L'HÉDONISME (i
A) Exposé : c'est la formule la plus grossière de l'utilitarisme. Au premier rang des défenseurs de la morale du plaisir (ft^ôy-r^ se placent les sophistes Gorgias et Calliclès, mais surtout Aristippe de Cyrène, infidèle à la doctrine socratique. Ils mettent le souverain bien dans la recherche du plaisir immédiat sans regarder aux conséquences ; ils pensent que la fin de la vie humaine est atteinte quand la sensibilité est satisfaite. Jouir du plaisir du moment, telle est la loi ; il n'y a qu'à suivre l'instinct qui nous y pousse.
Cette doctrine a été reprise au xviii^ siècle par d'Holbach, Helvétius, Saint-Lambert ; au xix^ (par les Saint-Simoniens et les Fouriéristes. Fourier (-) voulait qu'on laissât les passions se développer sans entrave, prétendant que ce développement se ferait d'une façon modérée et harmonique.
B) Critique : I. — La morale du plaisir est fausse dans son principe : 1° Sans doute le plaisir est un bien, mais c'est le bien sensible^
inférieur. 11 n'est pas le souverain bien pour l'homme, parce que la nature humaine n'est pas réduite à la sensibilité : l'homme a une raison et une volonté qui demandent aussi leur bien. Faire du plaisir la loi de notre activité, c'est mutiler la nature humaine et ravaler ses facultés supérieures.
2° Le plaisir n'est pas une fin, mais un moyen, c'est un résultat et non un principe. La fin, et par conséquent le bien de l'activité, c'est de conserver et de développer l'être, en la déployant conformément aux tendances de sa nature. Le plaisir résulte de l'activité normalement dépensée, de l'inclination satisfaite. C'est un moyen destiné à stimuler l'activité, à faciliter à chaque être l'accomplissement de sa destinée.
( ') Platon, Philèbe. — Janet, La Morale, L. I, Ch. i.
(») FouBiER : I Le devoir vient des hommes ; la passion vient de Dieu. » Cf. Théorie de l'unité universelle.