‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 161 sur 604 · EXISTENCE ET FONDEMENT DES DEVOIRS PERSONNELS · texte numérisé non relu

EXISTENCE ET FONDEMENT DES DEVOIRS PERSONNELS

On objecte à cette théorie que personne ne peut s'obliger soi-même. Kant répond par une distinction (Ps. 207, § B, III). Ildédouble la personnalité : il y a d'un côté la personne de l'homme-phénomène, la personne empirique, imparfaite, soumise aux entraînements de la sensibilité et à la tyrannie des passions qui troublent la raison ; d'autre part, il y a la personne de l'homme-noumène, la personne intelligible, parfaite, afîranchie de tout esclavage et guidée par une raison toujours droite. C'est la personne empirique qui est liée envers la personne parfaite : chacun de nous, personne imparfaite, doit tendre à la personnalité idéale en devenant de plus en plus libre et raisonnable.

B) D'autres philosophes soutiennent avec raison que le principe de la dignité humaine n'est que le fondement prochain des devoirs de l'homme envers lui-même. Le fondement dernier et véritable ce sont les droits souverains de Dieu sur l'homme. L'homme est obligé de respecter et de développer sa nature, sa personnalité, parce que Dieu en commande le respect et en veut le perfectionnement (46, B) ; et Dieu impose à l'homme cette obligation, parce qu'elle est conforme à l'ordre essentiel des choses (^). De la sorte tout s'éclaire : l'homme ne s'oblige pas lui-même, mais c'est Dieu qui l'oblige. Nous ne sommes plus en présence d'une abstraction, comme dans la théorie précédente, où c'est la personne idéale qui oblige la personne empirique; nous sommes en face d'un supérieur vivant, de l'Etre infiniment parfait. Si l'on prend pour base unique de la morale personnelle la dignité humaine, en excluant l'intervention de Dieu, on ne saurait établir aucun devoir, mais de simples règles de convenance. La loi de l'honneur et de la dignité, abstraction faite de l'autorité divine, revient à dire : Si l'homme veut pratiquer le bien, il doit agir comme il convient à sa nature raisonnable. Mais ce n'est là (ju'un impératif hypothétique. 11 ne peut y avoir d'impératif catégorique qu'en face d'une autorité supérieure qui, de par son droit souverain et indiscutable, impose sa volonté. On ne saurait être obligé par ses l'gaux, ni par soi-même, parce qu'on n'est pas supérieur à soi-même ; on ne saurait l'être davantage par un idéal abstrait, parce que l'homme est une réalité vivante. Dieu seul a donc l'autorité suffisante pour imposer une obligation absolue. En dehors de Lui, la morale indépendante en est réduite à des règles de convenance et aboutit à des maximes immorales comme celle-ci : « Une belle pensée, dit Renan, vaut une belle action...; une vie de science vaut une vie de vertu (-). »

(M E. Beaussire, Les principesi de la morale, L. IV, Cli. ii. (-) Renan, L'avenir de la science, § I, p. 11, Paris, 1890'.

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