‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 40 sur 604 · LA SATISFACTION MORALE : ROUSSEAU, JACOBI · texte numérisé non relu

LA SATISFACTION MORALE : ROUSSEAU, JACOBI

L'assigner comme but à l'activité humaine, c'est renverser l'ordre essentiel des choses, c'est transformer un moyen en fin, c'est mettre Veffet avant la cause. (Ps. 20, § II, B ; 64, § A).

II. — Le plaisir n'a pas les caractères de la loi morale, car le plaisir ne peut pas être érigé en règle :

1" Obligatoire : il nous attire, mais ne nous commande pas. Personne ne se croit tenu, sous peine d'être coupable, de chercher le plaisir.

20 Absolue : il dépend d'une foule de circonstances relatives.

3° Universelle : car il est personnel et variable. Le plaisir de l'un n'est pas le plaisir de l'autre : Trahit sua quemque voluptas.

40 Claire et pratique : a) quel plaisir chercher, le plaisir calme ou violent ? de l'esprit ou des sens ? qui jugera ?

h) Le plaisir suppose un ensemble de conditions (santé, loisir, richesse) souvent difficile ou même impossible à réunir. La règle que cette doctrine propose n'est donc pas une règle, mais l'absence de toute règle, puisque le plaisir ne dépend pas de nous.

m. — La morale du plaisir est funeste dans ses conséquences : cette doctrine, qui se donne comme conforme à la nature, est au contraire en opposition avec elle, car aucun être n'est fait pour jouir à satiété. La poursuite aveugle du plaisir, comme le note Platon dans le Philèbe, conduit à la douleur, au dégoût, au désenchantement, à la folie, au désespoir. Aussi, Hégésias, disciple d'Aristippe, surnommé « l'orateur de la mort », avait-il tiré la conséquence logique de la doctrine du plaisir en prêchant la mort volontaire.

Page 1