I. — LA SUBSTANCE
A) Définition. — Le mot substance dérive de deux mots latins [sub-stare) signifiant être sous, parce qu'on se la représente comme le support des accidents qui la modifient. On la définit : Le sujet un et permanent de phénomènes multiples et changeants ; vg. du marbre. Mais cette définition ne convient qu'aux substances créées. On la définit encore : Ce qui existe en soi. Cette seconde définition s'applique à Dieu et aux créatures, parce qu'elle fait abstraction de toute relation à des phénomènes ou modifications qui impliquent changement et par conséquent imperfection. Le mode ou accident en efïet a besoin, pour exister, d'être dans un autre qu'il modifie, dont il devient une manière d'être
Il ne faut pas confondre la substance et Vaccident avec Vessence. L'essence indique les principes constitutifs d'une chose, puisqu'on la définit : Ce par quoi une chose est ce qu'elle est. La substance signifie la
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façon dont une chose existe. La notion d'essence est d'ailleurs transcendante comme l'être, car elle s'applique à la substance et à l'accident qui ont chacun leur essence propre. (Psych., 182).
Le mot nature est, au contraire, souvent employé comme synonyme à''essence. Cependant, chez les Scolastiques et même chez Descartes, la nature signifie un principe d'activité. Ils considèrent la substance comme le principe éloigné par lequel l'être agit, et les facultés (vg. intelligence, volonté), comme les principes prochains par lesquels l'être agit.
Le mot personne signifie la substance individuelle dune nature raisonnable et libre. Les trois éléments constitutifs de la personne sont donc l'individualité, la conscience réfléchie et la liberté. Seuls les êtres raisonnables sont des personnes. Les minéraux, les végétaux, les animaux mêmes ne sont que des choses. Les Scolastiques donnent à ces substances, tout entières en soi, mais privées de raison, le nom de suppôt (de suppositum, ce qui est placé dessous). (Psych., 200).
B) Division. — On distingue la substance :
1^ Concrète, Individuelle ; vg. cet homme. — Abstraite, Générale ; vg. Vhomme. La substance concrète ne peut s'affirmer que d'ellemême ; la substance de cet homme, par exemple de Pierre, est incommunicable. La substance abstraite, représentant ce qu'il y a de commun entre plusieurs individus, peut s'affirmer de chacun de ces individus : l'humanité convient à tous les hommes, Pierre, Paul, etc.
2° Simple : c'est une substance indivisible ; vg. Dieu, l'âme iiumainc. — Composée : c'est une substance qui résulte de l'association plus ou moins intime de plusieurs substances ; vg. l'homme qui est un composé de corps et d'âme ; la plante qui est composée d'éléments physicochimiques et d'un principe vital ou âme végétative.
3° Incomplète : substance qui existe en soi, mais non par soi : vg. le corps humain est une substance incomplète, parce qu'il n'existo que dépendamment de l'âme qui le vivifie. — Complète : substance qui existe par soi et en soi ; vg. Dieu, l'âme humaine, laquelle, bien que destinée à faire partie du composé humain, peut exister indépendamment du corps, parce qu'elle peut exercer sans lui ses opérations spirituelles de comprendre et de vouloir.
L'acte, par lequel une substance est complète, s'appelle subsistance : c'est la perfection qui achève et parfait une nature en la rendant incommunicable et capable d'exister et d'agir par soi.