C. — CRITÉRIUM DU BIEN ET DU MAL
I. — Vrai fondement de la distinction du bien et du mal (^) : le devoir c'est Fobligatiun de faire le bien. Le bien, c'est ce qui convient à la nature d'un être, ce qui, par conséquent, le perfectionne. Si l'on considère le bien en soi ou idéal moral par rapport à l'homme, on l'appelle Fhonnête et on le définit : Ce qui convient à la nature raisonnable, ce qui perfectionne Vhomme. Le mal, c'est ce qui ne convient pas à la nature raisonnable de l'homme ; c'est le manque d'une perfection qui devrait
( ') On demandera sans doute quel est le critérium qui nous permet de mesurer la perfection relative des diverses facultés. Ce critérium, nous l'empruntonsàsaint Thomas et à Leibniz. La valeur se ii|esure à la quantité d'être, au degré d'activité exercée : In tanlum est (lulem per/eclum unumquodque, in quantum est in actu (S. Thomas, Summa theologica, I" P., 0- V, Art. 1.— Cf. Leibniz, Opère cit.). Ainsi la plante qui vit vaut mieux que la pierre, qui ne vit pas.; l'animal qui vit et sent vaut mieux que la pierre qui ne vit pas et que la plante qui ne sent pas ; l'homme leur est supérieur parce qu'il vit, sent et raisonne. Dieu est au sommet de la perfection parce qu'il a la plénitude de l'ôtre (Ps. 13). Même gradation entre les diverses qualités d'un même être. Dans l'homme l'intelligence et la volonté l'emportent sur les facultés sensibles, parce qu'elles représentent plus d'être ; leur activité est moins mélangée de passivité (Ps. 14). Les fonctions des facultés sensibles étant moins importantes, ces facultés se rapportent aux facultés spirituelles (raison et volonté) comme des moyens à leur nn ; c'est pour cela qu'on les appelle inférieures et subordonnées.
( ') P. Janet emploie le mot excellence comme synonyme de perfection (La morale, L. I, Ch. m.)
( *) JouFFROY, Mélanges philosophiques : Du bien et du mal. — S. Thomas, Summa Iheol., I» P., Q. V. — Suakez, Disputationes Metaphy^icae, Disp. X. — Pallavicini, Del bene. — Palmieiu, Ontologia, Thés. xi.
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être présente : Carentia perjeclionis débitée. Toute action conforme à la nature raisonnable de l'homme est bonne ; toute action, qui lui est contraire, est mauvaise. La convenance ou la disconvenance avec la nature raisontiable, tel est donc le principe de la distinction du bien et du mal. C'est là le fondement i'mmérfm/; mais le fondement dernier, c'est Vessence même de Dieu, sur laquelle repose l'ordre essentiel des choses (18).
II. — Fondement faux : Volonté arbitraire de Dieu. — Duns ScoT, Guillaume d'Occam, Descartes, Crusius faisant dépendre l'essence des choses de la volonté arbitraire de Dieu, ont fait logiquement dépendre de cette même volonté la nature du bien et du mal. Le bien est bien parce que Dieu le veut ; il aurait pu, s'il l'avait voulu, faire que ce qui est bien fût mal et que ce qui est mal fût bien. Dieu ne commande donc pas une chose parce qu'elle est bonne en soi ; mais elle est bonne parce que Dieu la commande.
Réponse : s'il n'existe aucun bien en soi, logiquement antérieur à la volonté divine et lui servant de règle, cette volonté est dépourvue de raison, arbitraire et par suite contraire à la sagesse même de Dieu. A moins donc de supprimer la sagesse divine, il faut reconnaître que, si Dieu commande ou défend une action, ce commandement ou cette défense ont leur raison d'être dans la bonté ou la malice intrinsèque de l'acte, dans l'essence des choses, que l'intelligence de Dieu conçoit, mais qui ne dépend pas de sa volonté, parce que l'essence des choses est une imitation plus ou moins parfaite de l'essence de Dieu qui est immuable. Il existe donc un bien en soi, antérieur à la volonté divine.
Remarque : s'il s'agit non de choses intrinsèquement bonnes ou mauvaises, mais de choses indifférentes en soi, c'est-à-dire sans rapport essentiel avec le souverain bien, il est vrai alors de dire que tel acte sera bon parce que Dieu le commande, mauvais parce qu'il le défend. Cette remarque vaut également pour les lois positives humaines : Bonum quia imperatum ; malum quia prohibitum.