LE VRAI ET LE FAUX
L'Ontologie ne s'occupe que de la vérité et de la fausseté qu'on appelle mêla physique, objective ou ontologique.
A) Définition générale de la Vérité : la vérité est la conformité de la pensée et des choses. La vérité suppose donc trois éléments : l'' un objet dont on affirme quelque chose ; 2" une intelligence qui affirme quelque chose ; 3^ un rapport de conformité entre l'affirmation et l'objet. D'après la nature de ce rapport on peut distinguer trois sortes de vérités.
B) Espèces : 1° Vérité logique ou subjective : c'est la conformité de la pensée à son objet. Quand je dis : Il fait jour, je dis vrai si cette affirmation concorde avec la réalité.
2" Vérité métaphysique, objective ou ontologique : c'est la conformité des choses à la pensée qui les a produites. Un carré, une maison ne seront un vrai carré, une vraie maison que s'ils sont conformes à la pensée du géomètre et de l'architecte, aux lois géométriques et architecturales.
3° Vérité morale ou Véracité : c'est la conformité de la parole à la pensée. (Morale, 67).
C) Comparaison : cf. Logique, LI3.
D) L'être et le vrai sont convertibles : tout être est vrai métaphysiquement, parce que tout être répond parfaitement à sa cause exemplaire, à l'idée de Dieu. Dieu, en effet, ayant une puissance infinie, réalise adéquatement sa pensée, avec le degré de perfection qu'il a déterminé. C'est pourquoi on peut, après saint Augustin et Bossuet, définir la vérité objective : « Ce qui est ». C'est le sens de l'axiome scolastique : Ens et verum convertuntur. « L'être et le vrai sont convertibles « : Tout être est vrai. Tout vrai est être. (Logique, 113, III).
E) Fausseté ontologique : il n'y a pas, à proprement parler, de faux objectif, car le faux c'est ce qui n''est pas ; or tout ce qui existe est métaphysiquement vrai (D). Cependant on attribue la fausseté aux choses non pas en considérant ce qu'elles sont, mais ce qu'elles ne sont pas. Ainsi on appellera faux :
1° Ce qui, par sa ressemblance avec une autre chose, est apte à nous apparaître ce qu'il n'est pas ; vg. une médaille en aluminium peut sembler de l'argent.
2° Ce qui, dans les œuvres humaines, n'est pas conforme à l'idéal physique, intellectuel ou moral ; vg. fausse éloquence, fausse vertu.
3° Ce qui est l'objet d'une énonciation erronée.
On voit que la fausseté est attribuée aux choses à cause de leur relation à V intelligence, soit parce que ces choses ont été une occasion d'erreur (l»), soit parce qu'elles ne reproduisent pas fidèlement l'idée, qui existe dans l'intelligence et qui est leur modèle {2o), soit enfin parce que rintelligence peut émettre des propositions fausses (3°). Mais, objectivement et en soi, toutes ces choses, dites fausses à raison de ce qui leur manque, sont vraies, ont une certaine réalité ; ainsi une fausse médaille d'argent est un vrai métal, est réellement de l'aluminium, etc. C'est pourquoi le faux n'est pas une négation pure et simple, un nonêtre. S'il s'agit de la fausseté ontologique, il est évident que ce qui est appelé faux est une réalité à laquelle est jointe une négation. On dit que cette médaille réelle n'est pas de l'aluminium ou que cette manière de parler n'est pas de la vraie éloquence, etc.
F) Fausseté logique. Fausseté morale. Cf. Logique, 121, I, III.