L'ANIMISME
A) Exposé : l'Animisme est la doctrine d'ARisTOTE, des Scolas- TiQUES, d'un grand nombre de philosophes contemporains, comme BouiLLiER ('). Le principe vital n'est pas distinct de l'âme elle-même ; mais l'âme, outre les facultés de sentir, de connaître et de vouloir, a encore le pouvoir de donner la vie et de l'entretenir. Les défenseurs de cette doctrine n'enseignent donc pas, comme Stahl, médecin allemand (1660-1734), que l'âme est le principe vital en tant qu'intellectuelle (^).
(M Fr. Bouillier, Du Principe vital et de l'Ame pensante, Paris, 1862 ; 1873'. ( ^) A. Lemoine, Le Vitdlisme et l'Animisme de Stahl, Paris, 1864.
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B) Arguments indirects : ils consistent à réfuter ceux des Vitalistes :
1» L'opposition signalée entre les tendances de la vie animale et les aspirations de la vie humaine s'explique fort bien en observant que notre àme, sollicitée par des biens différents, est capable de tendre vers des fins contraires. En fait, est-ce que nous ne constatons pas qu'il existe en nous une lutte, parfois très vive, entre le sentiment, la raison et la volonté, et cependant ce sont là trois modes divers de l'activité de la même âme (Psych., 9, § D).
2° Les différences objectées sont incontestables ; mais il faut seulement en conclure que les faits physiologiques et les faits psychologiques exigent des substances distinctes : le corps et l'âme. Elles ne prouvent pas <^u'une double cause est nécessaire pour produire ces phénomènes divers. En efîet l'âme est un principe de force qui produit, de l'aveu même des Vitalistes, des phénomènes sensitifs, intellectuels et volitifs qui sont aussi, sous certains rapports, très opposés entre eux. — De plus, rien n'empêche l'âme, dont l'activité psychologique est si intense et si variée, de remplir les fonctions que les Vitalistes attribuent à ce prétendu principe vital, car qui peut le plus peut le moins.
3» L'âme a conscience de l'effort vital en général, du vouloir vivre ; elle a aussi la conscience confuse de l'effet produit, sous la forme d'unt multitude de petites sensations de bien-être ou de malaise qui viennene se fondre dans cette sensation complexe qu'on nomme sensation vitale (Psych., 31). L'action de l'âme sur l'organisme ne va donc pas sans une certaine conscience, ordinairement sourde à cause de sa continuité, mais qui devient nette et distincte, quand survient quelque trouble dans l'exercice d'une fonction. Il est vrai que l'âme n'a pas conscience de la laçon dont elle produit les phénomènes vitaux. Mais l'âme ignore aussi la manière dont elle f^it délibérément mouvoir les muscles et les nerfs dans les mille opérations de la locomotion. Et cependant on ne nie pas ■q-u'elle soit, par sa volonté et son énergie motrice, cause de ces mouvements.
Cette objection a une certaine valeur contre l'Animisme tel qu'il est soutenu, à tort, par Stahl, parce que celui-ci affirme que l'âme organise le corps et en dirige toutes les fonctions par des pensées et des volitions •conscientes. Mais cette harmonie, qui règne dans les fonctions physiologiques, n'est pas l'effet d'un dessein délibéré de l'âme, comme le suppose gratuitement Stahl, pas plus que la parfaite adaptation des moyens à la fin n'est connue, ni voulue par l'instinct de l'animal. L'une et l'autre sont la conséquence naturelle des lois biologiques établies par le Créateur.
40 L'âme humaine, quoique douée de raison et de liberté, est incorporée à la matière et dépend de l'organisme dans l'exercice de ses facultés
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même ]es plus nobles. Par ses facultés supérieures elle se rapproche des purs esprits ; mais, à cause de ses facultés inférieures liées au corps, elle a des appétits et des penchants à satisfaire comme l'animai privé de raison. Les fonctions de la vie végétative ne sont donc point indignes d'elle.
C) Arguments directs : — 1° La souiïrance et le plaisir, que l'âme éprouve selon le bon ou le mauvais état des organes, suivant le jeu normal ou anormal de leurs fonctions, ne sont-ils pas un signe que l'âme agit véritablement dans ces fonctions ? Pourquoi vg. une digestion mauvaise, un embarras dans la circulation du sang produisent-ils une douleur de l'âme, si ce n'est qu'alors l'activité qu'elle déploie dans ces fonctions se trouve entravée ?
20 Cette doctrine seule explique bien l'union intime des vies organique et sensitive, la dépendance réciproque du physique et du moral.
30 Elle est en outre le fondement solide de notre identité personnelle, puisque l'âme, dans ce système, est le principe unique de tous les actes qui se passent en nous, intellectuels, volitifs, sensitifs et organiques. Si l'homme tenait la vie et l'animalité d'une âme végétative et sensitive, puis la vie intellectuelle d'une âme raisonnable, il ne se sentirait plus un, mais double ; ce qui est contraire au témoignage du sens intime.
Conclusion : Aristote a eu raison de dire que l'âme « est l'acte premier d'un corps naturel organisé » (^), et saint Thomas, que « dans l'homme il n'y a pas d'autre forme substantielle que l'âme intellective » (^).