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LE SERVICE MILITAIRE

Outre le devoir général d'obéir aux lois et de respecter les magistrats^ le citoyen a encore des devoirs particuliers, vg. payer l'impôt du sanj et l'impôt de l'argent. C'est par le service militaire qu'on s'acquitte du premier.

A) Fondement de ce devoir. — La société a le droit d'atteindre paisiblement sa fin et, conséquemment, de se défendre contre ses ennemis du dedans et du dehors. Pour réprimer les troubles intérieurs et faire face aux guerres extérieures, elle ne dispose que des citoyens qui la composent. C'est donc pour eux un devoir strict, une dette sacrée de défendre, au péril même de leur vie, cette société dont ils sont membres et à laquelle ils sont redevables de tant d'avantages. Mais, pour remplir efficacement ce rôle de défenseurs de la patrie au moment du danger, il faut qu'ils s'y préparent avec soin en temps de paix. D'où la nécessité d'une éducation militaire et des armées permanentes.

B) Mode et étendue du Recrutement. — ^ Il y a deux manières de recruter ces armées : l'engagement volontaire ou la conscription obligatoire. Ce second système a généralement prévalu, à cause des inconvénients qu'entraîne le premier : vg. dépenses considérables pour solder les volontaires, insuffisance dans le nombre des recrues.

La quantité de soldats à enrôler et la durée de la formation militaire dépendent des circonstances. Comme le service militaire universel est une charge financière très lourde et qu'il entrave plus ou moins longtemps

{') Cf. Su.iREZ, De Legibus, L. I, C. ix, § II.

(103) l'impôt 277

les carrières de la jeunesse de tout le pays, il faut limiter le plus possible ce 'nombre et cette durée. On devra les mesurer sur les nécessités de la défense nationale. Cette mesure est donc forcément variable comme ces nécessités mêmes.

A cet esprit d'équitable modération s'oppose le Militarisme qui, en vue d'agrandissements futurs, subordonne tout à la préparation d'une guerre de domination. Pour réaliser ces projets de conquête, certains États, l'Empire allemand en particulier, pour qui la guerre était devenue « une industrie nationale », ont organisé de formidables armées permanentes, ce qui a obligé les autres puissances à augmenter leur armement. Avant 1914, l'Europe était transformée en un vaste camp retranché. Ces accroissements sont un véritable fléau pour les peuples. La tendance actuelle est au désarmement, qui doit être aussi général que possible, mais ne saurait être complet, car les nations auront toujours besoin d'entretenir des troupes capables de les défendre contre les attaques injustifiées.

C) Obligation personnelle. — Longtemps les États ont considéré le service militaire comme une obligation réelle, mais non personnelle. Alors il était permis de se substituer un remplaçant qu'on indemnisait à prix d'argent. Aujourd'hui, le service militaire est communément regardé comme une obligation personnelle. En principe, tous y sont astreints. Celui qui cherche à s'y dérober par la fuite ou par une mutilation volontaire qui le rend impotent, manque gravement au devoir patriotique, car il viole la justice légale. En pratique, force est bien d'admettre des dispenses : vg. en faveur des infirmes, de ceux qui sont absolument nécessaires au soutien de leur famille. De plus, afin de pourvoir à des services importants incompatibles avec le métier des armes, on est obligé d'exempter ceux qui sont plus aptes à les remplir. Ainsi, durant la guerre de 1914, un grand nombre d'ouvriers ont été employés, loin du front, à fabriquer dans les usines des engins de combat. Il n'y a rien là de contraire à la véritable égalité, car elle n'exige pas l'uniformité, mais l'équivalence des services. La diversité harmonieuse des fonctions est une condition d'existence et de vitalité pour tout être organisé, qu'il soit individuel comme le corps humain, ou collectif comme le corps social.

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