I. — PREUVE A PRIORI OU RATIONNELLE
La loi morale est exigée par la liberté : il doit y avoir une loi morale, une loi régissant les volontés et les actes libres, imposant l'observation d'un ordre constant d'après lequel ces actes doivent être accomplis. En effet, tous les êtres de l'univers sont soumis à des lois conformes à leur nature : la matière a des lois mécaniques, la plante et l'animal ont des lois organiques. Par ces lois, qui dérivent de leur essence, les êtres réalisent la fm que Dieu leur a assignée. Ne serait-il pas étrange de supposer que les créatures intelligentes et libres demeurassent seules en deliors de toute loi ? que la force la plus noble du monde, la volonté, n'eût pas de fm à réaliser ? Il est donc impossible que Dieu ait créé l'homme avec la liberté sans lui donner une fin conforme à sa nature et sans lui imposer une loi qui l'y conduise. Autrement, à quoi bon la liberté ? Ce serait une force inutile et sans objet. C'est pourquoi Montesquieu a pu dire : « Tous les êtres ont leurs lois ; la divinité a ses lois, le monde matériel a ses lois, les intelligences supérieures à l'homme ont leurs lois, les bêtes ont leurs lois, l'homme a ses lois {^). > Seulement, tandis que les êtres inférieurs à l'homme sont régis par des lois contraignantes, la loi qui gouverne la liberté est simplement obligatoire.