‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 100 sur 604 · B. — ANALYSE DE L'IDÉE DE PERFECTION · texte numérisé non relu

B. — ANALYSE DE L'IDÉE DE PERFECTION

On peut aller plus loin en faisant l'analyse de l'idée de perfection relative à l'homme. D'après Leibniz (2), l'idée de perfection se résout en deux autres : l'idée d'être, c'est-à-dire d'activité aussi grande que possible, puisque être c'est agir ; — l'idée d'ordre, d'harmonie. Essayons de le montrer en l'appliquant à l'homme et à ses facultés.

Toute faculté est une tendance vers un bien déterminé pour lequel elle est faite et qui lui manque. Si la nature humaine se réduisait à une seule faculté, son bien absolu s'identifierait avec le bien de cette faculté ; en tendant vers ce bien elle réaliserait le maximum de développement de son être et le maximum de bonheur qui en est la conséquence nécessaire. Mais la nature humaine est complexe : elle comprend tout un ensemble de facultés et ces facultés sont de valeur inégale. Son bien absolu, sa perfection, résultera d'abord du déploiement de toutes ses facultés : c'est l'élément de puissance et d'intégrité. Il résultera ensuite d'un déploiement harmonieux, c'est-à-dire proportionné à la valeur de chaqu3 faculté : c'est l'élément d'ordre.

La nature humaine est un tout, dont les divers éléments constituent un système de tendances unies et ordonnées hiérarchiquement, qui concourent aux fins de l'ensemble. La perfection de l'homme, son souverain bien, consistera donc dans un développement iiarmonieux de toutes ses facultés se déployant en concours et en ordre. Cette harmonie découle de la subordination des fonctions inférieures de la vie végétative

(M Cf. Malebranche, Traité de morale. Partie I, Ch. i.

(*) Leibniz, Von der Glûckseligkeil (De la béatitude). « La perfection est plénitude, force et aussi ordre... La perfection est une sorte d'élévation, d'exhaussement de l'être ; en d'autres termes, c'est un degré éminent de l'être ou de la force ; perfection ou excellence c'est tout un. Et plus haute est l'activité ou plus grande la force, plus haut et plus libre est l'être. Mais puisque la force est d'autant plus grande qu'une plus grande pluralité sort de l'unité ou s'y ramène, étant régie par elle ou trouvant en elle son principe intime, et que cette unité dans la pluralité c'est l'harmonie, voilà que la perfection est harmonie, et l'harmonie produit la beauté, laquelle engendre l'amour. ■> (Cité pat Ollé-Laprune, Essai sur la morale d'Aristote, Ch. vu, p. 210, Paris, 1881).

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et sensitive aux fonctions supérieures de la vie spirituelle, de la vie raisonnable et libre (^). Mais l'homme ne vit pas isolé. Il faut encore que le développement de notre personnalité se fasse, non pas au détriment, mais à l'avantage des autres personnalités dont la valeur est égale à la nôtre. Le souverain bien de l'homme, sa perfection, consiste donc, en dernière analyse, dans l'épanouissement intégral et ordonné de toutes ses facultés, qui n'a de limite que le respect des autres personnalités. C'est en réalisant cette fin que notre activité atteindra la perfection dont elle est capable : la vertu ou habitude de faire le bien, qui est l'accroissement de notre être moral, et le bonheur ou satisfaction complète et harmonieuse de toutes nos tendances, qui est la conséquence et la récompense du bien pratiqué.

Conclusion : bref, la perfection de l'homme consiste dans le développement complet et harmonieux de toutes ses facultés, subordonné à la faculté caractéristique de l'homme, à la raison. C'est pourquoi ces formules : Obéir à la raison. Suivre V ordre. Ressembler à Dieu. Aimer Dieu, qui prescrit cette obéissance et cette observation (46, § B), sont au fond des formules équivalentes de la loi morale (-).

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