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L'IDÉAL : FORMATION ET ORIGINE

Au sens large^ l'idéal c'est ce qui existe dans Vidée; au sens strict, c'est un type de beauté parfaite conçue par l'imagination créatrice. L'idéal est plus beau que nature, plus beau que la réalité telle quelle. Idéaliser, c'est donc élever à la beauté supérieure. C'est l'œuvre de l'imagination créatrice (Ps. 122, 124).

A) Formation : supposons qu'on ait à se former l'idéal d'un beau visage ou l'idéal du courage. L'artiste y arrive par trois opérations successives :

I. — Choix ou abstraction : je fais appel à mes souvenirs ; je choisis, parmi les traits de courage, les éléments constitutifs qui me paraissent les plus saillants.

IL — Assemblat^e : je réunis ces traits épars et j'en compose un caractère, un type de courage que je n'ai vu nulle part, plus beau que la réalité.

III — Perfectionnement ou Transcendance : cette beauté déjà idéale peut grandir encore. Par l'effort de la méditation personnelle, l'artiste cherchera à se représenter sous des trait? de plus en plus parfaits^ de manière à dépasser [transcendere) le plus possible les vulgarités de la réalité, ce type de courage qu'il contemple en esprit. Cet idéal, que l'artiste forme ainsi par voie à.' abstraction, à' assemblage et de transcendance, c'est, en définitive. Vidée aussi parfaite que possible qu'il se fait d'un objet. Cet idéal est donc purement relatif à sa puissance de conception : une imagination plus puissante créerait un idéal supérieur.

L'idéal de cet objet existe aussi dans l'intelligence divine : c'en est l'archétype, l'exemplaire inaccessible. Plus la conception de l'artiste se rapprochera de l'idée divine, plus son idéal sera parfait (^). Tout ce que les objets créés et l'idéal conçu par l'artiste ont de vérité, de bonté..

( ') G. LoNGiiAYE, Théorie des Belles-Letlres, L. II, Ch. m. — J. Pérès, L'art et le réeL — A. RiCARDOU, L'Idéal. — Th. Ribot, Essai sur l'imagination créatrice. — E. Joyau, De l'Invention dans les Arts et dans les Sciences. — P- Souriau, L' Imagination de l'Artiste. La Suggestion dans l'Art.

( M M. LiBERATORE, De la Connaissance intellectuelle, Ch. viii. L'Exemplarisme divin.

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de beauté, se trouve en Dieu d'une façon suréminente. Dieu est l'idéal absolu ( ^) de toute beauté ; et les choses ne sont belles que parce qu'elles reflètent et dans la mesure où elles reflètent les perfections divines. L'idéalisation est donc une ascension indéfinie de l'âme s'élevant des êtres créés à l'Être parfait. L'idéal est par conséquent plus réel que la réalité vulgaire, parce que, contenant plus de beauté, il contient par là même plus de perfection, donc plus d'être, plus de vérité, de bonté, donc plus de réalité.

B) Origine : la notion de l'idéal est donc due au concours de Vexpérience et de la raison. La mémoire fournit les matériaux, fruit de l'expérience, — et l'imagination créatrice, c'est-à-dire la raison esthétique, les élabore, conçoit l'idéal par la triple opération indiquée. Le travail créateur de l'artiste ne consiste pas seulement à mettre dans un ordre nouveau des éléments choisis dans la réalité : à cette œuvre l'imagination combinatrice ordinaire suffit. Il consiste surtout dans 1' « invention )) d'une idée neuve ou d'un sentiment original qui préside à cette combinaison. (Psych. 124, § I, B).

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