‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 405 sur 604 · DISTINCTION · texte numérisé non relu

DISTINCTION

A) Distinclio rationis ratiocinantis ou Distinctio sine jundamento in re : elle existe quand la même chose est exprimée par des concepts qui ne diffèrent formellement d'aucune manière {nullo modo jormaliler diversi), c'est-à-dire par des concepts dont la définition est identique : tels le concept d'homme et le concept d'animal raisonnable. Le second n'est que le développement du premier.

B) Distinctio rationis ratiocinatse ou cum jundamento in re, qu'on nomme aussi Distinctio virtualis : elle existe quand la même chose est exprimée par des concepts qui diffèrent formellement de quelque manière {aliquo modo formaliter diçersi), c'est-à-dire par des concepts qui n'ont pas la même définition. C'est ainsi qu'on distingue dans l'homme, qui est un animal raisonnable, les concepts ^animalité et de rationalité. Ainsi, encore, les attributs divins {intelligence, volonté, toute-puissance, etc.), bien qu'ils ne se distinguent pas réellement de Dieu, mais constituent une seule et même réalité infiniment parfaite, peuvent être distingués virtuellement, parce que leurs concepts diffèrent et montrent la même réalité sous des aspects divers (78, C).

Les ScoLASTiQUES appellent la première distinction : rationis ratiocinantis ; ils mettent le verbe à V actif et ajoutent : sine jundamento in re, pour signifier que le fondement de cette distinction est tout entier dans les concepts, c'est-à-dire qu'elle est Vœuvre de la raison.

Les ScoLASTiQUES appellent la seconde : rationis ratiocinatse; ils mettent le verbe au passif et ajoutent : cum fundamento in re, pour signifier que l'esprit est déterminé par la cJwse même, par l'objet à faire cette distinction. Le fondement de cette distinction virtuelle est la perfection même de l'objet : bien que cette perfection soit réellement une (vg. Vanimalité et la rationalité dans Vhomme), elle équivaut cependant à plusieurs, qui, selon leur formalité propre, peuvent exister séparément (vg. l'animalité dans la bête et la rationalité dans Vhomme), ou qui, tout en n'existant que dans un seul et même sujet (vg. V intelligence et la volonté dans l'âme humaine), se font cependant connaître par des manifestations diverses et répondent à des définitions différentes. Cette distinction est précisément appelée virtuelle, parce que c'est en vertu de sa perfection que l'objet est dit équivaloir à plusieurs {virtute dicitur œquivalere pluribiis distinctis).

La distinction virtuelle tient le milieu entre la distinction strictement réelle (distinctio ut res a re) et la distinction purement rationnelle (distinctio rationis ratiocinantis). En effet, procédant de Vesprit déterminé par la chose, elle tient des deux ; elle est donc mitoyenne.

Remarq^ue. — Un indice certain de la distinction réelle entre les choses, c'est leur mutuelle séparabilité, c'est-à-dire une séparabilité telle que chacune puisse exister à part de l'autre : vg. la main par rapport au reste du corps. Car rien ne peut se séparer de soi-même et exister en

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dehors de soi. Si deux choses peuvent exister séparément, c'est donc qu'avant leur séparation, celle-ci n'était pas celle-là, c'est-à-dire qu'elles étaient déjà réellement distinctes. — Autre indice sûr : il y a distinction réelle entre deux choses dont les concepts objectifs sont constitués par des notes ou caractères qui répugnent à être ensemble dans le même sujet. Une seule et même essence ne peut en effet être constituée par des notes ou caractères qui s'excluent : vg. étendue, simplicité. C'est ainsi que nous pouvons distinguer l'àme du corps (49).

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