‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 447 sur 604 · L'HARMONIE PRÉÉTABLIE · texte numérisé non relu

L'HARMONIE PRÉÉTABLIE

A) Exposé : Leibniz (^) n'accorde à ses monades que l'activité interne (41) et leur refuse toute action les unes sur les autres. Dieu supplée à ce manque d'activité par un décret éternel, en vertu duquel la série des déterminations de chaque monade a été réglée d'avance, préétablie. Tous les phénomènes, toutes les modifications des êtres se produisent dans la suite des siècles conformément à ce décret et, comme Dieu fait tout avec harmonie, ce déterminisme universel est bien nommé harmonie préétablie. En conséquence Leibniz affirme que, dès l'instant de leur existence, l'âme et le corps ont été disposés de telle sorte que leur action se trouve toujours en accord parfait : « Figurez-vous deux horloges ou montres qui s'accordent parfaitement C^). » Il donne aussi la comparaison d'un orchestre de musiciens où chacun joue sa partie, sans s'occuper de ses voisins, et pourtant s'accorde avec eux, parce que l'artiste a pris soin, en composant chaque partie, d'avoir égard à toutes les autres (^).

B) Critique : I. — Cette théorie supprime en réalité l'union qu'il faudrait expliquer. En effet, dans l'hypothèse de l'harmonie préétablie comme dans celle des causes occasionnelles, les deux substances pourraient être en harmonie, quelle que soit leur distance (57, B, I).

IL . — L'activité interne, soumise à l'activité divine, ressemble beaucou]) à l'automatisme ; chaque monade est pour Leibniz comme un '( automate incorporel » (*). Il n'y a plus alors de véritable activité. — En tout cas, la liberté disparaît, car une volonté, qui ne se détermine pas elle-même, mais qui est déterminée par un décret divin à agir, n'est pas libre et Dieu devient l'auteur du mal, comme dans la théorie occasionnaliste (Psycii., 209).

m. — Cette hypothèse supprime aussi l'activité externe des êtres finis, puisqu'elle leur refuse toute action les uns sur les autres. Or l'expérience montre dans les êtres créés une activité véritable qui se manifeste par l'attraction, l'affinité, etc.

( ') Leibniz, Système nouveau de la nature et de la communication des substances. Monadologie, § 63-81.

( ') Leibniz, Second éclaircissement..., Œuvres, T. I, p. 654.

(») Lettre de Leibniz à Amauld, 30 avril 1687. Œuvres, T. I, p. 578, § Enfin.

( ') Leibniz, Monadologie, § 18. — « L'âme est une espèce d'automate spirituel. » (Essais de Théodicée, I" Partie, I 52).

548 l'influx physique (59-60)

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