‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 371 sur 604 · SCEPTICISME RELATIF OU PROBABILISME · texte numérisé non relu

SCEPTICISME RELATIF OU PROBABILISME

A) Exposé. — C'est la doctrine de la Nouvelle Académie, École fondée par les disciples de Platon, infidèles à leur maître. Elle eut pour chefs Arcésilas (vers 315-240 avant J.-G.) et Garnéade (vers 219-129). Cicéron, bien qu'éclectique dans sa philosophie, s'est en somme rallié à cette École (^). D'après le Scepticisme absolu, le pour et le contre se balancent ; ils sont également incertains. D'après le Probabilisme, toute 'opinion est nécessairement incertaine ; mais il y a des degrés dans l'incertitude. On peut préférer une opinion à une autre à cause de sa plus ou moins grande probabilité. Comme on ne peut s'élever à la certitude, il faut se conduire suivant la probabilité ; comme on ne peut atteindre la vérité, il faut se contenter de la vraisemblance {^).

B) Réfutation : I. — Le probabiliste, qui n'admet aucune vérité, doit rejeter également la vraisemblance, car c'est une image de la vérité ; or, si on ne connaît pas la vérité, on ne peut savoir ce qui lui ressemble. Qui n'a pas vu l'original est-il en droit de dire que le portrait n'est pas ressemblant (^) ?

II. — La probabilité est une approximation de la certitude. Comment donc estimer une chose probable si on ignore à quelles conditions elle est certaine ? La probabilité est à la certitude ce que la vraisemblance est à la vérité : elle la suppose.

III. — La probabilité implique elle-même la certitude. En effet lorsque, de deux opinions opposées, nous affirmons que l'une est probable et que l'autre ne l'est pas, cette affirmation doit être regardée comme certaine, car, si elle était douteuse, il n'y aurait même plus de probabilité. Si le probabiliste prétend que cette affirmation n'est elle-même que probable, il doit le dire encore avec certitude, ou bien la probabilité reculera à l'infini, sans qu'on puisse jamais y parvenir.

C) Remarques : 1° Il faut d'ailleurs remarquer que le Probabilisme contient une part de vérité. Il est des cas où nous ne pouvons arriver qu'à des connaissances plus ou moins probables ; la raison exige alors qu^n se contente d'affirmer dans la mesure où l'on voit, c'est-à-dire de n'affirmer que la probabilité (Logique, 117). Le Scepticisme n'est

( ') Nos autein, ut ceteri alia certa, alia incerta esse clicunt, sic ab his dissentientes, alia probabilia, contra alia, dicimus (Cickron, De 0//(cns, L. II, § II).

{■) V. Brochard, Les Sceptiques grecs. Livre II.

( ') Nihil luilii videtur absiirdivis dicere se verisiniile sequi cuiii qui vcruiii qiiid sit ignoret (S. Augustin).

admissible, comme le reconnaît Descartes, que sous la forme du doute provisoire et méthodique (Logique, 116, B). *

20 On ne doit pas confondre le Probabilisme spéculatif, dont il est question ici, avec la théorie morale, qu'on nomme aussi Probabilisme. Le Probabilisme spéculatif prétend que notre connaissance ne peut dépasser le stade de Yopinion. Le Probabilisme moral, reposant sur ce principe, spéculativement certain, qu'une loi douteuse n'oblige pas {Lex dubia non obligat), comporte une certitude pratique. (Morale, 15, D).

Page 1