C. — COMPARAISON
I. — Différences : 1° La justice repose sur YégaUté morale des personnes, la charité sur la communauté de nature.
2'^ La justice consiste dans le respect des droits, la charité dans ïamour des autres. Ce qui nous frappe surtout dans la pratique de la justice, c'est l'inviolabilité de nos semblables : les droits de leur personne s'offrent à nous comme une limite infranchissable à notre liberté. Dans la pratique de la charité, nous voyons dans les autres d'autres nous-mêmes ; par elle nous sortons de notre égoïsme et nous travaillons à rendre les autres meilleurs. C'est ce don libre et gratuit de soi qui fait la beauté de la charité (^).
3° Les devoirs de justice sont pour la plupart négatifs et déterminés ; ils obligent partout et toujours. Les devoirs de charité sont presque tous positifs et indéterminés ; ils n'obligent pas à chaque instant.
40) Les devoirs de justice sont exigibles par la force, parce que des droits stricts leur correspondent dans autrui. — Les devoirs de charité ne sont pas exigibles (53, § B) ; ce n'est pas le droit des malheureux qui nous oblige à les secourir, car ce droit n'existe pas ; c'est le droit de Dieu sur tous les biens créés qui oblige ceux qui les possèdent à en faire part aux nécessiteux (68, § E).
IL — Rapports : ce sont deux vertus qui se complètent admirablement :
10 11 n'y a pas de vraie Justice sans charité : comment respecter ceux qu'on n'aime pas ? Celui qui condamne sans pitié tout écart hors de la voie du bien, celui qui va impérieusement fusqu'au bout de son droit, n'est pas le juste tel que la conscience le conçoit. La justice stricte doit être tempérée par V équité ; autrement, elle devient pratiquement l'injustice (Cf. supra, § A).
2° Il n'y a pas non plus de véritable charité sans justice :
a) Avant d'être charitable, il faut être juste. Que dire de celui qui volerait pour faire l'aumône ?
b) L'exercice de la charité, pour être équitable, exige une certaine justice : il doit y avoir une hiérarchie entre les devoirs de charité. Il faut faire passer d'abord sa famille, car c'est ce que nous avons de plus proche, puis ses amis, ensuite ses concitoyens, enfin les étrangers.
c) Si les autres n'ont pas le droit d'exiger de moi la charité, je n'ai pas non plus le droit d'imposer ma charité aux autres. La charité doit s'exercer et être reçue librement : autrement, on pratiquerait la charité aux dépens de la justice.
(M Cousin, Du vrai, du beau et du bien, XV» Leçon, p. 386-387, Paris, 1867".
166 DEVOIRS RELATIFS A LA -VIE d'aUTRUI (66)