L'IDÉAL CHRÉTIEN
Dieu est Vobjet suprême de l'art ('-), car il est le beau absolu, mais il n'en est pas Vobjet proportionné^ parce que n'ayant pas de forme sensible, il échappe aux prises de l'artiste (^). Pour trouver cet objet proportionné il faut descendre aux manifestations sensibles de Dieu : c'est avant tout l'homme, image de Dieu ; puis la nature, simple vestige de Dieu (■*). L'homme est donc par excellence l'objet de l'art, objet non pas souverain, mais proportionné. Le plus grand service à rendre à l'art serait par conséquent de lui montrer dans un seul être l'idéal absolu sous une forme qui le laisse transparaître. Or l'Incarnation nous présente ce modèle : Jésus-Christ est Dieu^ partant Vobjet souverain de l'art, la beauté suprême. Jésus-Christ est homme, par conséquent, Vobjet proportionfié de l'art, la beauté idéale rendue visible. C'est l'Idéal incarné (^). C'est ainsi que le dogme chrétien donne à l'art : 1^ Un Idéal incomparable, Notre-Seigneur Jésus-Christ. 2° Sa Règle fondamentale : VlncATnation est le modèle achevé de V union du spirituel et du corporel, du visible et de l'invisible, ainsi que de la subordination du corporel et du visible au spirituel et à l'invisible. C'est ainsi que sont établies les vraies relations de la chair et de l'esprit, des sens et de la raison, et conséquemment du double élément de l'art, le visible et l'invisible, la forme sensible et l'idéal (il).
« 0 mon cher Socrate, la véritable vie c'est le spectacle de la Beauté éternelle... Que penser d'un mortel à qui il serait donné de contempler
(>) G. LoNGHAYE, Théorie..., L. I, Ch. iv, p. 104 (2^ Édit.).
{■) Un élève de Saint-Mary's Collège à Cantorbéry se mourait à la fleur de l'âge. Le R. P. Recteur lui posa cette question : « Que dirai-je de votre part à vos camarades ? ■- Le moribond se recueillit un instant : puis, ouvrant de grands yeux brillants de joie : " Dites à mes camarades qu'il n'y a rien de plus beau que le bon Dieu 1 » La foi avait inspiré à cet enfant de quatorze ans une réponse disne du génie de Platon. Ilrepose en paix, .'i l'ombre des grands arbres du parc de Saint- Mary, dans un humble cimetière, presque en face de l'antique cathédrale de Cantorbéry. On a gravé sur sa tombe la sublime pensée qui avait jailli spontanément de son cœur chrétien. (S. du Lac, France, 3' Lettre, p. 137, ti-^ Édit.).
( ') A. Cahour, Les Mystères de l'Art éclairés par l'Évangile, dans les Études, 1870- \H-\, T. XXV, p. 641-662.
(*) Mgr Landriot, Le Sumbolisme. L. I, Ch. i.
( ') G. LoNGHAYE, Théorie des Belles-Lettres, L. II, Ch. vi, § 5. — J. Félix, Conférences de Moire-Dame, 1867.
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la Beauté pure, simple, sans mélange, non revêtue de'cliair et de couleur humaines et de toutes les autres vanités périssables, mais la Beauté divine elle-même ! » (^). Nous pouvons nous élever encore plus haut que Platon sur les ailes de la foi. Cette vision, ce face à face béatifique, rêvé par lui, n'est pas de la terre, mais du ciel. Là seulement, notre regard, fortifié par la lumière de gloire, sera capable de soutenir l'éclat de la Divinité, une en sa nature, trine en ses personnes : Deus uniis et trinus. Sans doute, le Père, le Verbe, l'Esprit sont la beauté même (^). Cependant la beauté est l'attribut spécial du Verbe, car il est la « splendeur du Père », (( l'expression adéquate de sa substance »(^) ; et Dieu, en créant, considérait l'exemplaire parfait de chaque être en son Verbe, parce que le Verbe est l'art du Père tout-puissant : Verbum perfectum, ciii non desit aliquid, et ars quœdam omnipotentis et sapientis Dei plana omnium rationum çii'entiutn incommiitabilium (*). Nous sommes plus favorisés que Platon • dans la plénitude des temps, le Verbe s'est fait chair et nous avons vu sa beauté infinie transparaître sous la forme humaine, la plus accomplie qui fut jamais. C'est l'idéal réalisé. -Il rayonne, au point culminant de l'histoire, comme l'indéfectible foyer du beau physique, intellectuel et moral. Architecture, peinture, sculpture, musique, poésie, éloquence, tous les arts subissent le charme de cette radieuse apparition et la célèbrent à l'envi, chacun dans sa langue expressive (^). Mais le plus glorieux hommage lui vient de la vertu : le dernier des chrétiens est un grand artiste quand il fait passer dans ses actes quelque reflet du divin Idéal : Chrisiianus alter Christus. Rappelez-vous donc, chers jeunes gens à l'âme ardente, que vous avez un chef-d'œuvre à produire, celui d'une belle vie, chef-d'œuvre qui éclipse tous les autres, car « Rien au monde n'est beau comme une belle àme » !
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( ♦) S. Augustin, De Trinilate, h. VI, C. x, § 11.
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