‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 450 sur 604 · I. PREUVE MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

I. PREUVE MÉTAPHYSIQUE

Elle est tirée de la simplicité de l'âme. — Une substance ne peut périr que par décomposition, si elle est composée ; par anéantissement^ si elle est simple. Or l'âme est simple, puisque la pensée, qui est quelque chose de simple, ne peut appartenir qu'à un sujet qui soit lui-même simple et indécomposable (49). L'âme ne saurait donc périr par dissolution.

Mais ne peut-elle pas périr par anéantissement ? — L'expérience ne nous montre aucun exemple de chose qui s'annihile elle-même. L'anéantissement n'est donc pas au pouvoir de l'âme. Dieu seul peut anéantir : l'annihilation est corrélative à la création. Nous avons d'excellentes raisons d'admettre que Dieu, qui pourrait rendre au néant ce qu'il en a tiré, ne veut pas que, l'organisme une fois désagrégé, l'âme humaine disparaisse en même temps (62) (3). De ce premier chef, la preuve métaphysique exige un complément.

De plus, si cet argument établit V immortalité de la substance, c'est-

(') Pascal, Pensées, Art. IX, n» 1.

(») Pascal, Ibidem, Art. XXIV, n° 17 bis.

(') On n'en saurait dire autant de l'animal. Sans doute l'âme des bâtes, étant douée de connaissance, doit être simple et naturellement incorruptible. Cependant il ne semble pas qu'elle doive survivre au corps. L'âme humaine, étant capable d'opérations proprement intellectuelles, c'est-à-dire intrinsèquement indépendantes de la matière (Psych. 238, V.), on conçoit qu'elle puisse persévérer dans l'existence, môme après la séparation du corps. Car, si elle ne peut plus exercer les opérations sensitives, elle est toujours en état de penser et de vouloir. L'intelligence de l'animal, étant au contraire limitée aux opérations sensitives, est dans son exercice totalement et essentiellement dépendante de l'organisme. Celui-ci une fois détruit par la mort, l'âme des bêtes, tout entière ordonnée à la vie sensitive, devient Incapable d'agir. Sa survivance n'a donc pas de raison d'être, s'il est vrai, comme dit Leibniz, qu'être c'est agir. Aussi l'annihilation parait être, pour l'âme des bêtes, la suite logique de la séparation d'avec le corps.

550 PREUVE MORALE DE l.'iMMORTALITÉ (62)

à-dire que l'âme est indestructible par nature, il ne garantit pas Y immortalité de la personne, car ne peut-il arriver que l'âme humaine dure dans sa substance, mais avec des modifications telles qu'elle ne subsiste plus dans sa personnalité, vg. si elle venait à perdre conscience d'ellemême ? C'est ce que prétendent les Panthéistes et les partisans de la métempsycose. Ce n'est pas là évidemment l'immortalité véritable. Que serait en effet pour nous la substance de notre âme dépouillée de tout ce qui fait notre vie propre : sentiments, pensées, causalité libre ? Ce qu'il importe d'établir c'est donc, après l'immortalité de la substance, celle de la personnalité. A ce point de vue,"la preuve métaphysique, qui sert de base à toute la démonstration, a également besoin d'être complétée par la preuve morale.

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