c'est
nier celle-ci et, par suite, se nier soi-même. Or nous avons raison de À wouloir vivre (1). 4 ë ml ?