‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 409 sur 604 · II. -^ LE MAL · texte numérisé non relu

II. -^ LE MAL

A) Définition. — Le mal s'oppose au bien et à la perfection :

1° C'est la privation d^iine perfection qui convient à la nature d'un

être ; vg. la surdité est un mal i)our l'homme et non pour la pierre, car

la nature humaine exige la faculté d'entendre, tandis que la pierre ne

la requiert pas.

La notion de mal comprend deux choses : a) l'une négative : l'absence

d'une perfection due à l'être qui en est privé ; b) l'autre positive : l'être

lui-même qui subit cette privation. Le mal comme tel, en tant que privation, ne peut exister dans la nature, car il signifie un non-être ; mais il existe dans un sujet auquel fait défaut telle qualité que comporte sa nature. Ainsi l'erreur est un mal pour Tintelligence, parce qu'elle est faite pour saisir le vrai. En adhérant à l'erreur l'intelligence se prive d'une perfection que réclame sa nature.

2^ On peut définir encore le mal : Ce qui prive les autres d'une perfection qui leur est due : vg. un assassin enlève la vie à quelqu'un pour le voler, un calomniateur cherche à dépouiller de sa réputation, qui est un bien moral, quelqu'un dont il est jaloux.

Si le bien est désirable, parce qu'il convient à la nature, le mal doit être fui, parce qu'il ne convient pas à la nature : au lieu de la perfectionner comme le bien, il la déforme et l'amoindrit.

B) Division. — On distingue le mal :

1° Absolu ou Intrinsèque : l'être auquel manque une perfection due ; vg. un homme aveugle, malade. — Relatif ou Extrinsèque : l'être qui prive ou peut priver les autres d'une perfection due ; vg. le loup est un mal pour la brebis.

2° Physique ou Corporel : c'est la privation d'un bien physique ; vg. la cécité, la douleur. — Moral ou Spirituel : c'est la privation d'un bien intellectuel ou moral ; vg. : l'ignorance, le vice.

C) Remarques : 1*' Le Mal métaphysique, dont parle Leibniz (9G), n'est pas, à proprement parler, un mal. Il entend par là la limitation qui est inhérente à toutes les choses créées, par le fait même qu'elles sont créées, tirant de l'Être nécessaire toute leur réalité. Ce mal n'est pas une privation, c'est-à-dire l'absence d'une perfection exigée par la nature de tel être, mais la simple négation d'une perfection plus grande se rencontrant en d'autres êtres. Le mal métaphysique n'est donc pas un mal strict. Ainsi ce n'est pas un mal que la pierre ne voie ni ne sente, parce que sa nature d'être inanimé n'appelle pas ce genre de perfection.

2» Le déshonnête s'oppose au bien Jionnête et se ramène au mal moral ; vg. mentir.

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