CHAPITRE II PROPRIÉTÉS TRANSCENDANTALES DE L'ÊTRE
V Unité, la Vérité, la Botité, la Beauté, telles sont les propriétés communes à tous les êtres, quelle que soit la catégorie à laquelle ils appartiennent. Tout être est un, vrai, bon, beau. Ces propriétés sont dites transcendantales, parce que, dépassant tdus les genres, elles conviennent à tous les êtres. Les propriétés catégoriques ne s'appliquent, au contraire, qu'à tel ou tel genre d'êtres (cf. Ch. III).
L'unité se dit de l'être absolument, tandis que la vérité, la bonté et la beauté impliquent une relation aux facultés de l'àme.
Les anciens Scolastiques ne mettaient pas la Beauté au nombre des transcendantaux. Pour dissiper la surprise, que peut faire naître l'assertion contraire, il suffira d'établir une distinction : tous les êtres, « tous, du grain de sable à l'homme et à l'ange, sont diversement beaux en rigueur métaphysique. Être, perfection, beauté, termes connexes jusqu'à devenir inséparables. Tout ce qui est est beau par le fait même et dans la mesure de son être. Dieu, l'Être pur et absolu, est la beauté sans mélange. Toute créature, étant limitée dans son être, l'est à proportion dans sa beauté ; mais elle ne perdrait toute sa beauté qu'en cessant d'être. Tant qu'elle est, elle est belle par là même et dans la même mesure. C'est que, par là même et dans la même mesure, elle reflète nécessairement l'Être sans Hmites, la beauté infmie, l'exemplaire universel, Dieu. Mais autre chose est la rigueur métaphysique, autre chose la pratique, l'appréciation. Là nous n'appelons beau que l'être où la beauté domine assez pour affecter notre âme, où la ressemblance divine est assez claire pour saillir à nos yeux. C'est ici le domaine de l'expérience rapportée à notre nature, et l'expérience nous dit très certainement que tout n'est pas beau. » (^) (Sur le Beau, voir Esthétique, Ch. I, notamment le § 4).
(•) G. LoNo.iAYE, rhéorie des Belles- Leltres, h. II, CU. m. § I, P- 180-181 (2' Édil.).
(21) l'unité 471
Après avoir examiné la notion d'unité nous étudierons quelques notions voisines ou opposées : Division, iMiiltitude, Identité, Distinction.
A) Définition. — L'être un est celui qui est indivisé en soi. L'unité ajoute à l'idée d'être une négation ; ce n'est pas cependant une idée purement négative, parce qu'elle suppose l'idée d'être qui est positive, et y surajoute Vabsence de division, ce qui indique une perfection, donc quelque chose de positif.
Il ne faut pas confondre l'unité avec V unicité, car, outre la négation de toute division, l'unicité dit négation de ressemblance dans un genre donné. Ex. : le soleil est unique dans notre système planétaire.
B) Division. — On distingue l'unité à' indivisibilité et l'unité de composition.
lo L'unité d'iNDivisiBiLiTÉ exclut, non seulement la division actuelle, mais la possibilité même de la division ; vg. Dieu, l'âme.
2° L'unité de composition exclut, non pas la possibilité d'une division, mais la division actuelle. Elle est de quatre sortes :
a) Naturelle : qui résulte de l'union de plusieurs éléments destinés par la nature à composer un tout ; vg. l'homme : le corps et l'àme sont ordonnés à constituer le composé humain ; — eau, composée d'hydrogène et d'oxygène.
b) Artificielle : qui résulte de l'union de plusieurs éléments agencés par l'art humain de façon à former un tout ; vg. une maison, une machine, un poème.
c) Morale : qui résulte de l'union de plusieurs personnes formant une société ; vg. famille, cité, armée. Le lien qui les unit dépend de leur nature d'êtres intelligents et libres.
d) Physique : qui résulte de la juxtaposition de plusieurs choses ; vg. un monceau de sable, une masse d'eau. C'est un agrégat : de toutes les formes d'unité, c'est la plus imparfaite, parce que le lien qui rapproche les divers éléments leur est extrinsèque.
C) L'être et l'un sont convertibles. — Tout être est un, c'està-dire n''est pas divisé en lui-même, mais est divisé de tous les autres : Indivisum in se et divisum a quolibet alio. Il en doit être ainsi, car un objet divisé en lui-même ne serait pas un être, mais un ensemble d'êtres, et, d'autre part, des objets, qui ne seraient pas divisés les uns des autres, ne constitueraient pas plusieurs êtres, mais formeraient un seul être composé. Cette unité est, comme l'être lui-même, transcendantale et analogue : aussi s'applique-t-elle à tous les êtres, mais plus ou moins parfaitement (B). L'unité n'ajoute pas quelque réalité à l'être, mais seulement une négation : l'absence de division. C'est pouiquoi on peut