CRE LA SOLIDARITÉ, PRINCIPE DE LA MORALE
Étant frappés de la place considérable qu’occupe la solidarité dans le monde, quelques philosophes Contemporains (1!) veulent la donner | pour base à la morale sociale. En effet, disentils ch, Fe
1. — La solidarité est une loi fondamentale qui régit l'humanité entière ; or le devoir nous oblige à obéir aux lois ; 11 faut donc regarder
les autres hommes comme les parties d’un même tout ; 1l faut faire tous nos efforts pour les aider, comme il arrive dans un corps bien constitué, où chaque organe concourt au bien de l’ensemble et des divers éléments qui le composent. « Tout pour chacun : ‘chacun pour tous. » Voilà la règle de la solidarité sociale.
Critique : 1° Sans doute, la solidarité est une loi naturelle et fatale, mais ce n’est pas une loi morale. Les solidaristes ont érigé un fait universel en règle obligatoire pour la volonté, prétendant fonder une morale scientifique sur une donnée positive. De quel droit ? C’est par le progrès que l’homme se dégage des conditions imparfaites d'existence auxquelles il est assujetti par la nature. « Nous étions liés à la terre, attachés au sol par la pesanteur, et nous avons construit des ballons qui, demain peut-être, nous permettront de franchir à volonté l’espace à travers les airs, etc. (*). » L'homme ne se sent donc aucunement obligé par cela même qu’il se sent dépendant d’une loi naturelle, puisque tout l'effort de la science consiste à Paffranchir des ‘sSujétions incommodes de la nature, et que la conscience applaudit à tout succès dans . ce sens. L'existence d’une loi naturelle de solidarité ne peut done suffire -à fonder nos devoirs envers les autres.
. 2° Elle le peut d’autant moins qu'il y à une solidarité dans le mal . Comme dans le bien : « Les vices des parents forment le milieu moral ‘où grandit l'enfant, aussi bien que leurs vertus (?). » « Il s’en faut que tous les effets de la solidarité naturelle soient également bons, salutaires et justes. C’est la solidarité naturelle qui engendre les maladies et les vices héréditaires, l'élimination des faibles et la survivance des forts, abstraction faite de leur valeur morale. (£) » La solidarité n’a done pas Par elle-même un caractère de moralité et de justice. Il est même des cas où l’on doit réagir contre les conséquences fâcheuses de la solidarité
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A) CI. Essai d’une Philosophie de La Solidarité, Conférences et Discussions présidées par L. Bourézois et A. CroisEt, Paris, 1902.
(Ve BCE FONSEGRIVE, Solidarité, pitié, Charité, p. 15. Paris, 19045.
(*) DARLU, Solidarité et Morale personnelle, dans l’Essai d'une Philosophie de la Solidarité, D: 195: ‘ (+) Ex. BourrRoux, Rôle de l’idée de Solidarité, dans l’Essai d’une philosophie de la Solidarité, p. 277.