‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 160 sur 604 · B. — FONDEMENT DES DEVOIRS PERSONNELS · texte numérisé non relu

B. — FONDEMENT DES DEVOIRS PERSONNELS

On a diversement répondu à cette seconde question :

A) Kant considère le principe de la dignité personnelle ; « Agis do telle sorte que tu traites toujours l'humanité, en toi et dans les autres, non comme un moyen, mais comme une fin, » comme runique fondement de la morale individuelle et même de toute la morale.

D'autres lui assignent un double fondement :

1° La dignité de la personne humaine, que nous devons respecter on nous-mêmes et dans les autres. De là se déduisent les devoirs négatifs envers soi-même, qui correspondent aux devoirs de justice envers les autres : vg. ne te tue pas ; ne tue pas.

2° La perfectibilité de la nature humaine, que nous devons développer en nous-mêmes et pour le bien social : de la les devoirs positifs envers soi-même, qui correspondent aux devoirs de charité envers autrui : vg. soigne ta santé ; sois charitable.

Avec Kant on peut ramener le second principe au premier, en soutenant que la perfectibilité de la nature humaine n'est qu'un aspect de sa dignité. Par cela môme que l'homme possède la raison, il s'élève au-dessus des autres êtres de la création. La personne humaine possède une dignité supérieure à tout, puisqu'il est impossible de trouver un bien qui lui soit préférable et auquel il faille la subordonner. Qui accepterait toutes les richesses et tous les plaisirs imaginables à la condition de perdre la raison ? L'homme ne peut donc rien mettre au-dessus de sa 'personnalité ; mais il doit lui sacrifier tout le reste. S'il veut rester dans l'ordre, il lui est interdit de la considérer comme un simple moyen ; il faut qu'il la prenne sans cesse pour but et la traite toujours comme une fin. La maxime de Kant : « Agis, etc. » revient à dire à l'homme : « Etre raisonnable, sois toujours raisonnable. » Celui qui met le bien sensible au-dessus du bien rationnel et sacrifie sa personnalité à quelque satisfaction matériello, abdique sa dignité d'homme, déchoit au rang des êtres inférieurs et se fait simple chose. Le bien n'est donc pas distinct de nous ; c'est ce qui est conforme à notre nature raisonnable, c'est le développement de la personnalité ; ou plutôt c'est la personnaUté même. Ne rien faire qui compromette en nous la dignité de la personne, nous efforcer d'autre ])art de l'accroître en devenant chaque jour plus raisonnables ; voilà le principe de tous nos devoirs personnels.

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