‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 335 sur 604 · LE BEAU, LE SUBLIME · texte numérisé non relu

LE BEAU, LE SUBLIME

Les uns prétendent qu'il y a entre le beau et le sublime une simple dilîérence de plus ou de moins ; les autres une différence de nature.

•L — Différence de nature : Burke (i), Kaxt {^). Jusqu'à eux, on admettait que le sublime n'est autre chose que le superlatif du beau. On trouve sans doute dans le sublime certaines ressemblances avec le beau ; il cause un plaisir désintéressé ; il s'impose universellement à l'admiration. Mais voici, disent-ils, des différences essentielles :

i^ Le beau implique toujours que l'objet a une certaine forme, une mesure déterminée. Le propre du sublime, c'est d'être illimité^ infini.

2° Le plaisir du beau est toujours tout entier charmant ; c'est celui de l'admiration. Le plaisir du sublime est mêlé de quelque souffrance ; l'âme en l'éprouvant se sent comme accablée par l'infini et troublée par l'apparence du désordre : il y a du saisissement et de la stupeur ; l'admiration est mêlée de tristesse.

30 Le beau implique un certain accord de l'imagination et de l'entendement ; il paraît en proportion avec nos facultés, car il y a en lui équation entre la puissance et l'ordre. Le sublime semble faire violence à notre imagination et à notre raison ; il paraît discordant avec elles, parce que l'équilibre est rompu entre la puissance et l'ordre, au profit de la puissance qui prédomine.

II. — Différence de degré : Lévêque (^). Le sublime a pour éléments :

1° La puissance, mais une puissance qui surpasse toute mesure des sens ou de l'imagination et qui fait paraître petite toute force de même espèce : vg. le ciel, l'océan, une chaîne de montagnes. Cette puissance, qui paraît illimitée aux sens, n'est limitée que par une affirmation de la raison.

20 L'ordre : la force, qui se déploie dans le sublime, agit selon un ordre qui échappe aux sens, soit à cause de sa grandeur indéterminée (vg. longue chaîne de montagnes), soit à cause du désordre apparent (vg. Océan agité par la tempête), soit pour ces deux motifs (vg. immensité du ciel étoile) ; cependant la raison affirme que l'ordre, un ordre réel, mais caché, existe. Le sublime est une image de Dieu, dont l'infinitude déborde toutes les déterminations et se dérobe à nos facultés.

( ') Ed. Burke, Recherche philosophique sur l'origine des idées du sublime et du beau. {') Kant, Critique du jugemeni, § XXIII sqq. — Schiller, Du Sublime. ( ') Ch. Lévêque, La Science du Beau, l" P., Ch. vm.

390 LE RIDICULE, LE LAID, l'hORRIBLE (8-9)

On peut conclure avec Lévêque que le sublime est identique au beau en tant qu'il possède ses deux éléments essentiels, la puissance et Tordre, mais qu'il en diffère^ parce qu'il exige une puissance et un ordre plus parfaits, au superlatif. En soi, il n'est que le beau très grand ; il n'est sublime que par rapport à nos facultés qu'il dépasse.

Remarques : I. — Les notions du joli et du beau, du beau et du sublime sont relatives, varient d'après le terme de comparaison. Ainsi, l'enfant est le type du joli par rapport à l'homme, mais si on compare des enfants entre eu.r, on pourra dire que tel enfant est plus beau que tel autre, parce que la comparaison est relative au genre enfant. De même, tel genre d'êtres est dit laid par rapport à tel autre genre : vg. l'âne par rapport au cheval ; mais si la comparaison est établie entre les ânes, on dira que tel âne est beau.

II. ■ — Kant distingue le sublime : a) mathématique, expression do la grandeur infinie ; b) dynamique, expression de la puissance infinie.

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