LA CIVILISATION (i
C'est un état social de perfection et de bonheur, résultant de la rencontre harmonieuse de divers éléments. Ces éléments sont multiples :
( M Balmês, Le Protestantisme comparé au Catholicisme, T. I, Ch. xin sqq. — Léon XIII, Instructions sur l'Église et la Civilisation. — M. d'Hulst, Conférences de Notre-Dame,
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1° Arts industriels : agriculture, commerce, industrie. — 2'' Beaux- Arts et Sciences. — 3° Institutions civiles, morales, religieuses. Lesquels, entre ces éléments divers, l'emportent en dignité et en puissance, et par conséquent déterminent le degré de civilisation ? Le bonheur et la perfection de l'homme individuel et social consistent dans la satisfaction des tendances légitimes de la nature humaine. Or cette satisfaction se trouve dans le développement simultané, mais coordonné de tout l'homme, c'est-à-dire de sa triple vie, i^ie physique, vie intellectuelle, vie morale. Comme ces trois vies sont inégales en valeur, ainsi seront inégaux les éléments du bonheur individuel et social, les éléments de la civilisation qui s'y rapportent. Dès lors il faut ranger :
L — Au plus bas degré, les Arts industriels, qui, par eux-mêmes, ne servent qu'à la vie physique.
IL — Au degré intermédiaire, les Arts, les Lettres et les Sciences qui alimentent la vie de l'esprit. Comme cette vie est inférieure à la vie morale, la civilisation ne réside pas surtout dans la splendeur de la culture scientifique et artistique.
III. — Au. sommet, les Mœurs qui sont la vie morale même. Les Institutions civiles sont des moyens pour entretenir les bonnes mœurs ; mais c'est surtout la Religion qui est la sauvegarde efficace de la moralité. La religion, même mêlée de faux, est plus favorable aux mœurs que l'irréligion. Mais c'est la vraie Religion, le Christianisme, qui est le meilleur instrument de civilisation. L'idéal, pour la société comme pour l'individu, c'est le développement complet, mais subordonné des trois vies matérielle, intellectuelle et morale, dont l'union harmonieuse produit la fleur de la civilisation. Or cet équilibre est difficile à réaliser d'ordinaire, quand les éléments inférieurs sont en progrès, les éléments supérieurs sont en baisse : accroissement de richesse, diminution de moralité. Pour maintenir haut le niveau moral, malgré toutes les séductions du progrès matériel, il ne faut rien moins que l'intervention surnaturelle de la grâce. On ne doit pas repousser le progrès matériel, mais il faut le christianiser ; c'est le réactif nécessaire.
IV. — Objection : le détachement de la vie présente prêché par le Christianisme est un obstacle au progrès matériel. — Ce détachement, en modérant les convoitises et en maîtrisant les passions, contribue au bonheur social. L'objection vaudrait si le Christianisme refusait toute valeur au progrès matériel, mais il lui accorde une valeur relative.
1895, VI' Conf. — H. Ramièbe, L'Église et la Civilisation moderne. — H. Pesch, L'Eglise et la civilisaiiort, dans les Stimmen aus Maria Laach, 1895, p. 1 ; 178 sqq. — Guizot, Histoire générale du la Civilisation en Europe. Histoire de la Civilisation en France. — Bhooks Adams, La Loi de la civilisation et de la décadence. — Cii. Richet, Qu'est-ce que la Civilisalion ? dans Revue des Deux Mondes, 1923, T. II, p. 391-411.