‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 99 sur 761 · II. — CRITIQUE · texte numérisé non relu

II. — CRITIQUE

| Ce que Smith nous prescrit de rechercher c’est la sympathie des autres, leur approbation, leur estime ; la règle qu’il propose, c’est en | itive le respect humain. Maïs :

| 1: — Cette règle est variable, capricieuse, comme la sensibilité d’où elle procède. Dans un entourage sain, le souci de l’estime d'autrui, le | sentiment de l'honneur pourra empêcher bien des fautes. Mais, dans un | milieu malsain, les actions flétries par la conscience provoquent seules | la sympathie ; faudra- t-1l nous mettre à l'unisson ?

| ‘f (1) Jourrroy, Droit naturel, XVI° Leçon, T. I, p. 500, Paris, 18432,

ses tendances par l’avis d’un spectateur impartial. Cette impartialité”

84 | MORALE DE L'HONNEUR | @) IL Une action ne saurait être obligatoire par le: me même qu *elle* est sympathique : la sympathie est un phénomène de sensibilité, qui. dépend de conditions variées ; elle est relative, elle ne. saurait done être un impératif catégorique. À III. — La sympathie et l’antipathie constituent si peu un principe | d’action morale, que nous devons en faire souvent abstraetion pour juger et agir honnêtement. Et après l’action la conscience morale protestes contre les applaudissements du dehors, si l’action a été mauvaise, comme elle méprise les condamnations antipathiques de la foule, si’ elle a été bonne. Ainsi fit Socrate et il fit bien. à IV. — La sympathie, loin de fonder le jugement d'approbation, le suppose et en découle. La conscience nous atteste en effet que c’est. un jugement antérieur sur la valeur morale des actes, Riu rade la, sympathie ou lantipathie. | | V. — D'après Smith, nous ne nous jugeons nous-mêmes qu’ après. avoir jugé les autres ; la conscience d'autrui devient pour nous un, miroir Où nous apprenons à voir la moralité de nos actes. C'est là une | assertion fausse :

a) Psychologiquement, car nous ne connaissons l'âme de nos s sem-| blables que par la nôtre (Loc. 98,:$-B). | 4 b) Moralement, car il s ”ensuivrait que l’homme; vivant en | dehori de la société, n’aurait aucune notion du bien et du mal, ni conséquemment aucun devoir, puisque tout cela résulte de la sympathie qui est un, sentiment aliruiste. ; 4 Conclusion : la morale de la sympathie aboutit à une contra dietion. Après nous avoir recommandé de suivre les mouvements de la sympathie, Smith finit par nous dire de nous en défier et de contrôler.

implique précisément l’absence de toute sympathie et de toute antipathie. Faire appel au spectateur impartial, c’est donc récuser la valeur de la sensibilité en matière de moralité, et recourir par un biais au juge. ment de la conscience morale, à la raison pratique. à A

Page 1