‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 326 sur 604 · LA NATURE Î3L' BEAU · texte numérisé non relu

LA NATURE Î3L' BEAU

30 Proportion : c'est-à-dire le rapport harmonieux des parties entre elles et avec le tout : vg. un homme ayant des bras inégaux, le nez trop proéminent ; — un discours avec un exorde interminable et un corps de preuves très fluet ; — un petit bâtiment central flanqué de deux énormes tours, ne sont pas beaux.

Critique : certains philosophes ont voulu condenser ainsi la définition précédente : Le beau est la splendeur de Tordre. C'est un tort, car la grandeur est un élément distinct de l'ordre et non moins nécessaire que lui (^).

La définition d'Aristote nous paraît être la meilleure. Ce qui la confirme encore c'est que, nous l'avons vu, les deux lois fondamentalesdu plaisir esthétique, sont les lois de quantité et de qualité. D'après la première, l'àme demande à agir le plus possible ; d'après la seconde, elle doit agir dans la direction de ses fins naturelles; c'est-à-dire que l'activité esthétique doit être puissante et ordonnée. Or ce qui dans les objets produira cet effet ne peut être que la puissance et Tordre., car l'effet et la cause doivent être proportionnés. La beauté des êtres consiste donc dans la propriété qu'ils ont de susciter le jeu puissant et harmonieux de nos facultés représentatives. Mais comme être, c'est agir, le beau objectif se ramène, en définitive, à une activité (force ou âme) qui se déploie d'une manière puissante et ordonnée.

Cette définition permet de mesurer le degré de beauté de chaque objet, car, si le beau est dans l'action puissante et ordonnée de la force ou de l'âme, il s'ensuit qu'à un degré supérieur de puissance et d'ordre correspond un degré supérieur de beauté. C'est ce qui explique pourquoi l'activité du minéral est moins belle que celle de la plante : la vie qui parait avec le végétal est une activité plus puissante et mieux ordonnée que celle de l'être inanimé, parce que le vivant a, en lui-même, son principe de mouvement. La beauté grandit avec les ascensions de la vie : la vie sensitive l'emporte sur la vie végétative ; la vie rationnelle sur les deux autres ; la vie spirituelle sur la rationnelle ; la vie divine sur toutes, parce qu'elle est infiniment puissante et ordonnée (Ps. 18, III).

Conclusion : on j)eut réduire la définition du beau à cette courte formule : c'est la splendeur de l'être. A quelles conditions l'être sera-t-il splendidc ? s'il déploie une activité puissante et ordonnée {^).

Remarque : saint Thomas (^) ramène à trois les éléments consti-

(M On attribue souvent cette définition à saint Augustin ; mais on la cherche vainement dans ses œuvres.

( ') Cf. G. Sortais, Du Beau d'après Sainl Augitslin, dans Excursions artistiques et littéraires, f» Série, p. 3-28.

(') Summa iheologica, 1" P., Q. XXXIX, Art. VIII, § Secundum igitur primam considerationem.

Page 1