ANALOGIE DE L'ÊTRE
A) Notions préliminaires. — Un terme (il faut en dire autant •d'un concept) univoque est celui qui, appliqué à plusieurs, exprime chez tous un objet formel tout à fait identique : vg. le mot homme appliqué à Pierre, à Paul, etc., est univoque, parce qu'il signifie chez tous la même nature humaine.
Un terme équivoque est celui qui, appliqué à plusieurs, exprime en chacun un objet formel tout à fait différent ; vg. le mot taureau désigne à la fois un animal et une constellation ; gallus en latin, signifie coq et français. Ce sont des mots équivoques par hasard {œquivoca casu).
Un terme analogue est celui qui, appliqué à plusieurs, exprime un objet formel qui n'est pas tout à fait différent, c'est-à-dire qui est en partie le même, en partie divers. Les Scolastiques appellent aussi les termes analogues équivoques à dessein (œquivoca consilio).
Il y a analogie d'attribution quand l'objet formel exprimé par le mot convient à l'un des analogues principalement et absolument, aux autres
( ') BossuET, Logique, L. I, Ch. xiii. — Suarez, Disputationes Mi-lnphy^icop, Disp. MV, Sect. I.
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imparfaitement et par suite de leur relation avec le premier qu'on appelle analogum princeps.
Cette attribution est extrinsèque ou intrinsèque. Elle est :
l» Extrinsèque : quand le concept analogue n'est réalisé proprement que dans un seul des objets qu'il désigne et ne convient aux autres qu'improprement à cause de leur rapport avec le premier : vg. sain se dit proprement de Vanimal, et improprement de la nourriture, de l'aiV, d'une médecine, qui peuvent entretenir la santé de l'animal ou la lui rendre.
2° Intrinsèque : quand le concept analogue est réalisé dans tous les objets qu'il désigne, mais parfaitement dans l'un et imparfaitement, par participation, dans les autres. C'est, disons-nous, le cas du concept d'être appliqué à Dieu et aux créatures, à la substance et aux accidents.
B) Démonstration d'une Analogie par attribution intrinsèque : Dieu est l'Être a se, c'est-à-dire indépendant de toute cause ; la créature est l'être ab alio, c'est-à-dire dépendant d'une cause. La substance est l'être qui est per se, c'est-à-dire indépendant d'un sujet d'inhérence ; l'accident est l'être qui est in alio, c'est-à-dire dépendant d'un sujet d'inhérence. (Psych., 182, § A, I).
Ces qualificatifs a se, ab alio, per se, in alio, indiquent les manières dont la notion commune d'être s'applique à Dieu et à la créature, à la substance et à l'accident. Or il est manifeste que ces manières ne sont ni univoques, car a se et ab alio, per se et in alio impliquent des concepts divers ; ni purement équivoques, car Dieu et la créature, la substance et l'accident conviennent entre eux dans le concept de l'être considéré d'une façon indéterminée : ils ont tous une essence {aliquid quod est), et cette ressemblance quant à l'être est le fondement que le concept universel d'être a dans la réalité. Le terme et le concept d'être sont donc analogues. C'est une analogie d'atlributioti par dénomination intrinsèque.
II y a analogie d'' attribution, quand le concept signifié par le mot, convient à l'un des objets principalement et absolument, aux autres par relation à Vanalogum princeps. Or la notion d'être convient à Dieu principalement et absolument, mais aux créatures dépendamment de Dieu ; elle convient à la substance principalement et absolument, mais à l'accident dépendamment de la substance. Dieu est Vanalogum princeps par rapport à tout ; la substance, par rapport à l'accident.
11 y a attribution par détermination intrinsèque, quand le concept exprimé convient intrinsèquement à tous les analogues, quoique d'une façon différente. Or le concept d'être se réalise, quoique diversement, en Dieu et dans les créatures, dans la substance et dans les accidents : esse a se diffère de esse ab alio ; esse per se diffère de esse in alio.