‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 408 sur 604 · I. — L£ BIEN · texte numérisé non relu

I. — L£ BIEN

A) Définition. — 1^ Le bien, en général, est ce qui convient à quelqu'un ou à quelque chose. La bonté implique l'idée de perfection, de quelque chose capable de perfectionner. A cette idée de perfection, qui en est la base, la bonté ajoute l'idée de relation à une autre chose qu'elle peut perfectionner.

La perfection est une réalité quelconque convenant à un être. II y a des degrés dans la perfection. Un être est relativement parfait, quand il possède tout ce qu'il doit avoir sous un rapport déterminé, par exemple, tout ce que requiert sa nature : tel homme qui a tous ses organes et facultés en bon état. Un être est purement et simplement parfait, quand il possède tout ce qu'exigent et sa nature et la fin pour laquelle il a été fait. Les êtres libres naissent perfectibles : ils n'arrivent à la perfection morale qu'ils doivent acquérir que le jour où ils ont atteint leur fin dernière par un bon usage de leur liberté.

2° On peut définir encore le bien : Vétre en tant que désirable, « appétible » (appetibile).

La première définition est tirée de Vessence même de la bonté, tandis que la seconde est prise d'une propriété qui suit toujours le bien : possédant une certaine perfection il est nécessairement désirable, car tout être désire naturellement ce qui le perfectionne.

B) Division. — On distingue le bien :

i^ Vrai : celui qui convient réellement à quelque chose ; vg. la santé à l'homme. — Apparent : celui qui paraît convenir, mais ne convient

pas en réalité ; vg. le pécheur recherche les biens créés, le plaisir, l'honneur, etc.. au lieu de rechercher le Bien infini, Dieu.

2» Absolu ou Intrinsèque : c'est la bonté qui convient à un être et le perfectionne lui-même ; vg. la vérité est le bien de l'intelligence. — Relatif ou Extrinsèque : c'est la bonté d'un être qui convient aux autres et les perfectionne ; vg. la médecine pour le malade.

3° Physique ou Corporel : c'est le bien qui perfectionne les corps, la nature corporelle ; vg. la chaleur. — Moral ou Spirituel : c'est un bien qui perfectionne l'esprit et les mœurs ; vg. la science est un bien pour l'intelligence, et la vertu pour la volonté.

4*^ Honnête : celui qui convient à l'être raisonnable en tant que raisonnable ; il est synonyme de bien moral ; vg. faire un acte de vertu, comme donner de l'argent aux pauvres, soigner les malades.

50 Délectable ou Agréable : celui qui convient à l'être en tant qu'il est doué de sensibilité ; vg. le sentiment de plaisir qui accompagne un effort généreux pour accomplir le devoir.

6° Utile : celui qui ne convient pas par lui-même, mais en tant qu'il sert à atteindre une fin ; vg. l'argent dont on use pour se procurer les choses nécessaires à la vie. L'honnête est désiré pour lui-même et comme une jin ; l'utile est désiré comme moyen pour parvenir à une fin.

C) Le vrai et le bien. — Le vrai et le bien ont un fond commun, l'être ; mais à ce fond commun chacun ajoute ime relation différente, le vrai à V intelligence, le bien à la volonté. En effet, le vrai c'est l'être en tant que conforme au concept de son essence, l'être par conséquent en tant qu'il est intelligible et affirmahle ; le bien c'est l'être en tant que parfait et capable de perfectionner les autres, l'être par conséquent en tant que désirable, digne d'être recherché [bonum appetibile).

D) L'être et le bien sont convertibles. — La bonté est une propriété commune à toutes choses. Tout être est bon, puisque tout être possède la perfection qui lui convient et qu'il peut dans une certaine mesure perfectionner les autres. De même tout ce qui est bon est être, puisqu'il possède une certaine perfection, et que toute perfection est une certaine entité.

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