LA NATURE DU BEAU
Il faut une cause objective au sentiment esthétique. Reste donc à déterminer les éléments cojistitutifs du beau considéré dans les choses, c'est-à-dire expliquer ses conditions objectives, sa nature. Parcourons les principales définitions mises en avant :
L — L'unité dans la variété : Père André (2), Cousin (').
Critique : ce sont là deux éléments de la beauté ; mais ils ne suffisent pas. Cette définition est trop vague et trop large ; elle ne convient pas au sent défini .• il y a des machines qui ont une grande unité de but, une grande variété de rouages, et qui pourtant ne sont pas belles (*).
IL — L'expression de l'idée parla matière: pour Jouffroy (S), le beau c'' est. V invisible manifesté par le visible; — la « înanifestation sensible de Vidée » (Hegel) (®).
Critique : 1° Cette définition ne s'applique qu'au beau expressif. Or toute beauté n'est pas dans l'expression ; il y a de la beauté dans les choses spirituelles et non pas seulement dans la manifestation des choses spirituelles par les choses sensibles. — Les choses physiques peuvent aussi avoir leur beauté propre, indépendamment de toute signification.
2o Dans certains cas, l'expression n'est pas belle : vg. l'expression de l'envie, de la stupidité, de la cruauté.
3° L'expression est la condition de la connaissance du beau, plutôt qu'un de ses éléments.
(M Kant, Critique du Jugement, § V, IX, XXII, à la fin.
(») André, Essai sur le beau. Premier Discours, Œuvres philosophiques, Édit. Cousin, p. 7-12.
(') Cousin, Du vrai, du beau et du bien, VII*' Leçon.
( *) Cf. Jouffroy, Esthétique, Xlll" Leçon.
(') Jouffroy, Es/W/ique, XXXVIII" Leçon.
C) ...Bas sinnliche Scheinen der Idée (Hegel, Vorlesungen Uber die Aesthetik, Part. I, C. I, § 3).