A. — EXISTENCE DES DEVOIRS PERSONNELS
L'homme a des devoirs envers soi-même. En effet :
I. — Admettre des devoirs envers les autres, c'est admettre du même coup qu'on a des devoirs envers soi. Ces deux sortes de devoirs sont logiquement inséparables. Il nous est impossible d'être justes et charitables à l'égard des autres, si nous sommes avares, emportés, paresseux, violents, intempérants, etc. ; car si nous ne savons pas maîtriser les tendances inférieures de notre nature, nous serons amenés, pour les satisfaire, à mépriser les droits de nos semblables.
II. — L'homme vit en société ; pour que celle-ci soit aussi prospère que possible, chaque citoyen doit faire effort pour se perfectionner. Celui qui ne travaille pas à son perfectionnement manque donc à ses devoirs envers la société. Sans doute il cherche à s'excuser en disant qu'il ne fait de tort qu'à lui-même. C'est une illusion : la solidarité qui unit les membres du corps social est si étroite que le bien et le mal faits par les uns rejaillissent sur les autres.
III. — D'ailleurs, quand même l'homme vivrait isolé, il n'en aurait
( ') Cf. C. Martha, Les moralistes sous l'empire romain. — Fr. Bouillier, Questions de morale pratique. — John Stuart Blackie, L'éducation de soi-même. — Épictète, Entretiens. Manuel. — Marc-Aurèle, Pensées. — L'imitation de Jésus-Christ. — Ed.-R. Clay, L'alternative, L. IV. — Nicole, Essais de morale. — M. B. Institutes du droit naturel, L. VI.