II. — AVEC LA LOGIQUE
A) — Ressemblances : 1° La logique et la morale sont toutes deux à la fois science et art. Ce sont des sciences pratiques, normatives : elles ont même marche et même méthode.
2° Toutes deux présupposent l'étude de la Psychologie, car elles ont besoin de connaître les facultés qu'elles doivent diriger.
30 Elles ont mêmes divisions : a) c'est d'abord une partie formelle, où la logique étudie les lois de la pensée en général, sans se préoccuper de son contenu, et la morale, les conditions et les conséquences du devoir en général, sans tenir compte de sa matière ; — b) ensuite une partie matérielle, où la logique adapte aux divers groupes de sciences les lois de la pensée, de manière à constituer leurs méthodes particulières. De même la morale applique les principes préalablement établis aux diverses catégories de devoirs.
B) — Différences : 1° Les conclusions logiques s'imposent à l'esprit par Vévidence : ce sont des vérités à énoncer ; les conclusions morales s'imposent de même à l'intelligence par leur clarté, mais aussi à la volonté par leur autorité impérative : ce sont des préceptes à pratiquer. C'est qu'en effet l'art enseigné par la morale n'est pas facultatif comme l'étude des sciences dont s'occupe la logique.
2° L'intelligence étant une faculté fatale et la volonté une faculté libre, il en résulte que la logique et la morale abordent des questions d'un caractère tout opposé.
C) — Services mutuels : l» La volonté, étant une faculté d'un être intelligent, a besoin de la logique, car, pour marcher droit vers le bien, vers le but, la première condition c'est de le voir clairement (Ps. 195).
2° La morale est, en revanche, d'un grand secours pour la logique, car la ])riiicipale cause d'erreurs, quoique indirecte, c'est la volonté influencée par les passions (Log. 124, § C). C'est pourquoi l'on peut dire avec Bacon : llluminationis puritas et arbitrii lihertas simul incœ-
perunt, simul corruerunt. Neqiie datur in universitate rerum tant intima sympathia quant illa veri et boni (^).
La difficile question des rapports de la morale et de la métaphysique a reçu trois réponses :
!« La morale est le fondement de la métaphysique : c'est la doctrine de Kant.
2° La morale n'a aucune relation avec la métaphysique : c'est l'opinion des moralistes indépendants.
30 La morale a d'étroits rapports avec la métaphysique : c'est la doctrine des principaux philosophes jusqu'à Kant.