II. PREUVE MORALE
Elle est tirée de la sagesse et de la justice de Dieu. — Dieu qui, absolument parlant, pourrait annihiler l'âme, ne veut pas qu'elle périsse comme substance, ni comme personne. En effet :
A. — L'âme étant iriimortelle par nature, il serait indigne de la sagesse de Dieu de vouloir ensuite l'anéantir, car il aurait fait par caprice une œuvre sans but raisonnable, inutile, et il nous aurait bercés d'illusions et cruellement déçus en nous donnant une nature incorruptible qui nous permettait d'espérer ^-'immortalité.
B. — La justice de Dieu exige nécessairement que la vertu soit récompensée et le vice puni. Or les sanctions, que la loi morale trouve dans la vie présente, sont insuffisantes (Morale, 49). La justice divine serait donc en défaut, si elle ne se réservait une autre vie, où elle rendra à chacun selon ses œuvres. Aussi Kant a-t-il raison de dire que l'immortalité de l'âme est, sous ce rapport, un postulat nécessaire de la loi morale. Mais alors il devient certain qu'après la séparation du corps l'âme conservera la vie consciente, la mémoire, la personnalité en un mot, car sans elle toute récompense et tout châtiment sont impossibles. En effet, comment Dieu pourrait-il rendre à chacun selon ses œuvres, si cette vie consciente ne persistait pas, si la personne humaine ne demeurait pas la même ? Quelle responsabilité et quelle sanction peuvent exister, si la conscience n'est plus là pour établir le lien moral entre la peine et la faute, entre le bonheur et la vertu ?
Cette preuve montre bien que l'âme se survit, dans sa personnalité, identique et responsable ; mais elle n'établit pas que cette survivaiK >■ doive être illimitée dans sa durée. Pourquoi Dieu n'anéantirait-il pas les âmes après les avoir récompensées ou punies pendant un certain temps ? La preuve psychologique va achever la démonstration.
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